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Cotisations ordinales 2026 : pour les médecins en société, la note s’annonce salée

Cotisations ordinales 2026 : pour les médecins en société, la note s’annonce salée La nouvelle grille de cotisations ordinales applicable en 2026 met en tension une partie de la profession, notamment les praticiens organisés en sociétés (SCP, SEL, SPFPL). En toile de fond, un bras de fer sémantique et politique : le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) revendique un « principe d’équité », tandis que des médecins dénoncent des « cotisations multiples » qui, selon eux, renchérissent l’exercice indépendant structuré et fragilisent des alternatives aux modèles financiarisés.

Une facture multipliée pour les SEL et SPFPL, majorée pour les SCP

La cotisation individuelle des médecins actifs est fixée à 365 euros en 2026[1]. Les médecins inscrits pour la première fois au tableau, ainsi que ceux sans activité médicale et non retraités, s’acquittent d’une demi-cotisation à 182,50 euros, tandis que la cotisation des retraités sans activité médicale rémunérée demeure à 104 euros[1]. Un conseil départemental (Rhône) confirme le montant de 365 euros, en le rattachant explicitement à l’article L.4122-2 du code de la santé publique[3].

Le changement le plus sensible concerne les structures juridiques. Les SCP (sociétés civiles professionnelles) voient leur cotisation augmenter de 50 %, « quel que soit le nombre d’associés », pour atteindre 547,50 euros par société[5]. Les SEL (sociétés d’exercice libéral) et les SPFPL (sociétés de participation financière des professions libérales) relèvent d’un principe plus marqué : la cotisation de la société correspond à 1,5 fois la cotisation de base, multipliée par le nombre d’associés médecins, « exerçant ou non »[5].

Sur le terrain, cela se traduit par une progression arithmétique : les exemples publiés pour illustrer le dispositif conduisent à 547,50 euros pour un associé et 1 095 euros pour deux associés[1]. À partir de cette base, l’application mécanique de la formule conduit, par exemple, à 2 190 euros pour quatre associés (soit 6 cotisations).

Enfin, et c’est un point central de la colère exprimée par de nombreux praticiens, cette assiette s’applique en plus de la cotisation personnelle que chaque médecin continue de régler individuellement[2].

Le CNOM invoque l’« équité » et une majoration ajustée aux missions de service public

Dans sa délibération de révision du règlement de trésorerie, le CNOM inscrit noir sur blanc le raisonnement institutionnel : les sociétés d’exercice, tenues d’être inscrites au tableau, sont, « pour respecter un principe d’équité vis-à-vis des médecins », redevables de cotisations différenciées[2]. Le texte distingue les grandes familles (SEL, SCP, SPFPL) et précise notamment, pour les SEL, une cotisation « majorée et proportionnelle au nombre d’associés », tandis que les SCP relèvent d’une cotisation « majorée par société quel que soit le nombre d’associés »[2].

Le même document ajoute un point déterminant : « Le montant de la majoration sera fixé annuellement au regard des besoins financiers de l’Institution pour remplir ses missions de service public »[2]. Il rappelle aussi que la cotisation versée par la société « n’exonère pas chaque médecin membre […] du règlement de sa cotisation personnelle »[2].

« Cotisations multiples » : une fronde qui vise l’exercice structuré

La contestation s’est exprimée d’abord sur les réseaux sociaux. Le Dr Franck Clarot, vice-président d’Avenir Spé, résume l’effet de la règle :

« Dans un groupe comme le mien, c’est multiplié par cinq… du délire »[5]

Dans la même séquence, un praticien radiologue chiffre l’impact à l’échelle de son organisation :

« Pour notre groupe, cela va nous coûter 60 000€ supplémentaires … par an »[5]

Dans un post publié sur LinkedIn, le Dr Éric Chavigny juge la mesure « contre-productive » et estime qu’elle « pénalis[e] l’exercice indépendant structuré et fragilis[e] les alternatives aux modèles financiarisés »[4]. Il ajoute :

« Le résultat va à l’inverse de la lutte contre la financiarisation souvent affichée par l’Ordre »[8]

Cette lecture s’inscrit dans un débat plus large sur l’entrée d’acteurs financiers dans certains segments de l’offre de soins. Pour aller plus loin : la financiarisation de l’offre de soins et le risque pour l’indépendance médicale[7]. Dans un autre registre : les critiques de la Cour des comptes sur la gouvernance et la gestion ordinales[6].

Un calendrier inchangé, une lisibilité discutée

Sur le plan pratique, la date butoir reste classique : la date limite de paiement est fixée au 31 mars 2026[1]. Le conseil départemental du Rhône précise que la cotisation, « due au 1er janvier », est « exigible au 31 mars »[3].

Reste la question de la compréhension et de l’acceptabilité. Sur ces hausses, le CNOM n’a pas souhaité s’expliquer et l’appel de cotisation ne les justifie pas explicitement[5]. Une piste avancée pour éclairer la logique financière renvoie à l’analyse des contrats, mission ordinale régulièrement mise en avant dans le débat public[5].

La règle « 1,5 cotisation par associé médecin, qu’il soit exerçant ou non » et ses conséquences chiffrées (547,50 euros pour un associé ; 1 095 euros pour deux associés) sont reprises, à l’identique, dans la presse médicale spécialisée[1].

Une ligne de fracture qui dépasse la seule facture

À ce stade, deux lectures coexistent. Le CNOM met en avant une architecture de cotisations différenciées au nom de l’équité et d’une majoration ajustée aux besoins financiers de l’institution[2]. Une partie des praticiens en société, elle, y voit une mesure qui renchérit l’exercice collectif indépendant, au moment même où les regroupements sont souvent présentés comme un levier d’organisation, d’attractivité et de maintien d’une autonomie médicale face à des acteurs plus capitalisés[4][8].

Le débat touche donc à la façon dont la régulation ordinale accompagne — ou freine — l’évolution des modes d’exercice, et à la cohérence entre les discours de principe et les effets économiques produits par la norme.

Références

1. What’s Up Doc (Le Mag), « Cotisations ordinales 2026 : la facture s’alourdit pour les médecins en société », https://www.whatsupdoc-lemag.fr/article/cotisations-ordinales-2026-la-facture-salourdit-pour-les-medecins-en-societe, 23/01/2026.

2. Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), « Délibération portant révision du règlement de trésorerie » (références au budget 2026 et entrée en vigueur au 1er janvier 2026), https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/deliberation_cnom_revision_reglement_tresorerie_site_cn.pdf, 25/09/2025.

3. Conseil départemental de l’Ordre des médecins du Rhône, « Cotisation ordinale » (appel de cotisation 2026 et modalités), https://conseil69.ordre.medecin.fr/cotisation-ordinale, consulté le 23/01/2026.

4. LinkedIn, Eric Chavigny, « Cotisations ordinales 2026 : une mesure contre-productive » (post), https://fr.linkedin.com/posts/eric-chavigny-8a36a733_cotisations-ordinales-2026-une-mesure-contre-productive-activity-7418211146480132097-fhOY, consulté le 23/01/2026.

5. Egora, « Cotisation multipliée par le nombre d'associés : la nouvelle règle de l'Ordre fait enrager les médecins », https://www.egora.fr/actus-pro/judiciaire/cotisation-multipliee-par-le-nombre-dassocies-la-nouvelle-de-regle-de-lordre, 21/01/2026.

6. Caducee.net, « La Cour des comptes met à l’index le Conseil National de l’Ordre des Médecins », https://www.caducee.net/actualite-medicale/14624/la-cour-des-comptes-met-a-l-index-le-conseil-national-de-l-ordre-des-medecins.html, 09/12/2019.

7. Caducee.net, « La financiarisation de l'offre de soins : un risque pour l'indépendance médicale ? », https://www.caducee.net/actualite-medicale/16428/la-financiarisation-de-l-offre-de-soins-un-risque-pour-l-independance-medicale.html, 25/09/2024.

8. Le Quotidien du Médecin, « Hausse des cotisations ordinales 2026 : nouvelle base de calcul, colère des médecins organisés en société », https://www.lequotidiendumedecin.fr/sante-societe/politique-de-sante/hausse-des-cotisations-ordinales-2026-nouvelle-base-de-calcul-colere-des-medecins-organises-en, 22/01/2026.

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