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Réforme du diplôme infirmier : l’ambition 2026 à l’épreuve des quotas

Réforme du diplôme infirmier : l’ambition 2026 à l’épreuve des quotas Prévue pour septembre 2026, la refonte du diplôme d’État infirmier promet une formation davantage arrimée à l’université, avec un accent accru sur la démarche scientifique et une alternance repensée. Mais la séquence réglementaire, déjà ralentie fin 2025 par un passage délicat au Conseil national d’évaluation des normes (CNEN), se trouve désormais rattrapée par une controverse budgétaire et capacitaire : la réduction annoncée de quotas d’entrée dans certaines régions, qui nourrit des craintes de fermetures d’IFSI et, à terme, de fragilisation de l’accès aux soins. [1][2][3][7][8]

Un calendrier bousculé, puis relancé, à quelques mois des maquettes

Le 11 décembre 2025, le CNEN a « reporté […] l’examen des projets de décret et arrêté » encadrant le nouveau référentiel, l’instance redoutant un impact sur les compétences des régions et l’absence de garanties financières suffisantes, rapporte Santé Mentale. [3] Dans le même article, Clara Schmitt (FNESI) fustige un bras de fer qu’elle juge instrumentalisant : « les régions utilisent les étudiants infirmiers comme monnaie d’échange ». [3]

Début janvier 2026, la situation s’est débloquée. Hospimedia indique que les régions ont obtenu « la garantie d'une compensation par l'État » et qu’« en conséquence, le Cnen a donné son feu vert », la parution des textes étant présentée comme imminente. [1] Sur Infirmiers.com, Damien Sarméo (FNESI) y voit « très bonne nouvelle », tout en pointant un calendrier désormais extrêmement comprimé : « [Les régions] ont mis en difficulté le calendrier de la réforme, qui va être très serré pour les universités. » [2]

Frise repère

11 décembre 2025 : report de l’examen des textes au CNEN. [3]
17 décembre 2025 : mise en garde du SNIIL contre une publication trop tardive. [12]
14 janvier 2026 : feu vert du CNEN après garanties de compensation, selon Hospimedia. [1]
Septembre 2026 : mise en œuvre annoncée à la rentrée, selon plusieurs acteurs. [6]

Une maquette plus universitaire, structurée par compétences et recherche

Au-delà du tempo institutionnel, la réforme vise une transformation du cœur pédagogique : articuler plus étroitement enseignements, compétences, et production de connaissances, dans une logique d’universitarisation.

Plusieurs publications décrivent une inflexion vers la démarche scientifique et l’acculturation à la recherche. Diplomeo évoque une nouvelle organisation des contenus autour de thématiques, intégrant explicitement la recherche. [5]

Cette montée en puissance se traduit aussi, de manière objectivable, par un relèvement du volume global. Infirmiers.com rappelle qu’un texte déjà publié a acté le passage de 4 200 à 4 600 heures, avec une mise en œuvre « au plus tard à la rentrée 2026 ». [4] Le site replace cet ajustement dans le cadre européen : la formation doit compter « au moins 4 600 heures d’enseignement théorique et clinique » et respecter des minima de répartition entre théorie et clinique, conformément à la directive citée. [4]

Stages : davantage de terrain, mais une capacité d’accueil à sécuriser

La réforme reconfigure également l’alternance. Diplomeo indique que la durée des stages passerait de 60 à 66 semaines, avec une répartition annoncée de 12 semaines en première année, 26 en deuxième et 28 en troisième. [5]

Sur le papier, l’allongement du temps clinique renforce la professionnalisation. Dans les faits, il suppose une double sécurisation : la disponibilité des terrains, et la capacité d’encadrement au quotidien. La question de l’encadrement (tuteurs, organisation des services, continuité des soins) se heurte déjà à des tensions de recrutement persistantes, alors même qu’une hausse des quotas a été citée parmi les leviers ayant accompagné une amélioration du recrutement infirmier à l’été 2025, dans une analyse sur l’emploi médical et paramédical à l’hôpital. [9]

Trois chantiers imbriqués : diplôme, exercice, et capacité de formation

Dans ce dossier, on parle de « réforme infirmière », mais il s’agit en réalité de trois chantiers distincts, qui s’entrecroisent.

La réforme du diplôme : architecture de formation, volumes, contenus, place de la recherche. [4][5]
La réforme de l’exercice : compétences élargies, montée en responsabilité clinique, évolution des rôles. À titre d’illustration, un texte récent sur la consultation, le diagnostic et la prescription infirmiers témoigne d’une structuration accrue de l’activité autour de compétences cliniques et de « données probantes ». [10]
— Enfin, la variable la plus immédiate : la capacité à former, donc les quotas financés, leur répartition territoriale et l’équilibre budgétaire des IFSI [7][8]

C’est le décalage entre ces trois lignes qui fait monter la pression : on attend davantage des infirmiers, on demande davantage aux IFSI, et l’on discute pourtant la capacité à former.

Quotas : la controverse qui déplace le centre de gravité du débat

Dans le Grand Est, L’Est Républicain écrit que, faute d’accord sur le budget national, la région — décrite comme « principal financeur » des IFSI — annonce devoir « réviser sa stratégie » en raison d’un « désengagement de l’État de 24 millions d’euros » ; « la suppression de 652 places est envisagée » à la rentrée 2026. [7]

Le SNPI évoque la même dynamique, mais chiffre la réduction à 829 places dans la région, en parlant d’un retour aux quotas de 2019. [8] Sur le plan national, le syndicat estime la réduction à « une baisse de 15 à 30 % des capacités de formation » par rapport à l’effort engagé depuis 2019. [8]

Ces deux chiffres, rapportés à quelques jours d’intervalle, peuvent renvoyer à des périmètres distincts :

Places envisagées vs places actées : un chiffre peut refléter une hypothèse de travail avant arbitrages, l’autre une estimation consolidée. [7][8]
Places financées vs places autorisées : selon que l’on parle de financements régionaux, de capacités pédagogiques ou de décisions administratives, le périmètre change.
Redéploiements inter-sites : une réduction globale peut masquer des transferts entre IFSI, ou des fermetures temporaires.

L’article de L’Est Républicain et le communiqué du SNPI n’explicitent pas de la même manière la méthode de calcul ; c’est l’un des points à documenter pour suivre l’issue des arbitrages. [7][8]

Des moyens en question : la charge augmente, les ressources restent discutées

Pour les représentants étudiants, la tension sur les moyens serait déjà palpable. Sur Infirmiers.com, Damien Sarméo avertit : « La charge de travail est conséquente, et il n’y a en face aucune ressource supplémentaire » et ajoute : « Elle devrait être compensée par les régions. » [2]

Dans le débat, un élément de fond réapparaît régulièrement : l’écart de financement évoqué par la FNESI dans Santé Mentale, avec 7 500 euros par étudiant pour une formation financée par les régions contre 12 500 euros par étudiant à l’université. [3] Même discutables en périmètre, ces ordres de grandeur posent une question très concrète : comment financer une maquette plus exigeante tout en sécurisant les terrains de stage et l’ingénierie pédagogique.

Enfin, la discussion sur la formation transitoire illustre la même logique : à propos de la prescription vaccinale, une analyse souligne l’appel du SNPI à « un plan national de formation transitoire, financé par l’État » pour équiper les diplômés « d’ici 2026 ». [11]

Rentrée 2026 : deux scénarios de mise en œuvre

À quelques mois des premières maquettes, le débat s’est déplacé : la réforme n’est plus jugée seulement sur son contenu, mais sur la capacité du système à la financer et à la déployer de manière homogène. Autrement dit, le texte peut être prêt ; sans visibilité sur les moyens et sur le nombre d’entrants, la mise en œuvre risque de devenir fragmentée. 

Dans ce contexte, deux trajectoires se dessinent pour la rentrée 2026, selon la vitesse de publication des textes et la traduction budgétaire des engagements annoncés.

Scénario de stabilisation : les textes paraissent suffisamment tôt pour permettre l’adaptation des maquettes, les compensations annoncées se traduisent en moyens, et la question des quotas est traitée de manière transparente, en cohérence avec les besoins territoriaux. [1][2]
Scénario de déploiement au rabais : une publication tardive, couplée à des réductions de places, conduit à une application hétérogène et sous tension, avec un risque d’érosion de l’offre de formation et de fragilisation de l’accès aux soins. Le SNIIL résume cette crainte par une formule lapidaire : « Une réforme publiée trop tard est condamnée à être mal appliquée. » [12]

Références

1. Hospimedia, « Les régions obtiennent des garanties dans le cadre de la réforme du diplôme infirmier », 14/01/2026 : https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260114-formation-les-regions-obtiennent-des-garanties-dans-le

2. Infirmiers.com, « Nouveau référentiel de formation : les régions lèvent le blocage des textes », 14/01/2026 : https://www.infirmiers.com/etudiants/admission-et-cursus-en-ifsi/nouveau-referentiel-de-formation-les-regions-levent-le-blocage-des-textes

3. Santé Mentale, « Formation infirmière : la réforme victime d’un bras de fer entre les régions et l’État », 19/12/2025 : https://www.santementale.fr/2025/12/la-reforme-de-la-formation-infirmiere-suspendue-a-laccord-des-regions/

4. Infirmiers.com, « La durée de la formation infirmière passe à 4 600 heures », 06/12/2024 : https://www.infirmiers.com/etudiants/admission-et-cursus-en-ifsi/la-duree-de-la-formation-infirmiere-passe-4-600-heures

5. Diplomeo, « IFSI : la formation des infirmiers complètement repensée pour 2026 », 18/12/2025 : https://diplomeo.com/actualite-ifsi_refonte_2026

6. Infirmiers.com, « Le nouveau référentiel de formation infirmière annoncé pour septembre 2026 », 21/02/2025 : https://www.infirmiers.com/etudiants/admission-et-cursus-en-ifsi/le-nouveau-referentiel-de-formation-infirmiere-annonce-pour-septembre-2026

7. L’Est Républicain, « La Région Grand Est annonce des suppressions de places dans les IFSI », 17/01/2026 (mis à jour le 18/01/2026) : https://www.estrepublicain.fr/education/2026/01/17/la-region-grand-est-annonce-des-suppressions-de-places-dans-les-ifsi

8. SNPI (Syndicat-infirmier.com), « Former aujourd’hui ou fermer demain : la baisse des quotas IFSI menace l’accès aux soins », 20/01/2026 : https://syndicat-infirmier.com/Former-aujourd-hui-ou-fermer-demain-la-baisse-des-quotas-IFSI-menace-l-acces.html

9. Caducee.net, « Emploi médical et paramédical : entre embellie et tensions persistantes à l’hôpital », 04/09/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16640/emploi-medical-et-paramedical-entre-embellie-et-tensions-persistantes-a-l-hopital.html

10. Caducee.net, « Décret infirmier : consultation, diagnostic et prescription entrent dans le droit », 28/12/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16731/decret-infirmier-consultation-diagnostic-et-prescription-entrent-dans-le-droit.html

11. Caducee.net, « Prescription vaccinale : 130 000 jeunes infirmiers exclus d’une réforme historique », 16/05/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16589/prescription-vaccinale-130-000-jeunes-infirmiers-exclus-d-une-reforme-historique.html

12. SNIIL, « Réforme du diplôme infirmier : le Sniil appelle le Gouvernement à reprendre la main », 17/12/2025 : https://www.sniil.fr/reforme-diplome-infirmier/

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