Diplôme d’État infirmier : 4 620 heures en trois ans, un nouveau référentiel sous tension dès septembre 2026
À retenir (lecture rapide)
- L’arrêté fixe 4 620 heures : 2 310 h de clinique, 1 890 h d’enseignement/encadrement, 420 h d’autonomie.[1]
- Le cursus reste en six semestres (180 ECTS) et 66 semaines de stage sur trois ans.[1]
- Le diplôme est délivré par des universités accréditées pour les entrants à partir du 1er septembre 2026.[3]
- Les syndicats convergent sur un point : sans moyens de tutorat et de pédagogie, la réforme risque de se heurter au terrain.[2][4]
- Les divergences portent sur la gouvernance et le rythme : soutien sous conditions pour certains, opposition frontale pour d’autres.[6][9]
Un arrêté pour refermer le cycle 2009 et stabiliser un nouveau cadre national
Sur le plan réglementaire, l’arrêté du 20 février 2026 réaffirme l’architecture “licence” du diplôme d’État d’infirmier : six semestres et 180 crédits du système européen d’unités d’enseignement capitalisables et transférables (ECTS), adossés à un référentiel d’activités, de compétences et d’évaluation annexé au texte.[1] La transition est balisée : le texte s’applique aux étudiants entrant en formation à compter de septembre 2026, tandis que l’arrêté du 31 juillet 2009 sera abrogé le 30 juin 2030.[1]
L’arrêté fixe un volume horaire global de 4 620 heures, réparties entre 2 310 heures d’enseignement clinique, 1 890 heures d’enseignement et d’encadrement pédagogique, et 420 heures de travail d’appropriation en autonomie.[1] Il précise aussi la charge de travail totale en intégrant le travail personnel complémentaire : entre 4 620 et 5 400 heures, avec un maximum de 780 heures de travail personnel complémentaire.[1] Cette mention, rarement mise en avant dans les réactions “à chaud”, nourrit pourtant l’interrogation sur la densification et l’équilibre entre acquisition de savoirs, entraînement clinique et consolidation.
Enfin, le texte introduit un « cadre de consolidation » qui vise à personnaliser une part du parcours (unités libres, stages en cohérence avec le projet professionnel), un levier présenté comme un moyen d’accompagner la montée en compétences, mais dont la mise en œuvre dépendra étroitement des capacités locales (universités, IFSI, terrains).[1]
La clinique au centre : 66 semaines de stage, un enjeu d’encadrement décisif
L’enseignement clinique représente 66 semaines sur les trois années (12 semaines en 1re année, 26 en 2e, 28 en 3e).[1] L’arrêté rappelle qu’une semaine de stage de 35 heures correspond à 1 ECTS et inclut 5 heures dédiées à l’appropriation des connaissances dans une démarche réflexive sur le lieu de stage, ainsi que, le cas échéant, des activités de simulation.[1]
Dans ce contexte, la Fédération hospitalière de France (FHF) insiste sur le caractère opérationnel du chantier : la publication simultanée de l’arrêté et du décret impose d’anticiper la rentrée 2026, avec des effets concrets sur la capacité d’accueil, l’organisation des équipes et la disponibilité des tuteurs.[4] Pour nombre d’établissements, la question n’est pas seulement de multiplier les terrains, mais de garantir un encadrement qualitatif alors que les tensions RH perdurent.
Universités accréditées : la délivrance du diplôme change de main, la gouvernance se recompose
Le décret n° 2026-130 du 20 février 2026 modifie l’équilibre institutionnel : le diplôme d’État d’infirmier est désormais délivré par les universités accréditées, et non plus par les préfets de région, pour les étudiants débutant leur première année à compter du 1er septembre 2026.[3] Le texte rappelle que la durée des études préparatoires au diplôme est fixée à trois ans, tout en renvoyant à l’arrêté le soin de définir le contenu, l’organisation, les modalités d’évaluation et l’agrément des structures de stage.[3]
Cette universitarisation dépasse la seule dimension administrative : l’arrêté formalise un cadre de groupement entre université et institut de formation en soins infirmiers (IFSI), avec une responsabilité pédagogique universitaire explicitement mentionnée.[1] Dans les faits, cela suppose des coordinations renforcées pour bâtir les maquettes, organiser les jurys, articuler les ressources pédagogiques et harmoniser les exigences, au moment même où les promotions entrantes devront absorber une maquette plus dense.
Des réactions syndicales contrastées, entre appui de principe et lignes rouges
Dans sa réaction transmise le 25 février 2026, le SNPI dit saluer une réforme attendue depuis plus de quinze ans et met en avant plusieurs évolutions : consolidation du raisonnement clinique, place renforcée de la prévention et de la santé publique, intégration du numérique en santé, diversification des terrains de stage et préparation à la coordination des parcours.[2]
Mais le point d’achoppement demeure la temporalité. Alors que l’arrêté fixe désormais 4 620 heures de formation, le SNPI juge que le maintien d’un cursus sur trois ans crée une densification susceptible d’augmenter la pression sur les étudiants. Son porte-parole Thierry Amouroux alerte : « Concentrer 4 600 heures sur trois ans crée une pression forte pour les étudiants et risque de fragiliser l’apprentissage réflexif pourtant essentiel à la qualité des soins. L’enjeu n’est pas seulement pédagogique : il concerne directement la sécurité des patients et l’attractivité de la profession infirmière. »[2]
D’autres organisations se situent davantage sur le terrain du calendrier, de la gouvernance et des conditions d’application. Le SNIIL, dès le 29 janvier 2026, disait « saluer » des orientations ministérielles allant dans le sens d’une modernisation de la formation et d’un renforcement de l’attractivité, tout en appelant à des mesures concrètes cohérentes avec la réalité des services et des cabinets.[6] Le syndicat avait aussi, en décembre 2025, exhorté l’exécutif à « reprendre la main » après le report de l’examen des textes, en pointant un pilotage jugé incertain.[7]
Enfin, la Fédération nationale des infirmiers (FNI), le SNIIL et la FNESI avaient, le 9 février 2026, alerté sur un défaut de visibilité réglementaire et sur les difficultés organisationnelles induites par les retards de publication, pour les instituts, les universités et les équipes pédagogiques appelées à construire les nouvelles maquettes.[8]
À l’inverse, la CGT Santé et Action sociale revendique une opposition plus frontale sur certains arbitrages. Dans une note datée de janvier 2026, la centrale indique avoir voté contre le décret au HCPP, notamment au nom de la défense d’un diplôme délivré par l’État et d’une formation nationale uniforme, et avoir également voté contre l’arrêté « dans son ensemble », évoquant une mise en route jugée précipitée et des zones d’incertitude sur l’organisation (mobilité, consolidation, encadrement).[9]
Au-delà des différences de tonalité, un fil rouge se dessine : l’ambition clinique et scientifique affichée par la réforme ne pourra se traduire sans amortisseurs pédagogiques solides et une capacité réelle d’encadrement sur le terrain. Les débats sur l’extension de l’autonomie clinique, illustrés récemment par des annonces autour de l’accès direct infirmier pour les plaies et la cicatrisation, rappellent que la formation initiale est attendue au tournant dès lors que les missions évoluent.[10]
La question des moyens : tutorat, simulation et conditions de stage
Au-delà de la maquette, les organisations convergent sur la question des moyens. Le SNPI insiste sur le renforcement de la simulation, la formation des encadrants, la reconnaissance du rôle des tuteurs (temps dédié, prime) et l’amélioration des conditions de stage, considérant que la réussite dépendra d’un investissement pédagogique et clinique proportionné aux exigences nouvelles.[2]
Cette attente rejoint une réalité souvent rappelée par les établissements : avec 66 semaines de terrain clinique, l’encadrement devient une variable structurante de la sécurité des apprentissages.[1] Dans plusieurs territoires, l’équation se complique avec la multiplicité des terrains et des besoins en tuteurs, au moment où les équipes doivent déjà absorber des contraintes d’activité.
Une réforme ambitieuse, une ligne de crête à la rentrée 2026
L’arrêté entérine une modernisation du cadre pédagogique tout en fixant des volumes de travail susceptibles de peser fortement sur les promotions si les dispositifs d’accompagnement ne suivent pas. Entre l’objectif de renforcer la clinique, la délivrance du diplôme par des universités accréditées et les contraintes des terrains, la rentrée de septembre 2026 servira de test grandeur nature.
La question, derrière la controverse sur la durée, reste celle de la soutenabilité. Les tensions observées autour de certains volets de la “loi infirmière”, comme l’ont montré des critiques syndicales sur le projet de décret, indiquent que l’atterrissage réglementaire ne règle pas, à lui seul, les conditions d’appropriation sur le terrain.[11] Dans cette perspective, l’ambition 2026 à l’épreuve des quotas pointe déjà la tension entre objectifs affichés, capacités d’accueil et ressources disponibles.[5]
Références
1. Légifrance — Arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d’État d’infirmier, 25 février 2026.
2. Infirmiers.com — Réforme de la formation infirmière : c’est enfin acté mais la vigilance demeure, 25 février 2026.
3. Légifrance — Décret n° 2026-130 du 20 février 2026 relatif aux modalités de délivrance du diplôme d’État d’infirmier, 25 février 2026.
4. Fédération hospitalière de France — La réingénierie de la formation conduisant au diplôme d’État infirmier, 25 février 2026.
5. Caducee.net — Réforme du diplôme infirmier : l’ambition 2026 à l’épreuve des quotas, 22 janvier 2026.
6. SNIIL — Réforme infirmière : des orientations ministérielles en cohérence avec l’esprit de la loi infirmière, 29 janvier 2026.
7. SNIIL — Réforme du diplôme infirmier : le SNIIL appelle le Gouvernement à reprendre la main, 17 décembre 2025.
8. FNI — Infirmiers libéraux et étudiants : sans visibilité réglementaire, la mobilisation se prépare, 9 février 2026.
9. CGT Santé et Action sociale — Note UFMICT « Réforme de la formation infirmière », janvier 2026 (mise en ligne 23 janvier 2026).
10. Caducee.net — Plaies et cicatrisation : Stéphanie Rist annonce l’accès direct infirmier, 30 janvier 2026.
11. Caducee.net — « Le projet de décret n’applique pas la loi infirmière, il la corrige », 13 septembre 2025.
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