Plaies et cicatrisation : Stéphanie Rist annonce l’accès direct infirmier
Une nouvelle porte d’entrée pour les patients, sur un champ déjà largement infirmier
L’exécutif assume un changement de logique : permettre au patient d’entrer plus directement dans le système de soins par la compétence infirmière, dès lors que la situation relève de ce champ. En filigrane, l’objectif est double : fluidifier l’accès, mais aussi redistribuer le temps médical vers les prises en charge qui le requièrent.[1]
Dans le communiqué diffusé le 29 janvier, le ministère annonce ainsi « l’accès direct à la prise en charge des plaies et de la cicatrisation, en situations aiguës comme chroniques ».[1]
Sur le terrain, la ministre a donné à cette inflexion un visage concret. Selon Egora, elle a déclaré :
« Demain, quand vous aurez une plaie, qu'elle soit aigue ou chronique, vous pourrez aller chez l'infirmière qui pourra prescrire ce dont il y a besoin ».[2]
Pour les professionnels, l’enjeu n’est pas seulement symbolique : la promesse vise à désengorger l’amont, tout en reconnaissant une expertise clinique historiquement portée par les infirmiers, en particulier en ville, auprès des personnes âgées, des patients diabétiques ou vivant avec des plaies chroniques (ulcères veineux, escarres). Le gouvernement y voit, selon ses propres termes, « un choix politique clair : celui de l’accès aux soins, partout et pour tous ».[1]
Le point de bascule se jouera dans les textes de prescription et la sécurisation des responsabilités
À ce stade, l’annonce fixe une direction, mais ne dessine pas encore le périmètre opératoire. Dans son communiqué, le ministère rappelle que « les textes relatifs aux soins et aux prescriptions infirmières » font l’objet de concertations « avec l’ensemble des parties prenantes — syndicats, collèges, Ordre et associations » et qu’ils doivent être finalisés « dans les prochaines semaines » pour une publication « avant la fin du premier semestre 2026 ».[1]
Autrement dit, l’accès direct en plaies et cicatrisation ne prendra pleinement sa consistance qu’avec la définition : des actes et situations entrant dans le domaine concerné, des produits de santé et examens complémentaires prescriptibles, ainsi que des conditions de formation, de traçabilité et d’articulation avec le médecin traitant.[1]
La dynamique s’inscrit dans le prolongement du décret infirmier, publié au Journal officiel le 24 décembre 2025. Ce texte réorganise le métier autour de « dix missions essentielles » et introduit la « consultation infirmière » ainsi que la possibilité de prescriptions infirmières, sous réserve de listes fixées par arrêté.[1][3]
Dans l’attente, plusieurs acteurs alertent sur le risque d’un écart entre l’intention politique et la réalité normative. Le SNIIL dit suivre de près le périmètre de l’accès direct en plaies/cicatrisation, en rappelant qu’un projet de texte antérieur avait été jugé trop restrictif par la profession.[5]
Prévention, formation, rémunération : un triptyque qui encadrera l’accès direct
Un rôle renforcé en prévention dès mars 2026
Le ministère annonce « l’élargissement aux infirmiers de la délivrance des kits de dépistage du cancer colorectal, à compter de mars 2026, notamment dans le cadre de la campagne nationale Mars Bleu », avec « une valorisation financière équivalente aux autres professions concernées ».[1]
Une orientation qui se veut pragmatique au regard d’une participation toujours faible au dépistage organisé : Santé publique France fait état d’un taux de participation de 34,2 % sur 2022-2023, inférieur au seuil européen « acceptable » de 45 %.[6]
Une refonte de la formation et un effort de capacité en IFSI
Le même texte annonce une refonte de la formation en sciences infirmières, avec des textes attendus « début février 2026 ».[1] Dans cette architecture, la consultation infirmière s’impose déjà comme l’un des points d’équilibre à clarifier, entre autonomie clinique, coordination et cadre conventionnel.
Sur le volet capacitaire, l’État dit s’engager « à hauteur de 215 millions d’euros » pour financer l’ouverture de « près de 5 500 places supplémentaires » en instituts de formation en soins infirmiers (IFSI) en 2026, « en complément des financements régionaux existants ».[1]
Revalorisation et financement : la ligne de fracture de la réforme
Dans le communiqué ministériel, la « reconnaissance financière de la consultation infirmière » est explicitement « intégrée aux négociations conventionnelles en cours » avec l’Assurance maladie.[1] La formulation acte un principe, mais laisse entière la question qui cristallise les tensions sur le terrain : avec quel budget et selon quelle trajectoire, alors même que les infirmiers se voient promettre davantage d’autonomie clinique et d’accès direct ?
Du côté du SNIIL, la tonalité est celle d’un avertissement. Dans sa réaction du 29 janvier, le syndicat qualifie la reconnaissance financière de la consultation infirmière de « levier indispensable » pour accompagner l’évolution des missions et des responsabilités des infirmières et infirmiers libéraux.[5] Deux jours plus tard, il réclame des revalorisations « significatives et pérennes », avec une mise en œuvre « dès 2026 », en parlant d’« urgence » pour préserver l’attractivité de l’exercice libéral et la continuité des soins.[10]
Convergence Infirmière, de son côté, souligne le décalage entre les attentes et les premières propositions discutées :
« La seule proposition présentée à ce jour est une revalorisation de 10 centimes de l’AMI, représentant environ 100 millions d’euros. Cette proposition constitue une base de discussion, mais elle est très insuffisante au regard des attentes de la profession. »[11]
La Fédération nationale des infirmiers (FNI) durcit encore le ton. Le 8 janvier 2026, elle affirme :
« La FNI ne laissera pas les infirmiers libéraux attendre plus longtemps les revalorisations qui leurs sont dues ! »[12]
Puis, le 20 janvier, dans un communiqué consacré à la fragilisation économique des cabinets, elle lie directement calendrier réglementaire et rémunération :
« Les textes réglementaires indispensables à l’application de la loi tardent à être publiés, retardant mécaniquement la conclusion des négociations conventionnelles (…) donc de leur traduction financière. »[13]
Le même document avance, à propos des « entrées en procédure » concernant les cabinets d’infirmiers, « une hausse de 72 % » et appelle à « des budgets à la hauteur des enjeux » pour permettre à la fois « la revalorisation des actes infirmiers » et « le financement effectif des nouvelles missions confiées à la profession ».[13]
Ce débat, très majoritairement centré sur l’exercice libéral, entre aussi en résonance avec l’affichage budgétaire du ministère en faveur de la formation : « 215 millions d’euros » pour « près de 5 500 places supplémentaires » en IFSI en 2026.[1] Pour une partie des infirmiers, cet effort sur l’amont du système ne répond pas à la question de fond : comment financer, dans la durée, l’élargissement des compétences au lit du patient, dans des cabinets soumis à des charges croissantes et à un temps de coordination souvent non valorisé.
Sur ce point, les négociations conventionnelles ouvertes à la CNAM en juillet 2025 sont présentées comme la clé de voûte : c’est là que doit se jouer la rémunération des nouvelles missions et la valorisation de la consultation infirmière, en parallèle de la publication des arrêtés de prescriptions attendus d’ici la fin du premier semestre 2026.[1] Pour suivre l’état des discussions, on pourra se référer à revalorisation des infirmières libérales : où en sont les négociations conventionnelles 2025 ?.[14]
Un calendrier lisible, mais un atterrissage encore à éprouver
Le gouvernement affiche une trajectoire : un décret socle déjà publié fin 2025, une fenêtre réglementaire d’ici fin juin 2026, et des mesures de prévention à compter de mars 2026.[1][3] Reste que l’accès direct en plaies et cicatrisation, pour être effectif, devra être suffisamment précis pour sécuriser les pratiques — et suffisamment large pour éviter de transformer une promesse d’accès aux soins en dispositif marginal.
Dans l’intervalle, les cabinets, maisons de santé pluriprofessionnelles et structures de soins coordonnés peuvent déjà anticiper l’organisation : protocoles de prise en charge, traçabilité, échanges interprofessionnels, et articulation avec les prescriptions infirmières à venir, en s’appuyant sur les premiers repères posés par le cadre réglementaire.[3]
Références
[1] Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, « Réforme du métier infirmier : une transformation structurelle au service de l’accès aux soins », 29 janvier 2026. https://sante.gouv.fr/actualites-presse/presse/communiques-de-presse/article/reforme-du-metier-infirmier-une-transformation-structurelle-au-service-de-l
[2] Egora, « Les infirmières pourront traiter les plaies en accès direct, annonce Rist », 29 janvier 2026. https://www.egora.fr/actus-pro/exercice-coordonne/les-infirmieres-pourront-traiter-les-plaies-en-acces-direct-annonce
[3] Légifrance, « Décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 relatif aux activités et compétences de la profession d’infirmier », 24 décembre 2025. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053165854
[5] SNIIL, « Réforme infirmière : des orientations ministérielles en cohérence avec les attentes du terrain », 29 janvier 2026. https://www.sniil.fr/reforme-infirmiere-orientations-ministerielles/
[6] Santé publique France, « Participation au programme de dépistage organisé du cancer colorectal. Période 2022-2023 et évolution depuis 2010 », 15 mai 2024. https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/cancers/cancer-du-colon-rectum/documents/bulletin-national/participation-au-programme-de-depistage-organise-du-cancer-colorectal.-periode-2022-2023-et-evolution-depuis-2010
[7] Caducee.net, « Décret infirmier : consultation, diagnostic et prescription entrent dans le droit », 28 décembre 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16731/decret-infirmier-consultation-diagnostic-et-prescription-entrent-dans-le-droit.html
[8] Caducee.net, « Consultation infirmière : nouvel acte clinique, quel modèle de prise en charge ? », 28 décembre 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16732/consultation-infirmiere-nouvel-acte-clinique-quel-modele-de-prise-en-charge.html
[9] Caducee.net, « Dépistage du cancer colorectal : l’INCA lance un appel à la mobilisation », 15 février 2018. https://www.caducee.net/actualite-medicale/13851/depistage-du-cancer-colorectal-l-inca-lance-un-appel-a-la-mobilisation.html
[10] SNIIL, « Avenant 11 : l’union syndicale, une nécessité pour l’avenir de la profession », 28 janvier 2026. https://www.sniil.fr/avenant-11-union-syndicale/
[11] Convergence Infirmière, « Négociations conventionnelles infirmières : les travaux avec la CNAM se poursuivront début 2026 », 15 décembre 2025. https://convergenceinfirmiere.com/negociations-conventionnelles-infirmieres-les-travaux-avec-la-cnam-se-poursuivront-debut-2026/
[12] FNI, « Négos conventionnelles : pas de temps à perdre pour les revalos ! », 8 janvier 2026. https://fni.fr/negos-conventionnelles-pas-de-temps-a-perdre-pour-les-revalos/
[13] FNI, « Défaillances d’entreprises : les cabinets infirmiers concernés. La FNI alerte sur une situation économique critique et appelle au déblocage urgent des revalorisations conventionnelles », communiqué (PDF), 20 janvier 2026. https://fni.fr/wp-content/uploads/2026/01/communique-fni-200120-2.pdf
[14] Caducee.net, « Revalorisation des infirmières libérales : où en sont les négociations conventionnelles 2025 ? », 16 décembre 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16726/revalorisation-des-infirmieres-liberales-ou-en-sont-les-negociations-conventionnelles-2025.html
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