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TDAH et addictions : un guide national pour décloisonner les parcours de soins

TDAH et addictions : un guide national pour décloisonner les parcours de soins Mis en ligne le 13 février 2026 par la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement (DI-TND), avec l’appui de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), un guide vise à outiller les soignants face à une association largement documentée : le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles addictifs se renforcent souvent mutuellement lorsqu’ils restent abordés séparément.[1] Le document assume un parti pris organisationnel : faire des consultations d’addictologie un lieu de repérage du TDAH, tout en améliorant, en sens inverse, l’attention portée aux consommations à risque chez les personnes déjà suivies pour TDAH.[2]

À retenir (lecture rapide)
- Le guide propose une méthode de décloisonnement entre addictologie, psychiatrie et médecine générale, avec repères communs.[1]
- Il recommande d’utiliser de façon combinée l’ASRS-18 et la WURS-25 pour appuyer le repérage chez l’adulte.[2]
- Il évoque l’accès au méthylphénidate et ouvre la piste d’un élargissement de la primo-prescription à des médecins formés.[2]
- L’ANSM signale une amélioration des stocks, mais une visibilité limitée au-delà de mars 2026 pour le méthylphénidate.[6]

Un guide national adossé à une stratégie de santé publique

Le texte présenté sur handicap.gouv.fr fixe d’emblée le cadre : la littérature scientifique a « clairement établi » des liens entre TDAH et addictions, et le TDAH insuffisamment repéré ou pris en charge constituerait un « facteur majeur de vulnérabilité » aux conduites addictives, avec des répercussions sanitaires et sociales parfois durables.[1] L’enjeu n’est donc pas seulement clinique, mais aussi de parcours : limiter les ruptures de suivi, réduire l’errance diagnostique, et rendre les filières plus lisibles.

Dans le livret lui-même, la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, insiste sur la nécessité d’une approche « globale, décloisonnée et coordonnée » et pointe des repérages encore tardifs, « parfois après des années d’errance diagnostique ».[2] Ce rappel politique sert un objectif pratique : créer des réflexes partagés entre équipes qui se croisent beaucoup, sans toujours disposer des mêmes outils ni des mêmes référentiels.

Décloisonner, concrètement : passer d’une juxtaposition à un parcours

Le communiqué officiel résume la cible opérationnelle : « améliorer le repérage », « favoriser des parcours de soins coordonnés et décloisonnés » et « diffuser des repères fondés sur les recommandations scientifiques et les bonnes pratiques professionnelles ».[1] Derrière ces formules, une idée simple se dessine : repérer un TDAH en addictologie n’a de sens que si l’orientation et la confirmation diagnostique peuvent suivre, au bon moment, et vers les bons interlocuteurs.

Le livret franchit un pas supplémentaire en reconnaissant explicitement la place des structures d’addictologie — notamment les CSAPA — comme acteurs à part entière de l’accompagnement, en lien avec la psychiatrie et la médecine générale.[2] Cette reconnaissance ne relève pas d’un simple jeu de renvois : elle suppose une coordination réelle, des circuits d’adressage identifiés et une culture commune qui évite de réduire les difficultés du patient à une seule lecture (addictive ou neurodéveloppementale).

Repérage du TDAH en addictologie : des outils pour homogénéiser les pratiques

Sur le terrain, le décloisonnement commence souvent par l’outillage. Le guide recommande, pour le repérage du TDAH chez l’adolescent et l’adulte présentant un trouble addictif, l’Adult Self Report Scale à 18 items (ASRS-18), développée par l’Organisation mondiale de la santé, et la Wender Utah Rating Scale à 25 items (WURS-25), centrée sur les symptômes dans l’enfance.[2] Le texte précise l’intérêt de l’ASRS (rapidité, simplicité, possibilité d’approfondir avec les items supplémentaires) et souligne que la WURS-25 aide à reconstituer rétrospectivement le profil symptomatique depuis l’enfance.[2]

Le livret insiste aussi sur une précaution méthodologique : les données de sensibilité indiqueraient que « jusqu’à 20% des diagnostics de TDAH sont manqués lorsque l’on n’utilise qu’un seul outil de dépistage », d’où la recommandation d’associer ASRS-18 et WURS-25.[2] Pour autant, il balise nettement la frontière : l’interprétation et l’organisation du parcours post-dépistage doivent être conduites par des professionnels formés et le diagnostic confirmé par entretiens cliniques dédiés.[2]

Prescription, accès aux traitements : un chantier ouvert, sans annonce réglementaire

Le guide met en mots une tension très concrète : la montée en compétence des équipes d’addictologie se heurte aux règles de prescription et, plus largement, à l’accès effectif aux traitements. Dans son éditorial, Étienne Pot écrit que les professionnels sont appelés à s’impliquer « dans la primo-prescription ou le renouvellement des traitements indiqués dans le TDAH, conformément au cadre réglementaire en vigueur », puis évoque la poursuite des travaux pour que l’addictologie soit pleinement reconnue dans ce champ.[2]

Le même passage ouvre explicitement une piste, sans la présenter comme acquise : « Des réflexions seront notamment nécessaires quant à un éventuel élargissement de la primo-prescription aux médecins dûment formés, afin de faciliter l’accès au méthylphénidate. »[2] Autrement dit, le texte signale un chantier, plutôt qu’un changement acté.

À ce débat s’ajoute un paramètre de disponibilité. Début 2026, l’ANSM a fait état d’une amélioration globale des tensions, tout en restant prudente sur la suite : la visibilité des approvisionnements « après mars 2026 » demeurait limitée.[6] Sur le terrain, ces aléas pèsent directement sur la capacité à stabiliser un parcours et à éviter les interruptions de traitement, ce qui renforce l’intérêt d’une coordination anticipée entre prescripteurs et structures d’addictologie.

Une « culture commune » entre filières : la promesse et les conditions de réussite

Le livret assume que le décloisonnement ne se décrète pas : il se construit. Diane Purper-Ouakil (SF-TDAH) rappelle que les consultations d’addictologie constituent un « cadre privilégié » pour le dépistage, en raison de l’expertise des équipes dans l’évaluation des usages, l’accompagnement au long cours et le travail avec des parcours marqués par des ruptures et une forte vulnérabilité psychosociale.[2] Dans le même mouvement, le guide appelle les professionnels impliqués dans le suivi du TDAH à être attentifs, eux aussi, aux consommations à risque, parfois « discrètes, banalisées ou sous-estimées », mais susceptibles d’influencer l’évolution du trouble et l’observance.[2]

Le décloisonnement devient alors une méthode : des repères partagés, des circuits d’adressage lisibles, des temps de coordination, et une formation commune qui permette de parler le même langage clinique. Dans une période où les recommandations de la HAS pour améliorer la prise en charge du TDAH viennent rappeler la nécessité de structurer les parcours, ce guide propose une traduction immédiatement mobilisable pour la filière addictologique.[7]

Références

[1] Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées (handicap.gouv.fr). « TDAH et addictions : un guide national pour améliorer le repérage et la prise en charge des patients » (communiqué). 13/02/2026. https://handicap.gouv.fr/tdah-et-addictions-un-guide-national-pour-ameliorer-le-reperage-et-la-prise-en-charge-des-patients

[2] Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées (handicap.gouv.fr). « TDAH et addictions : mieux repérer, orienter et prendre en charge le TDAH chez les patients de la filière addictologique » (livret PDF). 02/2026. https://handicap.gouv.fr/sites/handicap/files/2026-02/Guide-TDAH-et-addictions-2026.pdf

[3] Haute Autorité de Santé (HAS). « TDAH : repérage, diagnostic et prise en charge des adultes – note de cadrage ». 17/11/2021. https://www.has-sante.fr/jcms/p_3302485/fr/trouble-du-neurodeveloppement/-tdah-reperage-diagnostic-et-prise-en-charge-des-adultes-note-de-cadrage

[4] Elsevier Masson – L’Encéphale (ScienceDirect). Therribout N. « Trouble du Déficit de l’Attention/Hyperactivité et Addictions ». 2025. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0003448724002828

[5] Edimark – Le Courrier des addictions. Icick R, Romo L, et al. « TDAH et addiction avec substances ». 30/06/2025. https://www.edimark.fr/revues/le-courrier-des-addictions/vol-xxvii-n-2-copy-copy/tdah-et-addiction-avecsubstances-copy

[6] Caducee.net. « Quétiapine, lithium, venlafaxine : les stocks se reconstituent selon l’ANSM » (passage sur le méthylphénidate). 21/01/2026. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16761/quetiapine-lithium-venlafaxine-les-stocks-se-reconstituent-selon-l-ansm.html

[7] Caducee.net. « TDAH : la HAS publie de nouvelles recommandations pour une meilleure prise en charge ». 25/09/2024. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16426/tdah-la-has-publie-de-nouvelles-recommandations-pour-une-meilleure-prise-en-charge.html

[8] Caducee.net. « L’hyperactivité » (dossier). s.d. https://www.caducee.net/DossierSpecialises/psychologie/hyperactivite1.asp

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