Dépression : l’exercice physique rivalise avec la psychothérapie, selon Cochrane
Une mise à jour qui élargit nettement le socle d’essais
La nouvelle version de la revue Cochrane « Exercise for depression » (titre original ; « Exercice pour la dépression ») (CD004366) actualise un travail ancien en intégrant des essais randomisés publiqués depuis la précédente recherche approfondie. Les auteurs indiquent avoir conduit de nouvelles recherches bibliographiques jusqu’en novembre 2023, sans restriction de date ou de langue, et avoir porté l’ensemble à 73 essais randomisés totalisant 4 985 participants adultes présentant une dépression clinique ou auto-déclarée.[1][2][3]
Dans la synthèse publiée par Cochrane, l’exercice est décrit comme modérément efficace pour réduire les symptômes, comparativement à l’absence de traitement ou à des interventions contrôle. L’équipe insiste sur une lecture clinique :
« Nos résultats suggèrent que l’exercice semble être une option sûre et accessible pour aider à prendre en charge les symptômes de la dépression… »[1]
Comparaisons directes : un signal robuste face aux contrôles, plus fragile face aux traitements
La revue distingue plusieurs niveaux de comparaison.
Face à l’absence de traitement ou à des contrôles, l’exercice ressort avec un bénéfice qualifié de modéré sur la réduction des symptômes dépressifs en fin de programme.[2] Cette conclusion s’appuie sur un volume d’essais conséquent, mais souvent hétérogènes (modalités, durée, supervision, populations) — un point qui limite la transposition mécanique « un protocole = un résultat ».
Face aux thérapies psychologiques, la synthèse Cochrane conclut à « peu ou pas de différence » sur la réduction des symptômes. Dans sa communication, Cochrane précise que cette comparaison s’appuie sur un nombre limité d’essais (dix), avec une certitude jugée modérée.[1][4]
Face aux antidépresseurs, l’exercice montre également un effet « similaire », mais les auteurs soulignent que la certitude est faible, ce qui impose de ne pas surinterpréter l’équivalence : il s’agit d’un signal issu de comparaisons directes peu nombreuses et de petite taille, plus vulnérables aux biais et à l’imprécision.[1][2]
« L’exercice peut aider les personnes souffrant de dépression, mais […] nous avons encore besoin d’études plus vastes et de meilleure qualité », résume Andrew Clegg.[1]
Un autre point pèse dans l’interprétation : la plupart des essais mesurent les symptômes à la fin du traitement, et documentent rarement le maintien à distance, si bien que les effets à long terme restent incertains.[2]
Des prises de parole pour éviter les contresens
La mise en avant médiatique d’une efficacité « comparable » peut prêter à confusion. Plusieurs intervenants appelés à réagir à la publication convergent sur une idée simple : l’exercice s’insère dans une stratégie de soins, il ne se décrète pas comme substitut universel.
« L’exercice ne doit pas être considéré comme un substitut à la thérapie, aux médicaments et aux autres formes de prise en charge par des professionnels », avertit Ed Beveridge (Royal College of Psychiatrists).[5]
« De nombreuses études sur l’exercice étaient de petite taille et présentaient des faiblesses méthodologiques », souligne Jeff Lambert (University of Bath), rappelant que l’effet tend à s’atténuer lorsque l’on se limite aux essais les plus robustes.[5]
« Il est temps que les services de santé s’adaptent et veillent à ce que l’exercice fasse partie de l’arsenal standard d’options pour les personnes souffrant de dépression », estime Brendon Stubbs (King’s College London).[5]
Dose, intensité, modalités : ce que suggèrent les sous-analyses
Au-delà de la question « exercice ou non », la mise à jour compile des indices sur les modalités associées à de meilleurs résultats.
Cochrane rapporte que les programmes d’intensité légère à modérée semblent plus favorables que les exercices vigoureux, ce qui renvoie à un enjeu très concret d’adhésion : dans la dépression, la motivation, la fatigue et l’anhédonie rendent souvent le « trop intense » difficilement soutenable, notamment si l’activité n’est pas tenable dans la durée.[1][4]
Les auteurs évoquent également un signal en faveur d’un volume situé entre 13 et 36 séances, et notent que les programmes mixtes et le renforcement musculaire ressortent plutôt mieux que l’aérobie seule, sans pour autant désigner un format universellement supérieur.[1][4]
De la preuve à la pratique : prescrire, encadrer, articuler
Pour les soignants, l’enjeu consiste à transformer un résultat de méta-analyse en une proposition réaliste, compatible avec les contraintes du terrain et la symptomatologie.
En France, la HAS (Haute Autorité de Santé) a publié un cadre de consultation et de prescription de l’activité physique à des fins de santé. Elle décrit notamment des programmes structurés de 2 à 3 séances de 45 à 60 minutes par semaine, sur une durée de 3 mois renouvelable, élaborés et supervisés par un professionnel de l’APA (activité physique adaptée) en coordination avec le médecin prescripteur, et ajustés au risque médical et à la situation du patient.[6]
Le décalage entre l’évidence et l’accès reste un angle mort fréquent. Des ressources permettent de situer les enjeux, notamment sur la prescription encore marginale dans la pratique médicale et sur l’accès à l’activité physique adaptée via des programmes structurés.
Enfin, du point de vue des messages à délivrer en consultation, la prudence méthodologique reste un allié : la revue Cochrane n’affirme pas que l’exercice « remplace » la psychothérapie ou les antidépresseurs en toute situation ; elle établit qu’il réduit les symptômes, et qu’en comparaisons directes limitées, il apparaît similaire — avec un niveau de certitude qui n’est pas le même selon le comparateur. Cette nuance évite les malentendus, tout en donnant au patient une option concrète, souvent acceptable et compatible avec une approche globale. On pourra aussi mettre en perspective cette actualisation avec l’activité physique comme option de prise en charge de la dépression.
Références
[1] Cochrane (newsroom). Exercise to treat depression yields similar results to therapy and antidepressants. 8 janvier 2026.
[2] Cochrane (evidence). Is exercise effective for treating depression? (CD004366). 8 janvier 2026.
[3] PubMed. Exercise for depression (notice de l’article, méthodes de recherche jusqu’à novembre 2023). 8 janvier 2026.
[4] EurekAlert! (communiqué Cochrane, version française). Faire de l’exercice physique donne des résultats similaires à ceux de la psychothérapie pour le traitement de la dépression. 7 janvier 2026.
[5] Science Media Centre. Expert reaction to exercise having similar results as therapy for treating depression. 8 janvier 2026.
[6] HAS. Consultation et prescription médicale d’activité physique à des fins de santé. 19 novembre 2025.
[7] Caducee.net. Le sport est insuffisamment recommandé par les médecins, encore moins prescrit. 10 octobre 2022.
[8] Caducee.net. Activité physique adaptée : quels résultats attendre des 24 séances du Prescri’Pass ? 12 octobre 2025.
[9] Caducee.net. L’activité physique, un traitement à part entière de la dépression ? 15 février 2024.
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