Santé mentale 2026, une grande cause au défi des moyens
Une reconduction qui entérine la stratégie « Parlons santé mentale ! »
Le Service d’information du Gouvernement (SIG) a officialisé, le 27 novembre 2025, la prolongation en 2026 de la Grande cause nationale 2025 dédiée à la santé mentale, en reconduisant le slogan « Parlons santé mentale ! »[1]. Dans sa communication, l’exécutif présente cette deuxième année comme un temps de « consolidation » et d’« accélération » de la transformation engagée[1].
Le communiqué gouvernemental insiste sur l’ampleur de la dynamique 2025, évoquant « plus de 3 000 événements organisés dans toutes les régions » et « plus de 900 actions labellisées », sous coordination du ministère de la Santé et avec une mobilisation allant des associations aux collectivités, en passant par les familles, les patients et les professionnels[2]. L’objectif affiché pour 2026 est de rendre la santé mentale « plus concrète et plus visible », notamment via une coordination interministérielle renforcée et un soutien accru aux territoires[2].
Un bilan de visibilité, mais une demande d’avancées structurelles
Derrière l’affichage, la question revient avec insistance chez les soignants : la prolongation 2026 sera-t-elle le levier d’inflexions tangibles, ou restera-t-elle d’abord une politique de sensibilisation ? C’est la ligne de crête que relève la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, dont le rapporteur, Sébastien Saint-Pasteur, observe que certains professionnels raillent la démarche en « grande causerie nationale »[3].
Dans le même article, LCP rapporte une dégradation de plusieurs indicateurs et un accès aux soins freiné par le manque de soignants « particulièrement marqué en psychiatrie »[3]. Les épisodes dépressifs caractérisés sur douze mois auraient augmenté de 7,9 % en 2005 à 13,3 % en 2021, avec 20,8 % chez les 18–24 ans, tandis que « le taux brut de décès par suicide avant 24 ans a progressé de 18 % entre 2019 et 2022 »[3].
Cette pression sur les besoins s’accompagne, selon le même texte, d’une baisse des capacités d’hospitalisation à temps complet (–12 % en dix ans) et d’une progression limitée des places d’hospitalisation à temps partiel ( 3,4 % en dix ans), dans un contexte décrit comme pouvant aller jusqu’à des « situations de médecine de guerre »[3].
Mon soutien psy : montée en charge, controverses persistantes
Pour les psychologues libéraux, Mon soutien psy demeure l’un des dispositifs les plus visibles. Sur le plan réglementaire, l’Assurance Maladie rappelle qu’il propose « jusqu’à 12 séances d’accompagnement psychologique » ; « la séance coûte 50 euros » et « elle est remboursée à 60 % par l’Assurance Maladie » (les 40 % restants pouvant être couverts par la complémentaire)[4]. Le dispositif s’adresse, selon ameli.fr, à toute personne dès 3 ans « angoissée, déprimée » ou éprouvant « un mal-être »[4].
Sur le plan d’activité, la commission d’enquête citée par LCP indique que Mon soutien psy a conduit à la prise en charge de 586 858 patients depuis 2022, au cours de 3,1 millions de séances[3]. Le rapporteur y souligne un enjeu d’évaluation au-delà du volume :
« On ne peut pas mesurer l’efficacité d’un dispositif à un nombre de séances »[3].
L’article rapporte aussi qu’un patient réaliserait en moyenne 4,7 séances, que la participation ne concernerait que « 27,6 % de l’ensemble des psychologues libéraux » et qu’un syndicat dénonce un « dispositif de saupoudrage et de communication »[3].
Le débat est également nourri par des critiques publiées dans Le Monde : une tribune du 5 juin 2025 avance que « seul un quart des patients atteigne la huitième séance sur les douze prévues – la moyenne s’établit à 4,8 séances par patient » et évoque un recours « hors indications » pour « plus d’un tiers des patients »[5]. Les auteurs y décrivent un risque de report de patients complexes vers une offre inadaptée, faute d’accès à une prise en charge spécialisée, et contestent une logique qu’ils jugent davantage économique que qualitative[5].
Psychiatrie publique : pénurie, attractivité, et effets domino
La question des ressources hospitalières revient comme un angle mort récurrent. Dans Le Quotidien du Médecin, un article du 19 décembre 2025 souligne que « en psychiatrie, environ un tiers des postes de praticien hospitalier sont vacants » et évoque l’absence de « financement supplémentaire dédié » au plan présenté en 2025, malgré des indicateurs « dans le rouge »[6].
La même source mentionne un objectif de formation de « 600 internes par an en 2027, contre 500 aujourd’hui »[6], tout en relayant des réactions critiques de responsables syndicaux ou universitaires, réclamant un calendrier et des leviers financiers plus lisibles[6].
À ces tensions, s’ajoute un débat sur l’organisation et la gouvernance des prises en charge. Dans une tribune publiée le 11 décembre 2025, un collectif de psychiatres met en garde contre une « psychiatrie de vitrine » et exprime une inquiétude sur l’inscription de « centres experts en santé mentale » dans le code de la santé publique, au motif de résultats contestés et d’un risque d’errance médicale accrue[7].
Pour les professionnels, l’année 2026 comme test de crédibilité
Pour les psychologues, psychiatres, et équipes hospitalières, la reconduction 2026 crée un cadre politique plus stable pour porter des projets territoriaux, des partenariats avec l’école, l’entreprise ou le tissu associatif, et des actions de lutte contre la stigmatisation[2]. Mais les sources convergent sur un point : l’étiquette « grande cause » ne suffira pas à désengorger les parcours si elle ne s’accompagne pas d’arbitrages sur l’offre, les effectifs, et la coordination ville-hôpital[3].
Dans ce contexte, la question de l’évaluation prend une place centrale : qui accède réellement à Mon soutien psy, pour quelles indications, et avec quelle articulation avec les CENTRES MÉDICO-PSYCHOLOGIQUES (CMP) et la psychiatrie de secteur ? La commission d’enquête, comme plusieurs tribunes, appelle à sortir du pilotage par la seule activité pour documenter les ruptures de parcours, les inégalités sociales d’accès et les effets sur l’hospitalier[3][5].
À l’échelle de la santé publique, la prolongation en 2026 intervient enfin dans un paysage où les déterminants extra-médicaux pèsent lourd, notamment chez les adolescents : l’ANSES rappelle, dans une expertise publiée le 13 janvier 2026, que l’usage des réseaux sociaux numériques est associé à des effets négatifs possibles sur le sommeil, la santé mentale et l’exposition aux cyberviolences, tout en soulignant des limites méthodologiques et des besoins de recherche indépendante[8]. Sur ce volet, des ressources de pratique clinique circulent déjà, notamment autour des plateformes et de leurs effets : repères cliniques tirés du rapport parlementaire sur TikTok et la santé mentale des mineurs et synthèse de l’expertise ANSES sur les risques des réseaux sociaux à l’adolescence.
Références
1. Service d’information du Gouvernement (info.gouv.fr) — « La santé mentale, Grande cause nationale 2026 » — 27/11/2025 : https://www.info.gouv.fr/actualite/la-sante-mentale-grande-cause-nationale-2026
2. Service d’information du Gouvernement (info.gouv.fr) — « Le Gouvernement prolonge en 2026 la grande cause nationale dédiée à la santé mentale » — 27/11/2025 : https://www.info.gouv.fr/communique/le-gouvernement-prolonge-en-2026-la-grande-cause-nationale-dediee-a-la-sante-mentale
3. LCP — « Santé mentale : une commission d'enquête alerte sur "l'état alarmant" de la situation » — 16/12/2025 : https://lcp.fr/actualites/sante-mentale-une-commission-d-enquete-alerte-sur-l-etat-alarmant-de-la-situation-423614
4. ameli.fr — « dispositif Mon soutien psy » — (page consultée le 21/01/2026) : https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/remboursement-seance-psychologue-mon-soutien-psy
5. Le Monde — « “Mon soutien psy” ne répond pas à une exigence de qualité des soins, mais à une logique économique » — 05/06/2025 : https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/05/mon-soutien-psy-ne-repond-pas-a-une-exigence-de-qualite-des-soins-mais-a-une-logique-economique_6610593_3232.html
6. Le Quotidien du Médecin — « Santé mentale : une grande cause, un plan… mais sur le terrain, la crise » — 19/12/2025 : https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/psychiatrie/sante-mentale-une-grande-cause-un-plan-mais-sur-le-terrain-la-crise
7. Le Monde — « “Nous refusons une psychiatrie de vitrine”, alerte un collectif de psychiatres » — 11/12/2025 : https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/11/nous-refusons-une-psychiatrie-de-vitrine-alerte-un-collectif-de-psychiatres_6656883_3232.html
8. Caducee.net — « Sommeil, anxiété, image corporelle : l’Anses passe au crible les risques des réseaux sociaux à l’adolescence » — 19/01/2026 (expertise ANSES mise en ligne le 13/01/2026) : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16756/sommeil-anxiete-image-corporelle-l-anses-passe-au-crible-les-risques-des-reseaux-sociaux-a-l-adolescence.html
Descripteur MESH : Santé , Santé mentale , Psychiatrie , Gouvernement , Patients , Logique , Soins , Temps , Sommeil , Maladie , Expertise , Politique , Risque , Santé publique , Communication , Recherche , Médecine , Mort , Suicide , Accélération , Pression , Guerre , Lutte , Démarche , Mineurs , CMP , Anxiété

