Études de santé : le grand virage de 2027
À retenir (lecture rapide)
– Le PASS et les L.AS doivent disparaître à la rentrée 2027 au profit d’une première année unique dédiée à la santé.[1]
– Le gouvernement rétablit le redoublement de cette première année, avec deux chances d’accès aux filières MMOPK.[1]
– La Cour des comptes avait jugé en décembre 2024 la réforme de 2020 « complexe et mal conçue » et plaidé pour une voie unique.[2]
– Les doyens de médecine soutiennent la simplification, mais alertent sur un calendrier serré et sur l’absence de financement stabilisé.[3]
Une réforme qui acte l’échec du compromis PASS/L.AS
Six ans après la suppression de la PACES, l’exécutif tourne déjà la page de PASS/L.AS. Ce revirement n’a rien d’un simple ajustement technique. Il s’appuie sur un diagnostic sévère, désormais difficile à contourner. Dans son rapport publié en décembre 2024, la Cour des comptes qualifiait la réforme de 2020 de « complexe et mal conçue » et jugeait le statu quo « intenable »[2]. Autrement dit, le dispositif n’a pas seulement déçu ; il a fini par apparaître comme une mécanique trop compliquée pour les étudiants, trop inégale selon les territoires et trop fragile pour être durable.
Le constat est d’autant plus rude que la réforme de 2020 avait été pensée pour rompre avec le gâchis humain attribué à l’ancienne PACES. Or, dans les faits, PASS et L.AS ont produit un paysage très variable d’une université à l’autre, des règles de sélection insuffisamment homogènes et une lisibilité souvent défaillante pour les lycéens comme pour leurs familles[2]. La Cour relevait ainsi qu’en 2024, 21 % des nouveaux bacheliers avaient formulé au moins un vœu en PASS ou en L.AS sur Parcoursup[2]. Ce chiffre dit à lui seul l’ampleur du sujet : il ne s’agit pas d’un angle mort de l’enseignement supérieur, mais d’un point de passage majeur pour l’orientation post-bac.
Dans le même mouvement, la question des inégalités sociales n’a pas disparu. Les critiques sur la crise d’attractivité de la profession médicale ont continué de nourrir le débat sur le recrutement et la formation des futurs soignants, au moment même où les besoins territoriaux en médecins, sages-femmes, pharmaciens, chirurgiens-dentistes et kinésithérapeutes restent très élevés.
Une première année unique, pensée pour être harmonisée
Sur le principe, le nouveau schéma présenté le 17 avril 2026 paraît simple : une voie unique d’accès aux études de santé à compter de la rentrée 2027[1]. Dans le détail, cette première année reposerait sur trois blocs d’enseignements : un bloc santé, un bloc disciplinaire adossé à des matières en lien avec la santé, et un bloc transversal[1][3][4]. L’objectif affiché est limpide : mettre fin à la juxtaposition de dispositifs locaux devenus difficilement comparables et redonner aux candidats un cadre national plus intelligible.
L’une des inflexions les plus scrutées concerne le retour du redoublement. Supprimé avec la PACES, il serait réintroduit dans la future licence santé[1][4]. Dans le même temps, le gouvernement maintient le principe de deux chances d’accès aux filières MMOPK, sans ouvrir de tentative supplémentaire immédiate à l’issue du redoublement. En clair, le redoublement redevient une soupape pédagogique, sans pour autant rétablir la logique antérieure de la PACES[1][4].
Cette inflexion répond à une critique récurrente formulée depuis plusieurs années par des étudiants, des enseignants et des doyens : l’interdiction du redoublement dans le système PASS/L.AS exposait certains profils à une élimination rapide, parfois jugée disproportionnée au regard de leur capacité de progression. Le gouvernement défend ainsi une réforme supposée réduire la brutalité de la sélection tout en clarifiant le parcours d’entrée[1].
Du côté des organisations étudiantes, l’accueil n’est pas uniforme mais il n’est pas hostile au principe de la voie unique. Le 14 avril 2026, les fédérations MMOPK et la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) affirmaient porter un modèle commun fondé sur une voie unique, tout en alertant sur l’urgence du calendrier et sur l’épuisement des étudiants, avec un mot d’ordre sans détour : « 1 étudiant·e sur 2 souhaite arrêter PASS/LAS au cours de l’année »[5]. Le 17 avril, dans une dépêche AFP, la vice-présidente de la FAGE, Louise Lenglin, a salué « une grande avancée », en se félicitant tout particulièrement du retour du redoublement[6]. L’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) avait, de son côté, déjà mis en ligne une contribution proposant l’évolution de PASS/L.AS vers une voie unique, la « Licence Santé », signe qu’une partie de la représentation étudiante plaidait elle aussi pour une simplification du modèle[7].
Un contenu encore partiellement en chantier
Sur le papier, la future licence santé a vocation à être nationale. Dans les faits, plusieurs paramètres restent à arrêter. Le Monde relevait ainsi, le 17 avril, qu’un « certain flou financier » entourait encore la réforme, alors même que sa mise en œuvre suppose de revoir les maquettes, les volumes d’enseignement, l’articulation avec Parcoursup et les capacités d’encadrement[3]. Le quotidien évoque une réforme susceptible de concerner environ 40 000 étudiants à la rentrée 2027[3]. Autrement dit, la simplification promise entre maintenant dans une phase beaucoup plus concrète : celle de l’ingénierie pédagogique, du calendrier universitaire et des arbitrages budgétaires.
Des arbitrages restent attendus sur la place exacte de matières telles que la physique, la chimie, l’économie ou la gestion, quand d’autres enseignements aujourd’hui présents dans certaines L.AS pourraient être marginalisés, voire écartés[3][6]. Cette question est loin d’être secondaire : elle conditionne à la fois le profil académique des étudiants recrutés, l’équilibre entre spécialisation précoce et ouverture disciplinaire, et la capacité des universités à monter rapidement une offre cohérente.
C’est aussi sur ce terrain que se jouera le sort de la promesse de diversification des profils. Si le bloc disciplinaire reste réellement ouvert à des majeures variées, la réforme pourra préserver une partie de l’esprit des L.AS, qui visaient à faire accéder aux filières de santé des étudiants venus d’horizons académiques moins strictement biomédicaux. À l’inverse, si la future licence santé concentre l’essentiel de sa valeur sélective sur des enseignements très proches de l’ancien tronc scientifique, elle risque d’apparaître comme une PACES réaménagée plutôt que comme un dispositif réellement mixte. L’enjeu n’est donc pas seulement de simplifier ; il est de savoir quel type d’excellence académique le système entend désormais privilégier.
Pour les lycéens, la réforme modifiera aussi la lecture de Parcoursup. Aujourd’hui, l’offre peut paraître morcelée, avec une multiplication de parcours PASS et L.AS selon les universités. Philippe Baptiste relevait ainsi le 17 avril qu’en Île-de-France, un étudiant avait cette année « le choix entre 100 parcours différents sur Parcoursup entre les PASS et les LAS », certains paraissant « un peu baroques ou exotiques »[6]. En principe, la voie unique devrait donc rendre l’entrée plus intelligible pour les candidats de terminale. Mais cette lisibilité nouvelle ne dira pas, à elle seule, quels profils seront les mieux classés : cela dépendra du poids effectif des blocs santé et disciplinaire, des attendus locaux, ainsi que de la manière dont les universités présenteront leur maquette aux candidats.
À cet égard, la réforme s’inscrit dans un contexte plus large de tension sur les cursus de santé. Les débats récents sur des médecins formés en 8 ans ou sur une formation davantage arrimée à l’université pour les infirmiers montrent que la question de l’ingénierie pédagogique dépasse largement la seule première année de médecine.
Une expérimentation locale permet déjà d’entrevoir ce que pourrait produire un modèle unifié. À l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), l’UFR Simone Veil – Santé a annoncé dès décembre 2025 l’adoption d’une unique voie d’accès, la « One LAS », à compter de la rentrée 2026. L’université mettait alors en avant un « esprit de promotion », un meilleur suivi des étudiants et un encadrement plus attentif aux conditions d’études et au bien-être[8]. Ce cas ne préjuge pas de la réussite du futur schéma national, mais il montre qu’une rationalisation locale du paysage PASS/L.AS était déjà engagée avant même l’annonce gouvernementale.
Des universités sommées d’aller vite
C’est ici que les réserves se font les plus nettes. Car, au-delà de l’annonce politique, les établissements vont désormais entrer dans le dur.
Avant même la prise de parole gouvernementale, la Conférence des doyens de médecine avait exprimé ses inquiétudes sur la faisabilité d’une entrée en vigueur dès 2027[4]. Concevoir de nouvelles maquettes, obtenir les validations internes, calibrer les capacités d’accueil, organiser l’information des lycéens et intégrer le dispositif au calendrier Parcoursup forment une séquence extrêmement serrée[4].
Les doyens ne contestent pas le principe d’une simplification. Mais ils rappellent qu’une harmonisation nationale ne se décrète pas sans moyens humains ni budgétaires. L’enjeu dépasse de loin la seule mécanique administrative. Le retour du redoublement pourrait mécaniquement accroître les effectifs présents sur une même cohorte, et donc peser sur les locaux, les équipes pédagogiques et les capacités de tutorat[3][4]. S’y ajoute la question, toujours sensible, de la sélection vers les filières MMOPK, qui reste contrainte par les capacités de formation en aval.
Cette tension entre volonté de simplification et réalité capacitaire renvoie à un débat plus profond : réformer l’entrée dans les études de santé ne suffit pas, à elle seule, à résoudre les difficultés de démographie médicale et d’accès aux soins. Le mode de sélection peut corriger certaines injustices ; il ne remplace ni une stratégie de formation de long terme ni une politique d’attractivité des carrières.
Un changement concret pour les lycéens et les étudiants
Pour les candidats de terminale, la réforme devrait d’abord se traduire par une entrée plus simple à lire sur Parcoursup. En 2026, la plateforme rappelait que les lycéens pouvaient formuler leurs vœux à partir du 19 janvier et jusqu’au 12 mars, avant de compléter leur dossier jusqu’au 1er avril[9][10]. Dans ce calendrier déjà dense, la coexistence de multiples PASS et L.AS compliquait fortement la comparaison des parcours. La future licence santé ne supprimera pas la sélection, mais elle pourrait au moins réduire la dispersion de l’offre et rendre plus visibles les règles du jeu pour les familles.
Pour les étudiants déjà engagés dans le supérieur, le signal est d’une autre nature. Le maintien d’une poursuite d’études en licence après un échec, hérité de l’esprit des L.AS, limite le risque de cul-de-sac académique. En revanche, la compétition restera intense à l’entrée des filières MMOPK, car les capacités de formation en aval ne changent pas mécaniquement avec la réforme. En d’autres termes, le système gagnera peut-être en lisibilité ; il ne deviendra pas, pour autant, moins sélectif.
Repères pour comparer PACES, PASS/L.AS et licence santé 2027
La PACES concentrait l’accès aux études de santé dans une année très sélective, quasi exclusivement centrée sur des enseignements biomédicaux, avec redoublement possible mais peu de véritables portes de sortie. Le système PASS/L.AS, instauré en 2020, a cherché à rompre avec cette logique en créant deux voies d’accès et en renforçant les poursuites d’études, au prix d’une architecture devenue difficile à lire et très variable selon les territoires[2][3].
La future licence santé prévue pour 2027 reprend une partie de l’ouverture des L.AS — poursuite en licence, bloc disciplinaire non strictement sanitaire — tout en revenant à une porte d’entrée unique et en rétablissant le redoublement[1][3][6]. Tout l’enjeu sera de savoir si ce compromis conserve une réelle pluralité de profils ou s’il reconstitue, sous une forme plus ordonnée, une sélection d’inspiration très classique.
Une promesse de lisibilité qui sera jugée sur ses effets
En choisissant d’abandonner PASS/L.AS dès 2027, l’exécutif reconnaît implicitement que la réforme de 2020 n’a pas produit la stabilisation attendue. Cette inflexion ne se limite donc pas à un simple changement de maquette ; elle marque un réajustement plus profond de la doctrine d’accès aux études de santé. Le choix de la voie unique reprend, presque point par point, l’orientation défendue par la Cour des comptes en décembre 2024[2]. De ce point de vue, le gouvernement tranche un débat ouvert depuis plusieurs mois et referme une architecture devenue politiquement fragile.
Pour autant, la réussite du nouveau modèle ne se mesurera pas à sa seule simplicité apparente. Elle dépendra de la capacité des universités à bâtir un cadre réellement homogène, de la transparence des critères de sélection, du suivi des étudiants les plus fragiles et de l’effet concret de la réforme sur les inégalités académiques et sociales. L’annonce du vendredi 17 avril 2026 ne clôt donc rien. Elle ouvre, au contraire, une nouvelle phase d’épreuve à grande échelle[1][2][3][4].
Références
[1] Le Quotidien du Médecin, Réforme de la première année : exit le système PASS/L.AS, vive la licence « orientée santé » dès 2027 !, 17 avril 2026.
[2] Cour des comptes, L’accès aux études de santé, 11 décembre 2024.
[3] Le Monde, Etudes de santé : le compte à rebours est lancé dans un certain flou financier pour la réforme de la rentrée 2027, 17 avril 2026.
[4] Le Monde, Etudes de santé : une nouvelle réforme à la rentrée 2027 inquiète la conférence des doyens de médecine, 10 avril 2026.
[5] Fédérations MMOPK, FAGE, 1 étudiant·e sur 2 souhaite arrêter PASS/LAS au cours de l’année : l’évolution de la réforme d’entrée dans les études de santé ne peut plus attendre, 14 avril 2026.
[6] AFP via Boursorama, Etudes de santé: le gouvernement revient à la voie unique pour la première année, 17 avril 2026.
[7] ANEMF, Entrée aux études de santé, consulté le 18 avril 2026.
[8] UVSQ, Réforme des études de santé : l’UVSQ adopte une unique voie d’accès : « One LAS », 5 décembre 2025.
[9] Parcoursup, A partir de quand puis-je saisir mes vœux ?, consulté le 18 avril 2026.
[10] Parcoursup, Jusqu’à quand puis-je renseigner mon dossier ?, consulté le 18 avril 2026.
[11] Caducee.net, Des médecins formés en 8 ans : remède miracle ou posologie risquée ?, 18 août 2025.
[12] Caducee.net, Réforme du diplôme infirmier : l’ambition 2026 à l’épreuve des quotas, 22 janvier 2026.
[13] Caducee.net, Atlas de la démographie médicale 2023 : la profession de médecin face à une crise d’attractivité selon le CNOM, 8 juin 2023.
Descripteur MESH : Santé , Gouvernement , Universités , Médecine , Étudiants , Odontologie , Pharmacie , Face , Médecins , Logique , Politique , Mécanique , Lecture , Risque , France , Nature , Spécialisation , Kinésithérapeutes , Dentistes , Papier , Pharmaciens , Femmes , Démographie , Physique , Chimie , Mouvement , Temps , Mars , Rationalisation , Parole , Diagnostic , Mort , Tronc

