Harcèlement visant Mathias Wargon : l’Ordre des médecins sommé d’agir après une polémique sur la grippe
Une controverse née d’un débat sur la vaccination antigrippale
Une couverture vaccinale faible chez les soignants, sur fond de tension hivernale
La polémique s’inscrit dans un contexte de vaccination antigrippale historiquement peu suivie chez les professionnels de santé en France. À l’hiver 2024-2025, un bilan de 611 décès en une semaine (du 6 au 12 janvier 2025), attribué à un bulletin de Santé publique France, avait illustré la sévérité possible des vagues grippales et ravivé les débats sur la prévention.[8]
D’après une dépêche de l’AFP reprise par La Gazette France, la proportion de soignants vaccinés « avoisinait 22 à 25 % les saisons précédentes », loin de l’objectif « d’au moins 75 % » fixé par l’Organisation mondiale de la santé.[4]
Dans le même article, l’Assistance publique–hôpitaux de Paris (AP-HP) est créditée de « 19 % » de soignants vaccinés « cette saison » contre la grippe, chiffre attribué à son directeur général. Mathias Wargon, chef des urgences à l’hôpital Delafontaine (Seine-Saint-Denis), y indique pour sa part n’en compter « même pas 10 % » dans ses équipes, rapportant avoir « déjà entendu des infirmières dire : “Si c’était important, ce serait obligatoire” ».[4]
Une obligation vaccinale qui revient cycliquement dans le débat public
L’idée d’une obligation n’est pas nouvelle. Toujours selon l’AFP, « l’obligation de se vacciner contre la grippe figurait dans la loi depuis 2005 », avant d’être « suspendue par décret en 2006 » au motif qu’elle « risquerait d’altérer l’adhésion des professionnels ».[4]
Le contraste est frappant avec le socle vaccinal déjà requis : « Quatre vaccins sont actuellement obligatoires pour les personnels des hôpitaux ou Ehpad : diphtérie, tétanos, poliomyélite et hépatite B ».[4] Dans ce climat, la discussion sur un retour d’obligation alimente, chaque hiver, des lignes de fracture déjà vives depuis la séquence Covid-19.[4]
D’une “petite phrase” aux attaques : la mécanique d’un emballement
Une tribune qui décrit des propos “tronqués et manipulés”
Le 31 décembre 2025, un collectif de médecins publie une tribune dans Le Point pour dénoncer une campagne de dénigrement visant Mathias Wargon, sur fond de débat concernant « la vaccination obligatoire des plus de 65 ans ».[1]
Les signataires affirment avoir vu « un député de la République instrumentaliser la communication » du praticien « sur la base de propos tronqués et manipulés ». Ils ajoutent que cette campagne serait « allée jusqu’à attaquer ses origines » — une dérive jugée « totalement inadmissible » et sans place dans « un nécessaire débat sur les mesures de santé publique ».[1]
Soutenir un génocide et diriger un service d’urgences : voilà le “chef” d’un hôpital à deux pas de chez moi.
— Aly D (@AlyDiouara) December 22, 2025
Effrayant. https://t.co/1gnkfPFB3d
La judiciarisation des controverses, nouveau terrain de conflictualité
La tribune décrit également une seconde strate : l’appel à “signaler” le médecin auprès de l’Ordre via les réseaux sociaux, présenté comme un usage militant des procédures ordinales. Les auteurs disent avoir vu « des confrères peu scrupuleux appeler à le signaler, lui et d’autres, auprès de son ordre sur les réseaux sociaux » pour soutenir « des idéologies bien éloignées des canons de notre déontologie ».[1][2]
Cette dynamique n’est pas isolée. À l’été 2025, une autre séquence avait déjà exposé l’institution ordinale à des critiques, notamment autour de la sanction disciplinaire visant le Dr Damien Barraud, sur fond de tensions entre débats scientifiques, polarisation et réseaux sociaux.[5]
L’Ordre face à sa doctrine : un communiqué de juillet 2025 mis à l’épreuve
“Le harcèlement n’est pas une opinion” : l’engagement public du CNOM
Le collectif fonde explicitement son interpellation sur un communiqué du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM), daté du 28 juillet 2025. Le texte affirme : « Dorénavant, l’Ordre des médecins sera intransigeant envers toute organisation ou individu menant des campagnes de harcèlement contre des médecins, notamment par l’instrumentalisation de procédures disciplinaires, juridiques ou via les réseaux sociaux ». Il ajoute : « De telles pratiques (…) feront l’objet de poursuites judiciaires systématiques par les conseils départementaux et le conseil national ».[3]
Dans ce même communiqué, le CNOM rappelle un point souvent méconnu dans l’espace public : « contrairement à une idée largement répandue », les décisions disciplinaires ne seraient pas prises par l’Ordre « lui-même », mais par « des juridictions administratives indépendantes », dans des « procédures contradictoires ».[3]
“Totalement absent” : la critique d’un silence institutionnel
C’est précisément sur ce terrain — celui de la réaction institutionnelle et de l’accompagnement — que la tribune situe son grief principal : « Durant ce temps, aucune réaction du Conseil national de l’ordre des médecins ne s’est produite », écrivent les signataires. Ils estiment que « malgré les engagements qu’il avait pris il y a moins de six mois, l’Ordre censé nous protéger a été totalement absent de la défense de notre confrère attaqué ».[1][2]
À ce stade, l’ampleur et la qualification juridique de l’ensemble des attaques décrites ne peuvent être établies publiquement à partir des seuls éléments disponibles. La tribune, en revanche, documente une attente nette : que l’institution mette en cohérence sa doctrine et sa pratique.[1]
Les demandes du collectif : soutien, discipline, ligne professionnelle
Trois attentes : protéger, sanctionner, cadrer la parole publique
Dans Le Point, les auteurs structurent leur demande autour de trois axes immédiats. Ils appellent l’Ordre à « apporter immédiatement un soutien symbolique mais également un soutien juridique » au confrère « harcelé » ; à « se saisir sans délai » des cas de confrères ayant « instrumentalisé ce harcèlement » ; et à « siffler la fin de la récréation » en rappelant qu’« un médecin est légitime à s’exprimer sur des questions de santé publique, pour peu que cette expression soit étayée et pondérée ».[1][2]
Les signataires demandent aussi d’« affirmer haut et fort » que ceux ayant fait de « la mise en danger de nos contemporains un fonds de commerce » ne seraient pas fondés à saisir les instances disciplinaires « pour leur propagande mortifère », tout en appelant à « s’opposer fermement à la politisation de la science et de la médecine ».[1]
Un enjeu professionnel plus large : parler sans se taire, sans déraper
Le CNOM, dans son communiqué de 2025, reconnaît à la fois la violence des réseaux et la nécessité de maintenir un cadre déontologique. Il évoque « la souffrance et l’épuisement » face à la « violence des réseaux » et à la montée de « discours complotistes », tout en rappelant un « devoir de modération » dans l’espace numérique.[3]
En filigrane, la question posée aux professionnels de santé dépasse le seul cas Wargon : comment tenir une parole publique robuste, sans se laisser enfermer dans la logique des polémiques, et sans s’exposer à des mécanismes de pression qui, à bas bruit, peuvent décourager d’autres soignants de s’exprimer ?[5] Le débat s’inscrit aussi dans une séquence plus large de lutte contre la désinformation médicale, dont les pouvoirs publics ont, au printemps 2025, revendiqué faire un axe structurant.[6]
Références
[1] Le Point — « Harcèlement de Mathias Wargon : l’Ordre des médecins doit tenir ses engagements » — 31/12/2025.
[2] Egora — « Wargon harcelé pour ses propos sur la vaccination obligatoire contre la grippe : des médecins appellent l’Ordre à réagir » — 02/01/2026.
[3] Conseil national de l’Ordre des médecins — « Justice disciplinaire et harcèlement des médecins » — 28/07/2025.
[4] La Gazette France (AFP) — « Avec la flambée de grippe, la vaccination obligatoire des soignants en question » — 18/01/2025.
[5] Caducee.net — « L’Ordre des médecins sous le feu des critiques après la suspension du Dr Damien Barraud » — 21/07/2025.
[6] Caducee.net — « Désinformation médicale : vers une politique publique coordonnée » — 22/04/2025.
[7] ameli.fr — « La vaccination contre la grippe en 2025-2026 en pratique » — page consultée en janvier 2026.
[8] Caducee.net — « Grippe : 611 décès la semaine du 6 au 12 janvier 2025 » — 16/01/2025.
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