Simplebo 2026

Oncologie : l’essor des thérapies de pointe met à l’épreuve la soutenabilité du modèle solidaire

Oncologie : l’essor des thérapies de pointe met à l’épreuve la soutenabilité du modèle solidaire La photographie annuelle des « chiffres-clés du médicament » publiée le 14 janvier 2026 par l’Assurance Maladie (CNAM) confirme une tendance de fond : la dépense progresse d’abord par la valeur, à mesure que l’innovation se concentre sur des thérapeutiques à très haut coût, avec l’oncologie en première ligne.[1] Derrière l’alerte budgétaire, le débat s’élargit : comment maintenir un accès rapide aux traitements de pointe, tout en évitant que quelques produits très onéreux ne dictent la trajectoire financière du système solidaire ?

Une hausse portée par des traitements plus chers

En 2024, l’Assurance Maladie indique avoir remboursé 27,2 milliards d’euros de médicaments délivrés en pharmacie de ville, soit 7,2 % sur un an.[2] Dans le même temps, la prise en charge se renforce : sur dix ans, le taux de remboursement en ville est passé de 80,7 % en 2014 à 87,6 % en juin 2025.[2] Le système finance donc davantage, et sur un spectre plus large, des produits dont la structure de prix s’est profondément transformée.

La dépêche AFP reprise par France 24 met un chiffre en perspective : le coût annuel moyen d’un médicament « innovant » atteindrait 3 801 euros par patient (hors vaccins), contre 161 euros pour des médicaments plus anciens.[9] Sans épuiser la complexité des périmètres (ville, hôpital, accès précoces), l’indicateur résume un mouvement : l’innovation, plus ciblée, se paie plus cher – y compris lorsque le nombre d’unités délivrées n’explose pas.

L’oncologie devient un poste budgétaire structurant

L’Assurance Maladie situe explicitement l’oncologie au cœur du basculement. En 2024, les traitements anticancéreux ont représenté 7,1 milliards d’euros de remboursements nets (ville et hôpital).[2] Dans le même panorama, les antinéoplasiques – médicaments destinés à freiner ou arrêter la prolifération tumorale – deviennent la première classe thérapeutique remboursée en ville, alors qu’ils n’occupaient que la neuvième place en 2015.[2]

La concentration se lit aussi à l’échelle des « locomotives » : selon l’AFP reprise par Challenges et France 24, Keytruda a représenté 2,1 milliards d’euros de remboursement en 2024, et Darzalex 1,05 milliard d’euros.[3][9] Cette dynamique s’adosse à une évolution épidémiologique et organisationnelle : toujours selon l’AFP, le nombre de patients pris en charge en oncologie augmente en moyenne de 3 % par an en France.[3] À mesure que des traitements initiés à l’hôpital s’inscrivent dans un suivi prolongé, la frontière « ville–hôpital » devient un enjeu de pilotage autant que de coordination clinique.[4]

Des prix par patient qui s’envolent, avec une « queue » de plus en plus longue

« Alors qu’en 2015, un seul médicament dépassait un coût de traitement annuel de 100 000 euros par patient, ils sont 21 en 2025 à franchir ce seuil, et les traitements les plus coûteux dépassent désormais 185 000 euros par patient et par an. »[1]

La CNAM ajoute que deux médicaments, destinés à des effectifs très réduits, atteignent « plus d’un million d’euros par patient et par an ».[1]

Ce constat, repris par Le Monde, souligne la diffusion d’un « haut de panier » de plus en plus fourni, au-delà des seuls médicaments orphelins.[5] Il alimente une question récurrente chez les payeurs : quelle hiérarchie entre prix, bénéfice clinique et conditions d’usage en vie réelle ?

Prix affichés, remises et clause de sauvegarde : l’équation reste en partie opaque

La dépense observée ne se lit jamais au prix catalogue. D’un côté, les montants par patient progressent ; de l’autre, les remises conventionnelles et mécanismes de régulation réduisent la facture finale, au prix d’une lisibilité limitée.

Challenges (AFP) rappelle ainsi que les coûts cités sont souvent donnés « avant remises », et évoque – sur la base de « connaisseurs » – des rabais pouvant atteindre jusqu’à 90 % du prix catalogue dans certaines maladies rares.[3] Le Quotidien du Médecin décrit l’effet d’amortisseur de la régulation : en 2024, les dépenses remboursées en ville atteindraient 37,9 milliards d’euros “bruts”, contre 27,2 milliards d’euros “super nets” après déduction des remises et de la clause de sauvegarde.[4]

Dans ce contexte, le débat sur la transparence se durcit. En septembre 2025, l’UFC-Que Choisir a dénoncé un système jugé trop opaque, prenant l’exemple du Keytruda et soulignant le caractère confidentiel des remises, au nom du « secret des affaires ».[10] La controverse ne porte pas seulement sur un niveau de prix, mais sur la capacité collective à comprendre ce qui est réellement payé, et à relier ce paiement à la valeur clinique.

La voix des industriels : accès au marché et trajectoire fiscale

Face à l’alerte de la CNAM, l’industrie met en avant un autre risque : que l’empilement d’économies, de baisses de prix et de prélèvements n’aboutisse à retarder l’arrivée des innovations. Sur le PLFSS, le Leem a dénoncé à l’automne 2025 des mesures susceptibles, selon lui, de « sacrifier le progrès thérapeutique et l’accès aux traitements ».[12] Dans une dépêche APM, le syndicat a également critiqué l’ampleur des prélèvements attendus, en les présentant comme un frein à l’accès au marché des innovations.[11]

Ce face-à-face se joue donc sur deux temporalités : le court terme budgétaire, où la dépense doit rester contenue, et le long terme industriel, où la capacité à lancer des médicaments en France se nourrit d’une forme de prévisibilité. L’argument est d’autant plus sensible que la recherche pharmaceutique demeure coûteuse et risquée : une revue de Médecine/Sciences rappelle que le développement d’un nouveau médicament s’étale en moyenne sur 12 ans et mobilise un investissement de l’ordre de plus de 2,5 milliards de dollars pour mener un produit jusqu’au marché, selon l’article.[13]

Un débat qui dépasse le médicament, sur fond de déficits

L’Assurance Maladie ancre enfin la discussion dans une contrainte macroéconomique. Dans la présentation du rapport « Charges et Produits pour 2026 » (24 juin 2025), la CNAM fait état d’un déficit de 13,8 milliards d’euros en 2024, d’un déficit estimé à 16 milliards d’euros en 2025, et d’une projection pouvant atteindre 41 milliards d’euros à l’horizon 2030 en l’absence d’inflexions majeures.[6]

Le cadre budgétaire est fixé par la loi de financement : Vie-publique.fr rappelle que la LFSS 2026 retient un ONDAM à 3,1 %, soit 274,4 milliards d’euros.[7] Dans cet environnement, la CNAM propose un plan d’économies de 3,9 milliards d’euros pour 2026, selon une synthèse publiée par Caducee.net.[8]

Les marges de manœuvre : génériques, biosimilaires et usage pertinent

Le pilotage ne repose pas uniquement sur les innovations. Les politiques publiques cherchent aussi à dégager des marges via la concurrence thérapeutique (génériques, biosimilaires) et une meilleure adéquation des prescriptions aux indications.

Sur le volet biosimilaires, certains acteurs plaident pour des incitations plus fortes en ville : renforcer les incitations financières en médecine de ville est une piste discutée, qui vise à déplacer une partie de l’effort d’efficience vers les pratiques quotidiennes.[14] Mais la régulation peut aussi provoquer des tensions économiques à l’officine, comme l’a montré l’épisode du plafonnement des remises sur les génériques et les biosimilaires.[15]

Entre progrès thérapeutique et discipline collective, une ligne de crête

L’Assurance Maladie défend une doctrine qui se veut équilibrée : soutenir l’accès aux nouveautés, tout en encadrant les usages et les prix. Dans le dossier presse, Thomas Fatôme résume cette ligne : « Notre mission, c’est de soutenir ces innovations tout en veillant à ce que les médicaments soient utilisés de manière juste, sûre et bénéfique pour tous… »[1]

Le débat, en oncologie, ne se réduit ni à une addition de factures ni à une célébration de l’innovation. Il se joue dans les détails : pertinence des indications, séquençage des lignes, suivi en vie réelle, négociation des remises, et articulation entre prix et bénéfice clinique. Pour les soignants, cette discussion a une traduction immédiate : disposer des bonnes options, au bon moment, sans que la soutenabilité collective ne devienne l’angle mort du progrès.

Références

[1] Assurance Maladie (Presse), Chiffres-clés du médicament en France : des évolutions profondes sur la décennie, 14/01/2026.

[2] Assurance Maladie (ameli.fr), Médicament : en 10 ans, une prise en charge renforcée…, 16/01/2026.

[3] Challenges (AFP), L'Assurance maladie alerte sur l'envolée des dépenses de médicaments innovants, 14/01/2026.

[4] Le Quotidien du Médecin, Médicaments : 27,2 milliards d’euros remboursés en ville en 2024, une dynamique tirée par l’hôpital, 15/01/2026.

[5] Le Monde, Les médicaments innovants, de plus en plus chers, pèsent sur les dépenses de l’Assurance maladie, 15/01/2026.

[6] Assurance Maladie (Presse), Présentation du rapport annuel « Charges et Produits pour 2026 », 24/06/2025.

[7] Vie-publique.fr, Loi de financement de la sécurité sociale 2026 Retraites LFSS (rubrique ONDAM), consulté le 19/01/2026.

[8] Caducee.net, Assurance maladie : un plan de 3,9 milliards d’euros d’économies en 2026, 25/06/2025.

[9] France 24 (AFP), L'Assurance maladie alerte sur l'envolée des dépenses de médicaments innovants, 14/01/2026.

[10] UFC-Que Choisir, Médicaments à prix prohibitifs : l’UFC-Que Choisir dénonce un système qui met en péril l’accès aux soins, 18/09/2025.

[11] APMnews, Le Leem dénonce un PLFSS qui empêche l'accès au marché des innovations, consulté le 19/01/2026.

[12] Leem, PLFSS 2026 : des choix qui sacrifient le progrès thérapeutique et une filière stratégique, 17/10/2025.

[13] Médecine/Sciences, L’intelligence artificielle, une révolution dans le développement du médicament, 2024.

[14] Caducee.net, Biosimilaires : Amgen propose de renforcer les incitations financières en médecine de ville, 24/10/2024.

[15] Caducee.net, Remises sur les génériques : les officines en lutte pour leur survie économique, 21/07/2025.

Descripteur MESH : Maladie , Photographie , Assurance , Assurance maladie , France , Vie , Thérapeutique , Survie , Lutte , Joue , Médecine , Face , Pharmacie , Sécurité , Queue , Mort , Sécurité sociale , Patients , Traduction , Maladies rares , Vaccins , Risque , Projection , Soins , Négociation , Recherche , Environnement , Voix , Mouvement , Temps , Diffusion , Caractère

Actualités professionnelles: Les +