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IDEL : une enquête alerte sur l’effet ciseau économique, à l’heure des négociations avec la CNAM

IDEL : une enquête alerte sur l’effet ciseau économique, à l’heure des négociations avec la CNAM Alors qu’une nouvelle séance de négociation se tient le 17 février 2026 avec la Caisse nationale de l’assurance maladie (CNAM), Convergence Infirmière publie les résultats d’une consultation nationale en ligne sur la situation économique des infirmières et infirmiers libéraux (IDEL). L’étude, réalisée auprès de 5 609 répondants, dessine un paysage dominé par la hausse des charges, l’érosion des revenus et une tentation de sortie du libéral, voire de la profession.[1][2]

À retenir (lecture rapide)

- 54,15 % des répondants déclarent un chiffre d’affaires en baisse, 95,17 % une hausse des charges.[2]
- 77,54 % disent que leurs revenus personnels ont diminué, et 60,27 % jugent l’avenir « inquiétant ».[2]
- 96,82 % estiment leur rémunération insuffisante ou très insuffisante au regard de la charge de travail.[2]
- 70 % ont envisagé de quitter le libéral ; 41,82 % disent avoir envisagé de quitter la profession.[2]
- Les syndicats veulent peser sur l’avenant 11, au moment où d’autres alertes évoquent une fragilisation des cabinets.[3][4]

Une consultation en ligne qui met des chiffres sur une dégradation déclarée

Convergence Infirmière présente cette consultation comme un « signal » adressé aux décideurs, publié précisément le jour d’une réunion de négociation conventionnelle avec la CNAM.[1] Le rapport précise avoir recueilli 5 609 réponses et rappelle qu’il s’agit d’une enquête déclarative en ligne — un point méthodologique qui invite à la prudence : ces données reflètent un vécu économique et des perceptions, plus qu’une photographie comptable auditée.[2]

Le profil des répondants, tel que décrit dans le document, est majoritairement celui d’IDEL installés (92,58 %), et très largement de professionnels expérimentés : 69,75 % déclarent exercer en libéral depuis plus de dix ans.[2] L’enquête couvre des zones d’exercice variées (très sous-dotées, sous-dotées, intermédiaires, très dotées, surdotées), même si la plus forte proportion se situe en zone « très dotée » (40,38 %).[2]

L’effet ciseau : recettes qui s’érodent, charges qui s’emballent

Le cœur du message est résumé dès l’édito de la présidente de Convergence Infirmière, Ghislaine Sicre : « L’effet ciseau est brutal. Les charges explosent, les actes stagnent, les revenus reculent. »[2]

Dans le détail, 54,15 % des répondants déclarent un chiffre d’affaires en baisse « sur cette période », 36,96 % le disent stable, et 8,90 % en hausse.[2] Chez ceux qui rapportent une baisse, l’ampleur la plus fréquemment citée se situe entre 10 et 20 % (36,13 %), devant 5 à 10 % (29,98 %) et moins de 5 % (20,19 %).[2]

En miroir, les charges professionnelles augmentent pour 95,17 % des répondants (contre 3,64 % stables et 1,19 % en baisse).[2] Lorsque l’augmentation est estimée, elle se situe le plus souvent entre 10 et 20 % (39,35 %), puis entre 5 et 10 % (33,50 %).[2]

Cette combinaison se traduit par une érosion des revenus : 77,54 % déclarent une baisse de leurs revenus personnels, 18,91 % une stabilité et 3,55 % une hausse.[2] Une part non négligeable dit avoir rencontré des difficultés économiques sérieuses (39,56 %).[2]

Parmi les situations financières les plus lourdes, 4,29 % rapportent un plan d’apurement ou des dettes sociales ; 0,76 % évoquent un redressement judiciaire et 0,06 % une liquidation judiciaire (94,89 % déclarent n’avoir été concernés par aucune de ces situations).[2]

Travail, rémunération, épuisement : une équation jugée intenable

La contestation ne porte pas seulement sur les comptes : elle s’étend au rapport entre charge de travail et rémunération. Pour une écrasante majorité des répondants, le compte n’y est pas. À la question « Aujourd’hui, estimez-vous que votre rémunération est : », 49,80 % répondent « insuffisante » et 47,02 % « très insuffisante » ; 2,80 % la jugent « adaptée à la charge de travail ».[2]

La charge de travail est, elle aussi, fortement dégradée : 44,29 % la décrivent comme « épuisante », 34,25 % « difficile », 3,66 % « insupportable » (17,80 % la considèrent « soutenable »).[2]

« travailler plus pour gagner moins »[2]
« 3,15 € l’AMI depuis plus de 16 ans »[2]
« J’aime mon métier, mais je ne pourrai jamais en faire la promotion à ma fille »[2]

Ces difficultés débordent sur la sphère privée. À la question sur l’impact de l’évolution des revenus sur la vie personnelle, 41,94 % répondent « oui, très important », 46,08 % « oui, modéré », 9,07 % « faible » ; 2,91 % déclarent « aucun » impact.[2] Les manifestations les plus fréquemment citées sont le « stress financier » (24,86 %) et la « fatigue chronique » (23,85 %), devant l’« impact sur la vie familiale » (17,45 %) et les « difficultés à concilier vie professionnelle / personnelle » (13,83 %).[2]

Ajustements défensifs : congés rognés, temps de travail étendu, activité parallèle

L’enquête suggère que la baisse ou la stagnation des revenus entraîne des arbitrages concrets sur l’organisation des cabinets. Interrogés sur d’éventuelles modifications de leur façon de travailler, 20,10 % répondent « non ». Les autres options indiquent des stratégies de survie : « sélection des actes / secteurs » (24,39 %), « augmentation du temps de travail » (23,31 %), « réduction des congés » (18,62 %), « activité complémentaire à celle d’IDEL » (8,46 %), « limitation des remplacements » (5,13 %).[2]

La contrainte d’exercer une autre activité parallèlement à celle d’IDE est affirmée par 17,02 % des répondants.[2] Enfin, 60,27 % perçoivent l’avenir de leur activité libérale comme « inquiétant » et 37,74 % comme « incertain » (1,99 % « optimiste »).[2]

Quitter le libéral, voire la profession : une alerte sur la continuité des soins

La tentation de rupture est l’un des marqueurs les plus frappants du rapport. Sur 4 779 répondants à la question dédiée, 50,43 % disent avoir envisagé de cesser l’activité libérale « oui, mais sans passage à l’acte », 20,07 % « oui, sérieusement », et 29,50 % « non » — soit environ 70 % déclarant y avoir pensé, à des degrés divers.[2]

Une autre question, formulée plus largement (« Avez-vous déjà envisagé : »), indique 33,32 % « de quitter le libéral » et 41,82 % « de quitter la profession » (16,84 % répondent « jamais »).[2]

Négociations conventionnelles : l’enjeu d’un avenant 11 « à la hauteur du terrain »

Le communiqué de Convergence Infirmière place ces résultats en outil de pression sur les discussions : le syndicat appelle à une « revalorisation très significative des actes courants », à la « reconnaissance réelle de la charge de travail » et à des mesures « chiffrées et immédiates ».[1]

Ce calendrier s’inscrit dans des négociations ouvertes à la CNAM depuis juillet 2025, avec l’objectif annoncé d’aboutir à un avenant 11 à la convention nationale des infirmiers.[4] Dans ce contexte, d’autres organisations syndicales appuient, chacune avec ses priorités, sur la fragilité économique : la FNI évoque « la dégradation rapide de la situation économique des cabinets infirmiers libéraux » et cite une « hausse de 72 % des entrées en procédure » concernant les cabinets d’infirmiers, dans un contexte qu’elle décrit comme « inédit en 2025 » pour les défaillances d’entreprises.[3]

Sur le terrain, l’équation est d’autant plus sensible que les IDEL restent au cœur du maintien à domicile et de la coordination de soins. Par ailleurs, l’actualité réglementaire rappelle que le périmètre de l’exercice infirmier évolue : la consultation infirmière et certaines prérogatives (diagnostic, prescription encadrée) ont été intégrées au droit fin décembre 2025, ce qui nourrit aussi, dans la profession, la question de la traduction conventionnelle et tarifaire de ces évolutions.[6][7]

Pour situer ces évolutions dans le débat, on peut se référer à l’entrée dans le droit de la consultation, du diagnostic et de certaines prescriptions infirmières.[6] Les discussions sur les rémunérations s’articulent aussi avec l’état d’avancement des négociations conventionnelles ouvertes en 2025.[4]

Limites méthodologiques et points de vigilance

Deux précautions s’imposent à la lecture.

D’abord, la consultation repose sur des déclarations individuelles, sans éléments publics (dans le rapport) permettant de documenter une représentativité statistique au sens strict. Les chiffres décrivent une réalité vécue par un large panel de répondants, mais ne remplacent pas une analyse nationale sur données comptables.[2]

Ensuite, le document mentionne à plusieurs reprises « sur cette période » sans que la fenêtre temporelle précise ne soit explicitée dans les passages clefs du rapport. Interpréter l’évolution en la rattachant à une séquence économique exacte (inflation, carburant, cotisations) nécessite donc de se référer, en complément, à des sources externes et à des séries publiques.[2]

Reste que, dans un moment où les négociations conventionnelles entrent dans leur phase décisive, l’ampleur des signaux convergents — charges en hausse, revenus en baisse, charge de travail jugée épuisante, stratégies d’ajustement défensif, intentions de sortie — impose un débat à la hauteur de ce qui est décrit : la soutenabilité du modèle économique des cabinets infirmiers libéraux et, par ricochet, la continuité d’une partie de la santé de proximité.[1][2]


Références

1. Convergence Infirmière, « Résultats de la consultation sur la situation économique des IDEL : des chiffres alarmants qui imposent des réponses fortes », 17 février 2026. Lien
2. Convergence Infirmière (PDF), « Résultats de l’enquête réalisée auprès de 5 609 participants – février 2026 – La situation économique des IDEL », février 2026. Lien
3. FNI (Fédération nationale des infirmiers), « La FNI alerte sur une situation économique critique et appelle au déblocage urgent des revalorisations conventionnelles », 20 janvier 2026. Lien
4. Caducee.net, « Revalorisation des infirmières libérales : où en sont les négociations conventionnelles 2025 ? », 16 décembre 2025. Lien
5. ActuSoins, « Négociations conventionnelles infirmières : un programme structurant pour la profession », 20 janvier 2026. Lien
6. Caducee.net, « Décret infirmier : consultation, diagnostic et prescription entrent dans le droit », 28 décembre 2025. Lien
7. Caducee.net, « Consultation infirmière : nouvel acte clinique, quel modèle de prise en charge ? », 28 décembre 2025. Lien

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