Grève : les syndicats de médecins libéraux saluent des avancées, mais se refusent à “crier victoire”
Une grève de dix jours sous tension d’accès aux soins
Dès le début du mouvement, les autorités sanitaires ont alerté sur les difficultés possibles d’accès à la médecine de ville et rappelé les circuits de recours : appel au 15 en cas d’urgence, et permanence 116 117 le soir et le week-end.[1] Cette toile de fond a pesé sur la stratégie des organisations syndicales, soucieuses d’afficher une mobilisation “défensive” – préserver un cadre conventionnel – tout en évitant une rupture durable avec les patients.
Pas de triomphalisme syndical
La tonalité, côté organisations mobilisées, demeure prudente. Dans une dépêche AFP reprise par TF1info, le Dr Jérôme Marty (UFML-S) résume la séquence en des termes conditionnels : « Il y a eu des avancées, mais il faudra voir comment elles se traduisent en actes. »[2] La présidente de la Fédération des médecins de France (FMF), Patricia Lefébure, regrette une méthode jugée inutilement conflictuelle : « Je trouve dommage qu’il ait fallu aller dans la rue, ça aurait pu se régler à l’amiable. »[2]
Dans un registre voisin, la CSMF avait, dès le 5 janvier, cadré la suite en appelant l’exécutif à matérialiser ses engagements : « Madame la Ministre, nous vous avons lu et entendu. Maintenant, il est temps de passer des paroles aux actes. »[3]
Signe que la séquence n’est pas considérée comme close, Le Bloc a, dans la même dépêche AFP, appelé à prolonger la pression par une grève des gardes.[2]
Mise sous objectifs : l’amendement promis, une défiance persistante
L’un des principaux points de crispation portait sur la MSO, envisagée comme un mécanisme automatique et obligatoire pour les médecins “ciblés” sur les prescriptions d’arrêts de travail. Le gouvernement affirme désormais renoncer à la possibilité d’imposer des objectifs de réduction de prescriptions aux médecins prescrivant plus d’arrêts maladie que leurs confrères, selon des sources syndicales concordantes citées par l’AFP.[2]
Sur le terrain juridique et parlementaire, l’orientation est précisée par la CSMF : après une rencontre bilatérale, la ministre Stéphanie Rist aurait promis de porter un amendement de suppression de la MSO obligatoire dans le projet de loi contre les fraudes ; l’engagement devrait être confirmé par écrit, rapporte Le Quotidien du Médecin.[4]
Au-delà du dispositif lui-même, la MSO concentre un malaise plus large sur la frontière entre régulation et soupçon. Un papier de fond souligne, à partir des éléments d’impact disponibles à l’époque, que l’obligation était associée à des économies attendues et à un pilotage médico-économique renforcé, au risque d’être vécu comme une “médecine des quotas”.[5]
Tarifs par décret : l’Assurance maladie conteste l’outil des baisses unilatérales
Autre détonateur : les articles 77 et 78 de la LFSS 2026, perçus comme ouvrant la voie à des baisses de tarifs par décret. L’exécutif a donné des « garanties précises » sur la non-mise en application de l’article 78, selon l’AFP.[2]
De son côté, auditionné au Sénat le 14 janvier, le directeur général de la CNAM, Thomas Fatôme, a publiquement pris ses distances avec ce mécanisme. Selon Public Sénat, il affirme qu’il n’a « jamais sollicité, imaginé, pensé » un dispositif de baisses unilatérales, juge que « ça n’a aucun sens », et souhaite que ces articles soient supprimés « le plus tôt » possible, car ce n’est « pas la politique de l’Assurance maladie ni de près, ni de loin ».[6]
DMP : la censure constitutionnelle offre un répit, sans verrouiller l’avenir
Sur le dossier médical partagé, la conflictualité s’est heurtée au droit : le Conseil constitutionnel a censuré la disposition de la LFSS 2026 qui prévoyait des sanctions liées à l’obligation d’alimenter et de consulter le DMP, au motif d’un « cavalier social ».[7] Le régime imaginé prévoyait des pénalités pouvant aller jusqu’à 2 500 € par manquement, dans la limite de 10 000 € par an pour un praticien, selon les éléments publiés à l’automne lors des débats budgétaires.[8]
Ce coup d’arrêt ne signifie pas que le sujet est enterré : la censure porte sur la procédure et le véhicule législatif, non sur la possibilité, pour l’exécutif, de revenir par une autre voie. Dans l’immédiat, l’épisode illustre surtout une difficulté politique : améliorer la coordination des soins par l’outil numérique, sans transformer l’adhésion en contrainte financière.[7]
Secteur 3, OPTAM et dixième année : l’UFMLS élargit le champ des tensions
Le compte rendu publié par Jérôme Marty après une bilatérale UFMLS avec la ministre élargit le spectre des sujets qui demeurent explosifs : le secteur 3 (S3), l’OPTAM et l’organisation de la dixième année.[9]
Secteur 3 : le désaccord sur le déremboursement des prescriptions
Selon ce compte rendu, la ministre « ne revient pas » sur le déremboursement des prescriptions liées au S3. L’UFMLS met en avant une pénalisation annoncée pour les patients et évoque des recours (Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Cour de justice de l’Union européenne).[9] Dans un autre éclairage, le déremboursement des prescriptions du secteur 3 est présenté comme un outil de “discipline” du système, au risque de déplacer la charge sur les patients.[10]
OPTAM : une remise à plat promise, sous contrainte juridique
Jérôme Marty rapporte que la ministre souhaite « travailler au développement de l’OPTAM et sa remise à plat » afin de recréer un intérêt au conventionnement et de ramener le S3 dans le giron conventionnel, tout en reconnaissant que cette perspective se heurte à des contraintes juridiques (délais, conditions de retour).[9]
Dixième année : l’enjeu de l’exposition à l’exercice libéral
Enfin, le syndicat rapporte une volonté ministérielle de réintroduire davantage d’exercice libéral dans la dixième année pour faciliter l’installation, tout en dénonçant une captation de la réforme par l’hôpital.[9]
De l’annonce politique à l’épreuve des textes
La séquence de janvier 2026 ouvre donc une phase moins spectaculaire mais décisive : la bataille du calendrier parlementaire. Les syndicats, y compris ceux qui reconnaissent des “avancées”, ramènent l’équation à une seule exigence : des engagements écrits, des amendements effectivement adoptés, et une doctrine de négociation qui ne soit pas contournée par des outils unilatéraux.[2][3]
Références
[1] Santé.fr « Grève des médecins libéraux du 5 au 15 janvier 2026 : conseils à la population », 05/01/2026 : https://www.sante.fr/actualites/greve-des-medecins-liberaux-du-5-au-15-janvier-2026-conseils-la-population-1
[2] TF1info (avec AFP), « Grève des médecins libéraux : le gouvernement recule sur les arrêts maladie », 15/01/2026 : https://www.tf1info.fr/societe/greve-des-medecins-liberaux-le-gouvernement-recule-sur-les-arrets-maladie-2418910.html
[3] CSMF, « La Lettre de la Conf’ du 05 janvier 2026 » (lettre ouverte du Dr Franck Devulder), 05/01/2026 : https://www.csmf.org/actualites/la-lettre-de-la-conf-du-05-janvier-2026/
[4] Le Quotidien du Médecin, « Suppression de la MSO obligatoire en première intention : la promesse de Rist aux syndicats annoncée par la CSMF », 14/01/2026 : https://www.lequotidiendumedecin.fr/liberal-soins-de-ville/suppression-de-la-mso-obligatoire-en-premiere-intention-la-promesse-de-rist-aux-syndicats-annonce-la
[5] Caducee.net, « MSO obligatoire : 10 M€ d’économies, à quel prix pour les médecins ? », 17/10/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16674/mso-obligatoire-10-m-d-economies-a-quel-prix-pour-les-medecins.html
[6] Public Sénat, « Grève des praticiens libéraux : “Je n’ai jamais qualifié les médecins de rentiers”, assure le DG de la Caisse nationale d’assurance maladie », 14/01/2026 : https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/greve-des-praticiens-liberaux-je-nai-jamais-qualifie-les-medecins-de-rentiers-assure-le-dg-de-la-caisse-nationale-dassurance-maladie
[7] Caducee.net, « DMP : le Conseil constitutionnel balaie l’amende pouvant atteindre 10 000 € par an pour les médecins libéraux », 31/12/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16734/dmp-le-conseil-constitutionnel-balaie-l-amende-pouvant-atteindre-10-000-par-an-pour-les-medecins-liberaux.html
[8] Caducee.net, « DMP obligatoire : le PLFSS 2026 introduit des amendes jusqu’à 2 500 € », 19/10/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16676/dmp-obligatoire-le-plfss-2026-introduit-des-amendes-jusqu-a-2-500.html
[9] Facebook (publication de Jérôme Marty), « Bilatérale UFMLS / Stéphanie Rist » 15/01/2026 : https://www.facebook.com/jerome.marty.1674/posts/10164228105587446/
[10] Caducee.net, « Déremboursement des prescriptions du secteur 3 : un moyen de discipliner les médecins ? », (janvier 2026) : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16719/deremboursement-des-prescriptions-du-secteur-3-un-moyen-de-discipliner-les-medecins.html
[11] Caducee.net, « Grève des médecins libéraux en janvier 2026 : le DMP au cœur de la colère », (début janvier 2026) : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16733/greve-des-medecins-liberaux-en-janvier-2026-le-dmp-au-coeur-de-la-colere.html
[12] FNMR, « Communiqué de presse intersyndical : À partir du 5 janvier, la médecine libérale ne répond plus », 17/12/2025 : https://fnmr.fr/communique-de-presse-intersyndical-a-partir-du-5-janvier-la-medecine-liberale-ne-repond-plus/
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