Grève des médecins libéraux : la liberté d’installation, nouveau front d’un bras de fer avec l’État

Grève des médecins libéraux : la liberté d’installation, nouveau front d’un bras de fer avec l’État Dix jours de fermeture annoncée des cabinets, une activité opératoire appelée à ralentir puis à s’arrêter dans les cliniques, et, surtout, un mot qui revient comme un leitmotiv : la « liberté ». Dans un climat où le torchon brûle entre une partie de la profession et l’exécutif, la séquence de janvier s’annonce comme un test de rapport de force à ciel ouvert. À partir du lundi 5 janvier 2026, une large intersyndicale appelle les médecins libéraux à la grève pour dénoncer des mesures budgétaires et réglementaires qu’elle juge coercitives, au premier rang desquelles la perspective d’une restriction de la liberté d’installation.[1]

Liberté d’exercice : un conflit qui déborde la question des honoraires

Dans l’appel à la grève relayé ces derniers jours, la critique ne se limite pas au niveau des tarifs. Les médecins de ville et des cliniques contestent des dispositions de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026, « adoptée le 16 décembre », et plus largement des politiques qui, selon eux, « mettent en danger » leur « liberté d’exercice ».[1]

Le répertoire des griefs comprend un budget jugé insuffisant « face à des besoins croissants », un « contrôle accru des prescriptions d’arrêts de travail » ainsi que des mesures susceptibles de baisser « de façon autoritaire » les tarifs de certains actes, en « contournant » le dialogue social.[1] Côté syndicats, la séquence est décrite comme une accumulation de signaux, au point d’alimenter l’idée d’un basculement du mode de régulation : moins de négociation conventionnelle, davantage de décisions unilatérales.

Cette crispation se lit aussi dans les indicateurs de mobilisation. Le président de la CSMF, Frank Devulder, assure que « les remontées de terrain sont impressionnantes » et que « le mouvement sera excessivement suivi, je n’ai pas vu ça depuis 30 ans » ; son organisation évoque, via un « sondage flash », « environ 85 % » d’adhérents prêts à faire grève.[1]

Liberté d’installation : le point de rupture qui fédère les générations

Au cœur de la conflictualité actuelle, la liberté d’installation cristallise une inquiétude particulière : les praticiens « craignent aussi la restriction de leur liberté d’installation, objet de textes en cours d’examen au Parlement ».[1] Pour nombre d’entre eux, cette perspective fait figure de goutte d’eau, tant elle se surajoute à une accumulation de contraintes déjà dénoncées depuis des mois.

La sensibilité du sujet n’est pas nouvelle. Depuis le printemps 2025, le débat s’est durci autour de la régulation inédite de l’installation, dont l’examen a popularisé l’hypothèse d’un encadrement de l’installation via une carte sanitaire pilotée par les ARS.[7] Cette mémoire récente nourrit, début 2026, l’idée d’un continuum : d’abord les mécanismes de contrôle, ensuite des dispositifs jugés plus directement contraignants.

Dans ce contexte, la mobilisation se veut transgénérationnelle. Sur le terrain, les modes d’action annoncés vont de la fermeture totale de cabinets à une « grève administrative », jusqu’au refus de transmettre certaines données à l’Assurance maladie.[1] Le président de Jeunes médecins Île-de-France, Alexis Bourla, résume l’ambiance : « c’est du jamais-vu » et « les discussions entre médecins actuellement ne tournent qu’autour de ça ».[1]

Secteur 2 et cliniques : l’effet d’entraînement des spécialités de bloc

Le mouvement ne se limite pas à la médecine de ville. Les cliniques privées se préparent à une montée en puissance de l’arrêt d’activité, avec une réduction dès le 5 janvier et une activité « arrêtée » à partir du 10 janvier, jour d’une manifestation prévue à Paris.[1]

Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), avance un ordre de grandeur : « Du 10 au 14, il y aura, je pense, 80 % des blocs opératoires arrêtés ».[1] Pour Bertrand de Rochambeau (SYNGOF), l’équation économique du secteur 2 est directement en jeu : « C’est la conséquence de politiques qui agressent les médecins », alors que des tarifs remboursés n’ont, pour certains, « pas évolué depuis les années 1990 ».[1]

Le SYNGOF soutient par ailleurs une action symbolique, l’« Opération Bruxelles » du 11 au 14 janvier 2026, présentée comme un mouvement pour « sauver le secteur 2 ».[5] La démonstration de force vise à matérialiser, selon ses promoteurs, une « France médicale sans secteur 2 » pendant quelques jours.[5]

Réponse gouvernementale : main tendue, mais fracture de confiance

Face à l’ampleur annoncée, l’exécutif tente de reprendre la main par la parole. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a adressé une lettre ouverte aux médecins, internes et étudiants, dans laquelle elle dit vouloir « dissiper les malentendus » et « renouer le dialogue ».[2] Le ministère assure, de son côté, « suivre de près la situation » et explique que les fermetures et déprogrammations sont « recensées et anticipées ».[1]

Sur le fond, la ministre rappelle aussi que certaines dispositions ont été retirées : l’article évoquant « une amende » pour les médecins qui ne rempliraient pas le dossier médical partagé (DMP) — le DMP étant le carnet numérique de santé adossé à Mon espace santé — a été censuré par le Conseil constitutionnel, selon les éléments rapportés par la presse.[1] Dans le même esprit, elle promet de ne pas baisser des tarifs médicaux « sans négociations ».[1]

Reste que, pour les syndicats, ces assurances ne suffisent pas à refermer la séquence. Les discussions se jouent désormais sur un registre de confiance et de méthode, en particulier sur la frontière entre incitation et contrainte. Le fait que le DMP ait pu devenir un point de bascule en dit long sur la sensibilité de l’écosystème aux mesures perçues comme des pénalités administratives, comme l’illustre le DMP au cœur de la colère.[8]

Continuité des soins : les autorités alertent sur les parcours à éviter

La grève pourrait accentuer la tension d’un mois de janvier déjà marqué par les épidémies hivernales. Dans les cliniques, les patients déjà hospitalisés doivent continuer à être pris en charge, mais, « sauf urgences vitales », certains arrivants aux urgences ou en maternité seraient « transférés vers l’hôpital public », selon les syndicats.[1]

Les agences régionales de santé adaptent leur communication. À La Réunion, l’ARS (agence régionale de santé) indique que la grève, annoncée au niveau national du 5 au 15 janvier 2026, peut générer des difficultés d’accès aux médecins libéraux et aux établissements, et diffuse des conseils pour « faire bon usage du système de santé » afin d’éviter la saturation.[6]

Références

1. Le Parisien (avec AFP), « “Du jamais-vu” : les médecins libéraux appelés à la grève pour dix jours dès lundi, une forte mobilisation attendue », 3 janvier 2026. 

2. Egora, « “Parlons-nous” : à quelques jours de la grève, Stéphanie Rist adresse une lettre ouverte aux médecins », 31 décembre 2025. 

3. Jeunes Médecins, « Préavis de grève illimité pour les médecins internes, hospitaliers, libéraux et salariés des autres structures », 29 décembre 2025. 

4. CSMF, « Un choc contre la médecine libérale en établissement », 18 décembre 2025. 

5. SYNGOF, « Opération BRUXELLES du 11 au 14 janvier 2026 », 3 novembre 2025. 

6. ARS La Réunion, « Grève des médecins libéraux du 5 au 15 janvier 2026 : conseils à la population », (publication consultée début janvier 2026). 

7. Caducee.net, « Fin de la liberté d’installation : l’Assemblée vote une régulation inédite », 3 avril 2025. 

8. Caducee.net, « Grève des médecins libéraux en janvier 2026 : le DMP au cœur de la colère » 

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