Grève des médecins libéraux : mobilisation annoncée massive, Samu-SAS sous tension dès le deuxième jour
Depuis le lundi 5 janvier 2026, une partie des médecins libéraux a fermé ses cabinets, avec l’objectif affiché de peser sur les arbitrages liés au budget de la Sécurité sociale pour 2026. À mesure que les journées passent, le bras de fer se durcit, sur fond d’accès aux soins déjà fragilisé par les épidémies hivernales. Dans l’attente d’un comptage public unifié, plusieurs indicateurs et retours de terrain convergent néanmoins vers une mobilisation élevée en ville, tandis que les urgentistes alertent sur un afflux d’appels vers les Samu-SAS.
Du 5 au 15 janvier, un calendrier resserré et des chiffres encore mouvants
Le mouvement s’est enclenché le 5 janvier pour une durée annoncée de dix jours, avec, en toile de fond, une fermeture des cabinets et des perturbations attendues dans le secteur privé, notamment sur l’activité programmée. Selon Le Monde (avec AFP), les syndicats anticipent des annulations d’opérations et une grève « excessivement suivie ».[1]
La mesure de la participation demeure, elle, fragmentaire. Le Monde rapporte que la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) indique que 85 % de ses adhérents auraient annoncé leur intention de faire grève, tandis qu’une plateforme de déclaration portée par Jeunes Médecins Île-de-France totalisait plus de 14 500 inscrits au matin du 5 janvier.[1] Le même jour, APMnews (via la Société française de médecine d’urgence, SFMU) avance un niveau plus élevé en fin de journée, avec plus de 16 000 déclarations enregistrées « lundi soir » sur cette plateforme.[2] De son côté, TF1 Info (avec AFP) mentionne plus de 13 500 inscrits et souligne qu’« aucun outil public » ne recense les grévistes.[5]
À ces écarts s’ajoutent des différences de périmètre. APMnews précise qu’« côté spécialistes, près de 80 % des adhérents ont déclaré fermer leurs cabinets », selon l’UFML-S, la FMF et la CSMF.[2] Pour les généralistes, MG France dit ne pas disposer de chiffre global, tout en annonçant une grève très suivie parmi ses adhérents, « au moins sous forme de fermetures ciblées dans la journée ».[2]
Hôpitaux : mobilisation faible chez les jeunes praticiens, mais perturbations locales
Au lendemain du lancement du mouvement, les premières remontées disponibles décrivent une participation limitée des internes, externes et médecins hospitaliers, sans pour autant exclure des effets indirects sur l’organisation des soins. Le 6 janvier, APMnews (via la SFMU) indique que la grève, lancée pour dix jours à l’appel de syndicats de médecins libéraux, d’internes et d’étudiants, est « peu suivie » à l’hôpital, mais qu’elle « entraîne des perturbations dans certains établissements », en raison notamment d’un accroissement du recours aux urgences.[3]
À l’Assistance publique–hôpitaux de Paris (AP-HP), les taux de mobilisation rapportés par APMnews restent faibles dans les quatre groupements hospitalo-universitaires (Sorbonne-Université, Henri-Mondor, Centre-Université Paris Cité et Université Paris Saclay) : 0,7 % pour les hospitalo-universitaires et praticiens hospitaliers, et 3,6 % pour les internes et externes.[3] L’AP-HP a, par ailleurs, communiqué n’avoir détecté « aucun impact » sur ses activités au lendemain du début de la grève.
En régions, APMnews compile des données hétérogènes mais de même tonalité. Aux Hospices civils de Lyon (HCL), l’établissement dit avoir recensé, parmi les grévistes déclarés, « 50 internes, huit externes et 15 seniors ». Le CHU d’Angers rapporte un taux de participation de 2,2 % pour la grève des internes. Au CHU de Lille, 17 grévistes sont déclarés chez les internes et externes le 5 janvier, puis à nouveau 17 le 6 janvier, avec une part de stagiaires en dehors du CHU.
Plusieurs directions hospitalières disent ne pas constater de désorganisation immédiate, tout en surveillant l’amont et la régulation. Le CHU de Besançon, indique que le mouvement n’a « pas d’impact » sur son fonctionnement et ne recense, « à ce stade », aucun gréviste parmi les régulateurs libéraux du Service d’accès aux soins (SAS) ni parmi les médecins de la maison médicale de garde adossée au CHU.[3] Au CHU de Nancy, l’établissement déclare n’observer « aucun impact sur l’affluence au SAU », mais comptabilise 18 internes ou docteurs juniors grévistes déclarés « sur des effectifs totaux de 590, soit 3,05 % de grévistes », sans externe en grève, pour un taux de mobilisation global de 1 %.[3]
Enfin, certains établissements formalisent explicitement le risque de report depuis la ville. Au CHU de Nantes, les taux déclarés le 5 janvier sont de 0,1 % pour les docteurs seniors, 2,1 % pour les internes et 0,01 % pour les externes, la direction estimant que la grève des libéraux semble « soutenue » et qu’elle s’accompagne de « reports de consultation vers la permanence des soins ou les services d'urgence du territoire » dans un contexte d’épidémie hivernale.[3]
Samu-SAS : les urgentistes décrivent un afflux d’appels et une situation « intenable »
Le signal le plus marquant depuis le démarrage du mouvement vient des urgentistes. Mardi 6 janvier, Samu urgences de France (SUDF) affirme, dans des propos rapportés par Sud Radio (avec AFP), que la grève « se traduit par une hausse de 30 % à 50 % d’appels » aux Samu-SAS.[4]
Le Samu-SAS renvoie au Service d’accès aux soins (SAS) adossé au SAMU : une organisation de régulation qui associe désormais la médecine de ville et l’hôpital, avec l’objectif d’orienter les patients vers la réponse la plus adaptée. SUDF estime que cette hausse d’activité, sur un système « déjà fragilisé par les épidémies hivernales », rend la situation « intenable ».[4]
Toujours selon Sud Radio, SUDF attribue une partie de la tension au « report systématique des urgences chirurgicales de certaines cliniques privées vers le secteur public » pendant la grève, évoque une « saturation majeure » et cite des « déprogrammations de soins non urgents » comme mesure de gestion de crise.[4]
Cliniques, blocs opératoires et réquisitions : la continuité des soins mise à l’épreuve
« Du 10 au 14, il y aura, je pense, 80 % des blocs opératoires arrêtés ».[5]
Dans le secteur privé, la montée en puissance est annoncée autour de la manifestation du 10 janvier. TF1 Info cite Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), qui anticipe la suspension massive de l’activité opératoire programmée.[5]
À cette perspective s’ajoute l’« exil symbolique » à Bruxelles, présenté comme un marqueur spécifique des chirurgiens libéraux. Le 5 janvier, APMnews rapporte les propos du Dr Philippe Cuq, président du syndicat Le Bloc : « Nous sommes près de 2.000 inscrits pour aller à Bruxelles » ; il évoque aussi la possibilité de « multiplier par quatre » les praticiens de bloc opératoire en arrêt d’activité à partir du 9 janvier et signale, selon lui, l’envoi de « réquisitions massives » par des agences régionales de santé (ARS).[2]
« On peut également avoir recours aux réquisitions, en cas de besoin ».[5]
Côté autorités, l’exécutif met en avant la permanence des soins et la possibilité de réquisitions. Dans un entretien cité par TF1 Info, la ministre de la Santé Stéphanie Rist affirme avoir pris des mesures « pour que nos concitoyens ne soient pas en danger pendant cette mobilisation ».[5]
Sur le terrain, les syndicats évoquent aussi la question des transferts : Le Monde rapporte que, selon eux, des personnes arrivant « aux urgences ou à la maternité » pourraient être, « sauf urgences vitales, “transférées vers l’hôpital public” ».[1] Cette articulation – cliniques en activité réduite, hôpital déjà sous tension saisonnière, et réquisitions brandies comme garde-fou – constitue l’un des principaux points d’équilibre de la séquence.
Accès aux soins : les consignes des ARS et le recours au 15
Face à la perspective de difficultés d’accès, les agences régionales de santé (ARS) ont diffusé des consignes de bon usage du système de santé. L’ARS La Réunion, par exemple, recommande de contacter la clinique ou le cabinet pour vérifier la capacité d’accueil, et précise qu’en cas d’absence ou d’indisponibilité du médecin, l’appel au 15 doit intervenir uniquement si l’état de santé nécessite une consultation non différable, afin d’obtenir un avis médical et une orientation.[6]
L’ARS invite également les patients dont une ordonnance doit être renouvelée entre le 5 et le 15 janvier à anticiper, en prenant contact avec leur médecin traitant ; à défaut, à se rapprocher de leur pharmacien pour être conseillé.[6]
Les motifs : budget 2026, contrôle des arrêts de travail, DMP et liberté d’installation
Au-delà du calendrier, les griefs avancés s’inscrivent dans le débat sur la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) pour 2026. Une dépêche AFP reprise par Weka résume un faisceau de critiques : budget jugé insuffisant, « contrôle accru des prescriptions d’arrêts de travail », mesures permettant de baisser « de façon autoritaire » certains tarifs, et inquiétudes autour de la liberté d’installation.[7]
Dans l’univers des marqueurs symboliques, le numérique s’est imposé dans les discussions professionnelles, à travers le Dossier médical partagé (DMP), intégré à Mon espace santé. Une analyse publiée fin décembre par un site d’information médicale décrit le DMP comme un élément déclencheur de la mobilisation, au-delà de la seule dimension technique.[10] Dans ce même article, la Dre Patricia Lefébure (FMF) déclare : « Le DMP ne sert à rien, on ne retrouve rien dessus. Trouver les 4 dernières prescriptions ca va, mais pour le reste ».[10]
Parallèlement, la liberté d’installation refait surface comme angle politique et professionnel. Une autre analyse publiée début janvier sur le même site d’information médicale la présente comme un « nouveau front » du bras de fer avec l’État, dans un contexte où certains textes examinés au Parlement viseraient à encadrer davantage l’installation des médecins.[9]
Pour suivre la dynamique interne du mouvement et ses lignes de fracture, voir aussi : l’intersyndicale tient l’unité, la liberté d’installation, nouveau front d’un bras de fer avec l’État et le DMP au cœur de la colère.
Références
1. Le Monde (avec AFP), « La grève des médecins libéraux s’annonce “excessivement suivie”, le gouvernement prévient que des “réquisitions” sont possibles », 05/01/2026 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/01/05/les-medecins-liberaux-en-greve-pour-une-dizaine-de-jours-des-requisitions-sont-possibles-previent-la-ministre-de-la-sante_6660512_3225.html
2. APMnews (via SFMU), « La grève des médecins libéraux s’annonce “très suivie”, selon les syndicats et la FHP », 05/01/2026 : https://www.sfmu.org/fr/actualites/actualites-de-l-urgences/la-greve-des-medecins-liberaux-s-annonce-tres-suivie-selon-les-syndicats-et-la-fhp/new_id/70811
3. APMnews (via SFMU), « Grève des médecins libéraux : le mouvement peu suivi dans les hôpitaux, mais des perturbations sur des activités », 06/01/2026 : https://www.sfmu.org/fr/actualites/actualites-de-l-urgences/greve-des-medecins-liberaux-le-mouvement-peu-suivi-dans-les-hopitaux-mais-des-perturbations-sur-des-activites/new_id/70816
4. Sud Radio (avec AFP), « Grève des médecins : une hausse de 30 à 50% des appels met le Samu sous tension », 06/01/2026 : https://www.sudradio.fr/societe/greve-des-medecins-liberaux-tensions-intenables-au-samu-selon-des-representants-durgentistes
5. TF1 Info (avec AFP), « Grève des médecins libéraux : des “réquisitions” sont possibles, prévient le gouvernement », 04/01/2026 : https://www.tf1info.fr/societe/greve-des-medecins-liberaux-des-requisitions-sont-possibles-previent-la-ministre-de-la-sante-2416530.html
6. ARS La Réunion, « Grève des médecins libéraux du 5 au 15 janvier 2026 : conseils à la population », 30/12/2025 : https://www.lareunion.ars.sante.fr/greve-des-medecins-liberaux-du-5-au-15-janvier-2026-conseils-la-population
7. Weka (© AFP), « LFSS 2026 : les médecins libéraux en grève ce lundi 5 janvier et pour dix jours », 05/01/2026 : https://www.weka.fr/actualite/professionnels-de-sante/article/lfss-2026-les-medecins-liberaux-en-greve-ce-lundi-5-janvier-et-pour-dix-jours-208828/
8. Caducee.net, « Grève des médecins : l’intersyndicale tient l’unité », 05/01/2026 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16739/greve-des-medecins-l-intersyndicale-tient-l-unite.html
9. Caducee.net, « Grève des médecins libéraux : la liberté d’installation, nouveau front d’un bras de fer avec l’État », 03/01/2026 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16738/greve-des-medecins-liberaux-la-liberte-d-installation-nouveau-front-d-un-bras-de-fer-avec-l-etat.html
10. Caducee.net, « Grève des médecins libéraux en janvier 2026 : le DMP au cœur de la colère », 29/12/2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16733/greve-des-medecins-liberaux-en-janvier-2026-le-dmp-au-coeur-de-la-colere.html
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