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Omicron : deux doses de Pfizer réduiraient le risque d’hospitalisation de 70 %

illustrationUne première étude en population réelle en Afrique du Sud a permis d’évaluer l’évolution de l’efficacité de deux doses de Comirnaty contre le variant Omicron. Si l’efficacité contre l’infection symptomatique chute de 80 % à 33 %, l’efficacité contre les risques de forme grave serait réduite de 23 points pour se positionner à 70 %. Avec de tels scores d’efficacité, un schéma vaccinal à deux doses n’aurait pas pu être homologué par les autorités sanitaires.

Discovery Health avec 3,7 millions de clients est le principal établissement privé d’assurance maladie en Afrique du Sud. Cet organisme s’est associé avec une équipe de chercheur du South African Medical Research Council (SAMRC) pour évaluer l’efficacité de la vaccination Pfizer-BioNTech à deux doses dans la prévention des formes symptomatiques et des risques d’hospitalisation à la suite d’une infection par le variant Omicron.

Il s’agit d’une étude de type « Test-Negative Design » (TND), qui est la méthode de référence pour évaluer l’efficacité du vaccin antigrippal. Elle porte sur 210 000 tests PCR positifs réalisés entre 15/11 et le 7/12. Les experts précisent que les résultats communiqués sont encore à ce stade préliminaires et doivent être interprétés prudemment.

« La trajectoire des courbes des nouvelles infections de la quatrième vague d’Omicron est nettement plus prononcée que celle des vagues précédentes. Les données nationales montrent une augmentation exponentielle des nouvelles infections et des taux de positivité des tests au cours des trois premières semaines de cette vague, ce qui plaide en faveur d'un variant hautement transmissible avec une propagation communautaire rapide de l’infection. »

2 doses de comirnaty restent efficaces contre les hospitalisations, mais insuffisantes contre les infections

« Nous avons effectué trois analyses de sensibilité soigneusement construites, avec des résultats cohérents soutenant nos conclusions. Ces résultats ont été examinés par des scientifiques du SAMRC. »

Les résultats montrent que les personnes vaccinées qui ont reçu deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech ont bénéficié d’une protection de 33 % contre l’infection symptomatique, par rapport aux personnes non vaccinées, au cours des premières semaines de la quatrième vague de l’Afrique du Sud provoquée par Omicron.

Cela représente une baisse significative par rapport aux 80 % de protection contre l’infection symptomatique obtenus au cours de la période précédente. L’hypothèse privilégiée par les chercheurs serait que les nombreuses mutations observées sur le variant Omicron se seraient traduites par une moindre sensibilité aux anticorps induits par la vaccination.

Les personnes vaccinées qui ont reçu deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech ont bénéficié d’une protection de 70 % contre les risques d’hospitalisations au cours de la même période. Ce qui représente une baisse significative par rapport aux 93 % d’efficacité constatés contre le variant Delta.

Par ailleurs, l’analyse montre que la protection contre les risques d’hospitalisation se maintient :

  • à tous les âges, chez les personnes âgées de 18 à 79 ans, avec des niveaux de protection légèrement inférieurs pour les personnes âgées : 67 % chez les 60 - 69 ans, et 60 % chez les personnes âgées de 70 à 79 ans.
  • Pour les personnes avec des facteurs de risque, notamment le diabète, l’hypertension, l’hypercholestérolémie et d’autres maladies cardiovasculaires.

Des risques de réinfection accrus

L’étude a permis d’établir que le variant Omicron serait plus à même de réinfecter des personnes déjà préalablement infectées. Le risque relatif de réinfection était de 40 % pour les personnes déjà contaminées par le variant delta et 60 % pour celles déjà infectées avec le variant Beta. Les personnes contaminées durant la première vague avec un variant porteur de la mutation D614G ont quant à elle un risque de réinfection évalué à 73 %. Le risque de réinfection semble donc d’autant plus grand que la primo-infection est ancienne.

Une moindre sévérité en trompe-l’œil ?

Si la courbe des contaminations est abrupte, la courbe des hospitalisations est bien plus plate que lors des vagues précédentes. Le risque d’admission est 29 % moindre que celui constaté lors de la première vague. Par ailleurs, les adultes hospitalisés ont actuellement une plus faible propension à être admis dans les unités de soins intensifs.

Ces constats pourraient être interprétés par une moindre virulence d’Omicron par rapport aux variants précédents. Néanmoins pour les experts, la virulence d’Omicron pourrait être masquée par le niveau d’immunité acquis lors des vagues précédentes.

« En Afrique du Sud, nous pensons que 70 % ou plus de la population sud-africaine a été exposée au virus à un moment ou à un autre au cours des 18 derniers mois. Cette moindre gravité pourrait donc être confondue par les niveaux élevés de séroprévalence des anticorps dans la population générale » Explique le Dr Noach.

Omicron toucherait plus sévèrement les enfants

Les données de Discovery Health indiquent que les enfants de moins de 18 ans ont un risque d’hospitalisation 20 % plus élevé pour des complications du Covid-19 lorsqu’ils sont infectés par Omicron.

« Il s’agit de données préliminaires qui nécessitent un suivi attentif. Cependant, cette tendance est en phase avec l’avertissement lancé ces derniers jours par l’Institut national des maladies transmissibles (NICD) d’Afrique du Sud qui constate une augmentation des admissions pour les enfants de moins de cinq ans. » Dr Collie

Néanmoins le risque que les enfants soient testés positifs pour des infections au Covid-19 est nettement plus faible que chez les adultes.« Les enfants étaient 51 % moins susceptibles d’être testés positifs pour le Covid-19 par rapport aux adultes dans la période Omicron et, dans l’ensemble, le risque que les enfants soient admis à l’hôpital pour des complications du Covid-19 reste faible », a ajouté le Dr Collie.

Lorsque les enfants doivent être hospitalisés pour des complications du Covid-19, les principaux diagnostics sont la bronchiolite et la pneumonie, souvent accompagnées de symptômes gastro-intestinaux graves et de déshydratation.

« La majorité des enfants présentent des symptômes bénins tels qu’un mal de gorge, une congestion nasale, des maux de tête et de la fièvre qui disparaissent en trois jours », a ajouté le Dr Noach.

Un vaccin en deçà des critères d’homologation contre Omicron

Si une baisse de la protection contre les infections symptomatiques est probablement acceptable en termes de Santé publique étant donné le contexte de la pandémie, il est pour autant indéniable qu’avec 33 % d’efficacité, le vaccin de Pfizer & BioNtech n’aurait jamais été mis sur le marché par la FDA en l’état. En effet son dossier d’homologation rédigé à l’attention des industriels stipule qu’un minimum d’efficacité de 50 % est bien requis concernant les infections symptomatiques. Sauf à considérer que le schéma vaccinal complet repose désormais sur 3 doses et non 2, ce que fait déjà le Pr FLAHAUT sur twitter :

« Il faut désormais comprendre la troisième dose comme partie intégrante du schéma vaccinal complet contre le #COVID19. Tant qu’on n’a pas reçu les trois doses, comme contre la poliomyélite, on n’est pas pleinement vacciné. » Pr FLAHAUT 

La 3e dose booste la protection contre les infections d’Omicron

Au Royaume Uni, une autre étude TND publiée en pre-preprint, mais basée sur des données de population réelle a été publiée le 9 décembre. L’étude confirme que 2 doses semblent insuffisantes pour se protéger des formes symptomatiques et que la dose de rappel de vaccin rétablirait une protection contre les formes symptomatiques à hauteur d’environ 75 % contre Omicron et environ 90 % contre Delta. De quoi rétablir le vaccin comirnaty dans le carcan de la réglementation actuelle.

L’administration de la 3e dose apparait également d’autant plus nécessaire que la baisse d’efficacité constatée sur la protection contre les risques d’hospitalisations conjuguée avec une plus grande transmissibilité du variant Omicron se traduirait probablement par un nombre important d’admissions hospitalières, voire une saturation des services de soins intensifs, notamment dans les populations à risques et/ou non vaccinés avec 3 doses.

Plus que jamais le respect des mesures barrières et la maitrise de qualité de l’air des lieux clos apparaissent comme des mesures complémentaires indispensables si on veut rendre soutenable la vague d’Omicron qui s’annonce dans les semaines à venir.

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