Plan Greffe 2022-2026 : le record 2025 ne masque plus la dérive des objectifs
À retenir (lecture rapide)
• En 2025, 6 148 greffes ont été réalisées ; 23 294 patients étaient inscrits sur la liste nationale au 1er janvier 2026.[2]
• Le collectif situe l’activité « en-deçà de la borne basse » du « couloir de croissance » du plan 2022-2026.[1]
• La greffe rénale concentre la pression : « près de 9 inscrits sur 10 » concernent le rein, avec des médianes d’attente « [qui] excède[nt] 5 ans » dans certaines équipes.[1]
• Les signataires ciblent l’organisation hospitalière (soins critiques, bloc, astreintes) et le donneur vivant.[1]
• L’Espagne revendique 6 464 greffes en 2024, alimentant la demande d’un pilotage plus structuré.[5]
Un record chiffré qui ne desserre pas l’étau des listes d’attente
Le paradoxe structure le débat. D’un côté, l’ABM annonce qu’en 2025 6 148 greffes d’organes ont été réalisées, soit 95 de plus qu’en 2024 ( 1,5 %).[2] De l’autre, la pression sur la liste nationale demeure considérable : 23 294 patients étaient inscrits au 1er janvier 2026, dont 11 642 en liste active.[2] L’agence précise en outre que 966 patients sont décédés en 2025 alors qu’ils figuraient sur cette liste.[2]
C’est dans ce contexte que le collectif de patients et de professionnels parle d’un « échec programmé » du plan 2022-2026. Selon le communiqué, « toutes greffes confondues », le volume réalisé est désormais « en-deçà de la borne basse du “couloir de croissance” fixé par le plan ».[1] Les signataires ajoutent que « la même tendance est observée pour les greffes rénales issues de donneurs vivants » et avertissent : « À trajectoire inchangée, les résultats attendus à fin 2026 apparaissent d’ores et déjà nettement en-deçà des objectifs minimaux fixés ».[1]
Greffe rénale : l’attente s’allonge, les pertes de chance sont au centre des alertes
Le rein cristallise la tension. Le communiqué rappelle que la greffe rénale représente « près de 9 inscrits sur 10 » sur la liste d’attente.[1] Plus encore, il décrit un « allongement déraisonnable » des délais : pour la greffe rénale, « la médiane excède désormais 5 ans dans certaines équipes ».[1]
Le collectif relie ces délais à des pertes de chance : « l’état des patients se dégrade, les décès en liste augmentent, et les sorties de liste pour aggravation (…) se multiplient ».[1] Il ajoute toutefois une limite méthodologique qui pèse sur la lecture 2025 : « les données 2025 des décès et sorties de liste des patients en attente de greffe rénale ne sont à ce jour pas disponibles ».[1] L’alerte se construit donc, pour l’instant, sur une combinaison de signaux cliniques de terrain et d’indicateurs globaux.
Une comparaison qui pèse : l’Espagne en contrepoint, la France sommée d’accélérer
Pour étayer l’idée qu’une autre trajectoire reste à portée, le communiqué convoque l’Espagne, présentée comme une « référence mondiale » grâce à une organisation « volontariste, structurée et priorisée ».[1] Les signataires avancent plusieurs écarts : « 52 donneurs décédés prélevés par million d’habitants en Espagne, contre 28,5 en France » ; une part de prélèvements sur donneurs en arrêt circulatoire qui « dépasse 50 % » en Espagne, contre « moins de 17 % » en France ; et une proportion de patients en insuffisance rénale terminale davantage transplantés en Espagne (56 % transplantés, 44 % dialysés), quand « ces proportions sont inversées en France ».[1]
Du côté des chiffres institutionnels espagnols, le gouvernement indique qu’en 2024 6 464 transplantations d’organes ont été réalisées, présentées comme un record (132,8 par million) et en hausse par rapport à 2023.[5] Les méthodologies et périmètres ne sont pas détaillés dans le communiqué français ; l’argument comparatif s’appuie néanmoins sur une idée simple : lorsque les processus de repérage, de prélèvement et de greffe sont priorisés et industrialisés, le système absorbe mieux les contraintes quotidiennes.
210 millions d’euros annoncés, une mise en œuvre jugée insuffisante
Le Plan Greffe 2022-2026 a été présenté, dès son lancement, comme plus doté que les plans précédents : l’exécutif a annoncé un financement complémentaire de 210 millions d’euros pour la période 2022-2026.[3] Les pages de référence institutionnelles évoquent également 210 M€ d’engagements nouveaux, adossés à une montée en charge de l’activité pendant la période.[4]
Le collectif estime toutefois que la dynamique de terrain n’a pas été mise en cadence : « le déploiement tardif et incomplet des actions programmées a conduit à une sous-consommation préoccupante de ces enveloppes », écrivent les signataires, parlant d’une « sous-exécution budgétaire ».[1] À ce stade, le communiqué ne fournit pas de ventilation chiffrée publique de cette sous-consommation ; le point doit donc être lu comme une appréciation portée par les organisations signataires, et non comme un bilan financier documenté.
Le nœud gordien de l’hôpital : soins critiques, bloc opératoire, astreintes
Au-delà du diagnostic, le texte est prescriptif et place l’hôpital au centre. Pour les greffes à partir de donneurs décédés, il appelle à « relancer vigoureusement le plan greffe par un engagement politique au plus haut niveau » et à faire du prélèvement-greffe « une priorité stratégique hospitalière » — avec, en filigrane, une question de capacité réelle : accès aux blocs, disponibilité des équipes, filières de soins critiques, coordination et formation.[1]
C’est, selon eux, le nœud gordien : tant que l’organisation des ressources humaines demeure fragile, l’ambition affichée reste vulnérable aux aléas. Sur les points de friction immédiats, les signataires mettent notamment en avant la nécessité de « résoudre rapidement » les difficultés liées aux astreintes des praticiens impliqués — un sujet déjà documenté dans le débat hospitalier récent.[6]
Donneur vivant et DCD : deux réservoirs de greffons, deux chantiers d’organisation
Côté donneur vivant, le collectif insiste sur un potentiel « toujours sous-exploité ». Il affirme qu’« une minorité des équipes atteint ou dépasse l’objectif de 20 % de leur activité » fixé par le plan 2022-2026, et plaide pour un « choc de simplification » : meilleure information et intégration de la pair-aidance, simplification du bilan, accès aux blocs, optimisation du programme de dons croisés, et mise en place d’un « statut des donneurs vivants » garantissant la neutralité financière prévue par la loi.[1]
L’autre levier évoqué dans le débat, explicitement par comparaison internationale, concerne les donneurs décédés en arrêt circulatoire (DCD). La France a progressivement développé cette filière, notamment avec les donneurs dits Maastricht 3. Des retours de terrain rappellent que ces prélèvements peuvent constituer une source additionnelle de greffons, au prix d’une organisation très protocolisée en réanimation et au bloc.[8]
Une fenêtre de décisions avant 2026
Le communiqué se conclut sur une mise en garde formulée en termes de santé publique : « Sans inflexion rapide et profonde de l’organisation actuelle, la France continuera de voir se creuser l’écart entre les besoins vitaux de la population et sa capacité à y répondre ».[1] En filigrane, l’enjeu dépasse la performance d’un plan : aligner une promesse nationale de montée en charge avec des organisations hospitalières capables d’absorber la complexité (soins critiques, blocs, astreintes, coordinations), tout en sécurisant le parcours des donneurs vivants.
Références
1. Renaloo (relais du communiqué collectif), « Communiqué collectif : l’échec programmé du Plan Greffe 2022-2026 impose des décisions urgentes », février 2026. https://renaloo.com/communique-collectif-lechec-programme-du-plan-greffe-2022-2026-impose-des-decisions-urgentes/
2. Agence de la biomédecine, « 6 148 greffes d’organes en 2025 : un record historique pour la France », 19 février 2026. https://www.agence-biomedecine.fr/fr/don-et-greffe-d-organes-et-de-tissus/6-148-greffes-d-organes-en-2025-un-record-historique-pour-la-france
3. info.gouv.fr, « Greffes d’organes et de tissus : un 4e plan volontariste », 14 mars 2022. https://www.info.gouv.fr/actualite/greffes-dorganes-et-de-tissus-un-4e-plan-volontariste
4. Ministère de la Santé (PDF), « Plan ministériel pour le prélèvement et la greffe d’organes et de tissus 2022-2026 », 14 mars 2022. https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/planprelevementgreffe_ot_2022_2026.pdf
5. Gobierno de España – La Moncloa, « Spain, with over 6400 transplants, exceeds forecasts for 2024 », 16 janvier 2025. https://www.lamoncloa.gob.es/lang/en/gobierno/news/paginas/2025/20250116-transplant-figures.aspx
6. Caducee.net, « Astreintes hospitalières : la réforme menace le prélèvement et la greffe d’organes », 9 décembre 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16716/astreintes-hospitalieres-la-reforme-menace-le-prelevement-et-la-greffe-d-organes.html
7. Caducee.net, « Transplantation rénale, 20 ans de progrès », 16 novembre 2016. https://www.caducee.net/actualite-medicale/13314/transplantation-renale-20-ans-de-progres.html
8. Caducee.net, « Le CHU de Nantes annonce sa 5000ème greffe de rein », 22 juillet 2015. https://www.caducee.net/actualite-medicale/12916/le-chu-de-nantes-annonce-sa-5000eme-greffe-de-rein.html
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