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Nouveau suicide d’un interne : horaires, encadrement, violences au travail… les syndicats pointent des facteurs structurels

Nouveau suicide d’un interne : horaires, encadrement, violences au travail… les syndicats pointent des facteurs structurels Un nouveau décès par suicide d’un interne de la subdivision de l’Océan Indien a été annoncé le 16 février 2026 dans un communiqué cosigné par l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI), l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) et le Syndicat des Internes de l’Océan Indien. Au-delà du drame, les signataires relient cet acte à un ensemble de facteurs déjà décrits dans plusieurs enquêtes : dépassements répétés du temps de travail, violences au travail, encadrement inégal et détresse psychique persistante chez les médecins en formation.[1]

À retenir (lecture rapide)

- Le communiqué du 16 février 2026 fait état du décès d’un interne et dénonce des « violences systémiques et institutionnelles ».[1]
- Les signataires citent 21% d’idées suicidaires sur l’année et 70% d’étudiants envisageant d’arrêter « au moins une fois par mois ».[1]
- Le temps de travail est annoncé à 59 heures hebdomadaires en moyenne, « parfois jusqu’à 80 selon les spécialités ».[1]
- Le cadre légal reste fixé à 48 heures hebdomadaires ; son application est contestée et judiciarisée.[2]

Un décès qui ravive une alerte ancienne

Dans leur communiqué daté du 16 février 2026, les organisations représentatives disent leur « profonde tristesse » après le décès par suicide « d’un interne de la subdivision de l’Océan Indien » et adressent leurs pensées « à leurs familles, à leurs proches » ainsi qu’« à l’ensemble de la communauté médicale endeuillée ».[1]

Le texte refuse explicitement de traiter l’événement comme une exception. Il y voit un révélateur de « violences systémiques et institutionnelles » subies « tout au long de [la] formation » et, plus largement, de l’exercice hospitalier.[1] Cette lecture a été reprise le jour même par la presse professionnelle, qui relie ce décès à une série d’alertes syndicales sur l’épuisement et la santé mentale des médecins en formation.[3]

Des indicateurs de souffrance psychique élevés et persistants

Le communiqué s’appuie sur des enquêtes nationales conduites en 2017, 2021 et 2024. Il met en avant des résultats présentés comme « sans appel » : « 21 % ont présenté des idées suicidaires dans l'année » et « 70 % ont envisagé d'arrêter leurs études au moins une fois par mois ».[1]

Au-delà de la souffrance psychique, les signataires décrivent des environnements de stage marqués par des violences et des rapports hiérarchiques délétères : « 1 sur 5 » déclare subir des violences sexistes et sexuelles, tandis qu’« au moins 14% » rapportent des situations de harcèlement au travail.[1] Parce qu’il s’agit de données déclaratives, leur lecture exige prudence : elles n’établissent pas une causalité individuelle, mais elles éclairent le niveau de risque psychosocial perçu au sein d’une population exposée à des contraintes intenses et répétées.

Temps de travail : un plafond à 48 heures, une réalité décrite comme hors cadre

L’un des points les plus sensibles porte sur la durée de travail. Le communiqué évoque « 59 heures par semaine » en moyenne, « parfois jusqu'à 80 selon les spécialités ».[1] Cet écart est d’autant plus inflammable que la réglementation encadre le temps de travail hebdomadaire des internes à 48 heures.[2]

Début février 2026, Egora rappelait que des procédures judiciaires visent précisément les modalités de décompte et les outils de traçabilité, sur fond de contestation syndicale de leur fiabilité et de leur capacité à refléter la charge réelle (gardes, astreintes, temps de transmission, tâches administratives).[2] Dans la presse professionnelle, le fardeau des 59 heures a déjà servi de repère pour décrire la surexposition des internes au dépassement des normes et la part de tâches considérées comme peu formatrices.[5]

Une formation qui se heurte aux contraintes de service

Le communiqué du 16 février 2026 insiste sur l’ambivalence du statut d’interne : médecin en formation, mais aussi ressource indispensable au fonctionnement quotidien de l’hôpital. « À l’hôpital, les étudiants sont trop souvent utilisés comme une main-d'œuvre précaire », écrivent les signataires, en évoquant « des tâches peu formatrices », un « manque d'encadrement » et des « pressions hiérarchiques ».[1]

Le raisonnement est linéaire : « la contrainte budgétaire et les sous-effectifs chroniques détériorent concrètement le travail quotidien », « les équipes s'épuisent », et « la santé mentale [des soignants] se fragilise ».[1] Dans ce cadre, l’ISNI et ses partenaires estiment que les internes se retrouvent trop souvent au pied du mur : assurer la continuité des soins, coûte que coûte, en supportant des organisations qui laissent peu d’espace au repos, à l’apprentissage et au soutien.[1]

Océan Indien et DROM : la dimension territoriale mise en avant

Les signataires citent « des inégalités sociales, économiques et territoriales, particulièrement pour les étudiants issus des DROM » (départements et régions d’outre-mer).[1] Sans établir de lien direct entre ces déterminants et le décès mentionné, l’argument renvoie à une réalité souvent décrite par les acteurs locaux : l’offre de soins et de formation, les ressources d’encadrement, l’isolement relatif de certains terrains et les tensions de recrutement peuvent se conjuguer et amplifier la pression.

À l’échelle populationnelle, les approches de santé publique invitent à considérer les conduites suicidaires à travers des indicateurs territoriaux, comme le rappelle Santé publique France pour La Réunion dans un bilan régional récent.[6]

Prévenir : l’écoute d’urgence et, surtout, la réduction des facteurs organisationnels

Le communiqué associe l’hommage à l’action : « Honorer la mémoire de notre collègue, c'est refuser que cet événement se reproduise » et appelle à « des mesures concrètes et durables » à mettre en œuvre « sans délai ».[1]

Les signataires rappellent aussi un recours immédiat : « une aide confidentielle et gratuite est disponible 24/24h au 3114 », numéro national de prévention du suicide ; « En cas d’urgence, appelez le 15 ».[1]

Pour les organisations professionnelles, la réponse ne peut cependant se limiter à un dispositif d’écoute. L’enjeu se situe aussi dans la capacité des établissements à réduire les facteurs de risque organisationnels : horaires, encadrement, culture managériale, prévention des violences, protection des alertes, et soutien effectif des équipes. Cette lecture rejoint des analyses plus anciennes de la presse médicale, qui décrivent une inertie structurelle pouvant être perçue comme une forme de « violence institutionnalisée » lorsque la dégradation s’installe.[4]

Une question posée à l’État, aux hôpitaux et aux facultés

Au terme du communiqué, la formule est sans détour : « Combien de drames supplémentaires faudra-t-il encore pour que des mesures concrètes et durables soient enfin mises en œuvre ? »[1] Au-delà de l’émotion, la question vise des responsabilités identifiables : employeurs hospitaliers, universités, autorités de tutelle et, plus largement, un système de santé dont l’équilibre quotidien repose sur des effectifs en tension.

Références

1. ISNI / ANEMF / Syndicat des Internes de l’Océan Indien. Suicide des internes : l’échec d’un système de santé maltraitant (communiqué de presse). 16/02/2026. https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/files/2026/02/CdP-suicide-interne-Réunion-erratum.pdf

2. Egora. Temps de travail des internes : le CHU de La Réunion sanctionné par la justice. 02/02/2026 (maj 03/02/2026). https://www.egora.fr/etudiants/actus-etudiants/temps-de-travail-des-internes-le-chu-de-la-reunion-sanctionne-par-la

3. Egora. Suicide d’un interne à La Réunion : l’ISNI appelle à « agir pour la santé mentale des étudiants ». 16/02/2026. https://www.egora.fr/etudiants/actus-etudiants/suicide-dun-interne-la-reunion-lisni-appelle-agir-pour-la-sante-mentale

4. Caducee.net. Suicide des Internes : l’ISNI dénonce une violence institutionnalisée. 24/02/2021. https://www.caducee.net/actualite-medicale/15344/suicide-des-internes-l-isni-denonce-une-violence-institutionnalisee.html

5. Caducee.net. Le fardeau des 59 heures : une enquête révèle l’ampleur de la surexploitation des internes en médecine. 08/03/2024. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16312/le-fardeau-des-59-heures-une-enquete-revele-l-ampleur-de-la-surexploitation-des-internes-en-medecine.html

6. Santé publique France. Conduites suicidaires à La Réunion. Bilan 2023 (bulletin régional). 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/regions/ocean-indien/documents/bulletin-regional/2025/conduites-suicidaires-a-la-reunion.-bilan-2023

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