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LBD40 GL06 : les médecins s’émeuvent de la gravité et de la multiplication des blessures

illustrationDe plus en plus de professionnels de santé s’émeuvent des blessures qu’ils sont amenés à traiter en marge des manifestations des gilets jaunes. Jeudi 7 février, c’est la ministre en personne qui a reconnu avoir été alertée par la société française d’ophtalmologie sur la gravité et la multiplication des blessures oculaires constatées. Si certains professionnels s’organisent pour demander un moratoire sur l’usage du LBD40 GL06, le fabricant du lanceur de balle de défense lui-même pointe du doigt les munitions utilisées par les forces de l’ordre qui augmenteraient considérablement les risques de blessures.

Agnès BUZYN, ministre de la Santé et des Solidarités, recevra prochainement les représentants de la Société française d’ophtalmologie, a-t-elle indiqué jeudi sur Europe1. Ces médecins ont tenu à interpeller la Ministre afin de témoigner des blessures oculaires occasionnées lors des manifestations de « gilets jaunes ».

« C’est un problème spécifique dont je souhaite discuter avec la Société française d’ophtalmologie. Je vais les recevoir parce qu’ils m’ont alertée sur beaucoup de blessures à l’œil. Ce problème-là, spécifique, je vais le regarder avec eux ».

Recevoir une balle de LBD40 c’est jouer à la roulette russe des séquelles graves à vie

Laurent Thines est neurochirurgien et chef de service au CHRU de Besançon. Il a lancé une pétition qui demande un moratoire sur l’usage des armes sublétales de maintien de l’ordre en vue de bannir leur utilisation lors des manifestations.

Il a pu répertorier une centaine de blessures graves causées par l’usage du LBD40 ou des grenades de dés-encerclement. Amputation d’extrémité de membre, fracas maxillo-facial et dentaire, traumatisme craniocérébral, énucléation sont autant de lésions qui engagent le pronostic vital et qu’il considère comme choquantes et inacceptables.

Pour étayer son propos, il publie des images spectaculaires d'un crane en 3D enfoncé par l'impact d’une balle de LBD40. Il explique que cet impact équivaut à recevoir sur le visage un parpaing de 20 kg tombant sur une hauteur de 1 mètre. Il cite également une étude japonaise parue dans le BMJ en 2017 qui décrit 1984 cas de blessures causées par ces armes. Cette étude établit à environ 20 %, le risque cumulé de décès (3 %) ou de handicap séquellaire grave (15,5 %).

Sa pétition a recueilli plus de 150 000 signatures à ce jour


Le Pr Chloé Bertolus, du service de Chirurgie maxillo-faciale de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) rapporte au Quotidien du Médecin avoir dénombré 16 traumatisés faciaux hospitalisés dans les hôpitaux de l’AP-HP suite aux manifestations des « Gilets jaunes ». Il décrit des « fractures comminutives mandibulaires ou du zygoma, avec une plaie en regard, mais sans pertes de substance comme on pourrait l’observer avec des armes à feu. Elles s’apparentent à des fractures obtenues suite à un choc par un objet contondant. Les blessures les plus délabrantes concernent l’orbite, avec une possible perte du globe oculaire. »


Quel est le nombre de blessés ?
Dans une tribune publiée mercredi sur Médiapart, une centaine de personnalités ont appelé la ministre de la Santé à révéler le nombre de blessés, qu’ils soient manifestants ou policiers à avoir été hospitalisés.


« LES RUES DE FRANCE CONNAISSENT L’EPISODE DE REPRESSION LE PLUS VIOLENT DEPUIS 1968. Une marseillaise est décédée, Zineb Redouane, des lycéens ont été éborgnés, des ados sont mutilés, des femmes et des hommes apprennent à vivre avec des gueules cassées, avant des mois, voire des années, de réparations esthétiques. Et, cependant, l’administration de la santé publique se tait. Nous sommes choqués par ce silence, plus de 80 jours après les premières violences.»

Sur Europe 1, Agnès BUZYN, a expliqué, avec une ostensible exaspération, que « Les hôpitaux reçoivent tout le monde, sans trier et sans ficher !  et qu’il n’est pas dans le fonctionnement des professionnels de santé hospitaliers de savoir si telle ou telle blessure concerne un gilet jaune ou un membre des forces de l’ordre.»

Le fabricant du LDB40 sort de son silence et pointe du doigt les munitions

Voyant son produit phare de plus en décrié dans la presse, la fabricant du LBD40 GL06, B&T, a tenu à faire une mise au point, quelque peu détonante par rapport à la communication gouvernementale
Face aux accusations d’imprécision et dangerosité, B&T explique que :
- “le LBD40 (GL06), en association avec les munitions SIR fabriquées par B&T, est un moyen d’intervention précis et efficace”
- “les munitions utilisées en France n’ont pas été conçues, fabriquées ni livrées par B&T AG”.
- “les munitions utilisées exercent une influence substantielle sur les effets et la précision.”


Ce que semble partiellement confirmer le collectif “Désarmons-les” pour qui les munitions de 40 mm utilisées par les forces de l’ordre ont été fabriquées par la société Alsetex suite à un appel d’offre de 2015. Alsetex fournit alors 115 000 balles de gomme de fabrication française pour remplacer les munitions qui étaient auparavant fabriquées par une entreprise américaine, Combined Tactical Systems.


Visiblement le gouvernement de l’époque n’a été que peu sensible à l’argument de B&T qui explique dans la fiche produit du LBD40 GL06 que ses munitions SIR auraient été spécialement conçues pour qu’elles ne pénètrent pas les tissus humains ni ne brisent les os en particulier grâce à la tête de la munition composée de mousse “douce” qui dissipe l’énergie de l’impact.

“En cas d’utilisation des munitions des autres fabricants, le risque d’imprécision et de blessures augmente considérablement” B&T

Le gouvernement aurait-il choisi d’utiliser des munitions moins souples et plus dangereuses comme l’insinue B&T ? Si on ne peut que remarquer la différence de fabrication concernant les têtes des munitions, rien ne nous permet d’établir qu’une munition de tel fabricant est moins dangereuse et plus précise qu’une autre.

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