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Vapotage : l’ANSES cartographie les risques d’inhalation des e-liquides

Vapotage : l’ANSES cartographie les risques d’inhalation des e-liquides Quinze ans après l’essor des cigarettes électroniques, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) publie une expertise qui hiérarchise, à large échelle, les risques sanitaires liés à l’inhalation des substances présentes dans les e-liquides ou générées lors de la chauffe. Le document, destiné autant aux décideurs qu’aux soignants, paraît alors que l’usage s’inscrit dans la durée et que le « double usage » avec le tabac demeure fréquent.

À retenir (lecture rapide)
- L’ANSES décrit des risques cardiovasculaires, respiratoires et cancérogènes « possibles » ou « probables », selon le poids des preuves[2].
- Un lien « probable » est rapporté entre nicotine et hausse transitoire de fréquence cardiaque et de pression artérielle[3].
- Les aérosols contiennent 1 775 substances recensées, dont 106 jugées préoccupantes[2][5].
- Les aldéhydes restent un point de vigilance malgré l’absence de combustion[3][4].
- Les usages s’installent : 35 mois en moyenne, et 61 % de « vapofumeurs » dans les enquêtes analysées[3].

Une expertise fondée sur une hiérarchie des preuves

L’ANSES pose d’emblée le cadre : le vapotage ne se limite pas à l’absence de combustion. L’exposition est transférée vers un mélange d’aérosols dont la composition dépend à la fois des e-liquides, des dispositifs et des réglages, avec des variations importantes d’un usage à l’autre.

Pour objectiver ces expositions, l’Agence indique qu’un groupe d’experts a examiné « plus de 3000 études scientifiques publiées avant 2024 », en s’appuyant aussi sur deux synthèses internationales[3]. À l’issue de ce tri, l’avis retient des risques « possibles » ou « probables » dans trois domaines : cardiovasculaire, respiratoire et cancérogène[2][3]. Pour les cliniciens, cette gradation n’est pas un détail méthodologique : elle permet d’« appeler un chat un chat » sans basculer dans l’affirmation péremptoire, en distinguant ce qui est déjà étayé de ce qui reste insuffisamment documenté.

Dans le même mouvement, l’ANSES fixe une ligne de santé publique : la cigarette électronique devrait être envisagée « uniquement comme solution transitoire pour arrêter le tabac » et les non-fumeurs, « en particulier les jeunes », ne devraient pas être incités à en consommer[3].

Cardiovasculaire : le signal le plus étayé autour de la nicotine

Sur le versant cardiovasculaire, l’expertise rapporte un lien « probable » entre l’usage de produits contenant de la nicotine et une augmentation de paramètres hémodynamiques. D’après l’analyse reprise par Le Figaro Santé, cette association concerne notamment « une augmentation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle ou de l’afflux sanguin », ainsi qu’« une altération des vaisseaux sanguins »[3]. La même source précise que ces réponses cesseraient à l’arrêt du vapotage, ce qui plaide pour des effets aigus et réversibles, sans trancher la question d’éventuels effets cumulatifs à plus long terme.

Pour les professionnels de santé, l’enjeu se situe au croisement du dépistage et du conseil : identifier les patients à risque cardiovasculaire (HTA, coronaropathies, troubles du rythme, grossesse) et ajuster le message au profil tabagique. L’expertise rappelle, en miroir, que les effets du tabac fumé restent mieux établis.

« [Les effets du tabac] sont à la fois graves, avérés et très documentés », résume Benoît Labarbe, chef de l’unité d’évaluation des produits du tabac à l’ANSES, cité par Le Figaro Santé[3].

Cancérogenèse : signaux biologiques, mais absence de conclusion clinique à ce stade

La question cancérogène illustre la limite principale des données disponibles : le recul. Les experts rapportent, dans la littérature, des « modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de la cancérogenèse », ainsi que de nombreux travaux décrivant stress oxydant et inflammation après utilisation d’e-cigarette[3].

« les données disponibles ne permettent pas à ce jour de conclure à un possible effet cancérogène de la cigarette électronique »[3].

Autrement dit, des mécanismes plausibles sont décrits, mais l’épidémiologie ne permet pas encore de relier ces signaux à un risque en population générale.

Aérosols : 1 775 substances recensées et 106 jugées préoccupantes

L’absence de combustion réduit certains toxiques, mais ne supprime pas la présence de composés indésirables. L’ANSES indique avoir recensé 1 775 substances dans les émissions liées au vapotage, dont 106 classées comme préoccupantes[2][5]. Dans l’article de Le Figaro Santé, ces 106 substances sont décrites comme pouvant être « présentes dans le liquide, émises par le dispositif lui-même ou lors du processus de chauffe »[3].

Parmi les familles particulièrement surveillées figurent les aldéhydes, composés susceptibles d’être générés lors de la chauffe. Le Monde souligne que leur inhalation constitue un risque « non négligeable »[4]. Le Figaro Santé rapporte, de son côté, que l’exposition à ces aldéhydes serait « réduite de 80 à près de 100 % » par rapport à la cigarette fumée, tout en rappelant qu’une réduction ne signifie pas disparition du risque[3].

Pratiques à risque et durée d’usage : le « transitoire » qui s’installe

L’expertise attire l’attention sur des facteurs d’exposition évitables, particulièrement utiles en consultation. Les préparations maison (DIY) et l’usage de produits non destinés au vapotage figurent parmi les points de vigilance. Le Figaro Santé cite ainsi l’ANSES : « 15 % des vapoteurs utilisent des substances non conçues pour le vapotage, comme des huiles essentielles ou des arômes »[3].

Au-delà des produits, l’Agence insiste sur la chronicisation des usages. Dans ses enquêtes, la durée moyenne d’utilisation atteint « 35 mois », avec « deux tiers » des vapoteurs depuis au moins deux ans et « un tiers » depuis quatre ans[3]. Le « double usage » reste très fréquent : « 61 % » des vapoteurs se déclarent « vapofumeurs »[3].

« Ces données montrent que le vapotage est une habitude bien ancrée, alors qu’elle devrait être transitoire », conclut Benoît Labarbe[3].

En pratique, cette installation dans le temps impose de distinguer les trajectoires. Chez le fumeur, le vapotage peut s’inscrire dans une stratégie de réduction des risques, à condition d’être accompagné et d’éviter l’enlisement dans le double usage. Sur ce point, on peut utilement rappeler, au moment de l’entretien motivationnel, les repères issus de la place de la cigarette électronique en sevrage tabagique, et resituer le niveau de dangerosité du tabac fumé, décrit dans les effets sanitaires documentés du tabagisme.

Repères pratiques pour le conseil au patient

L’ANSES n’encourage pas la banalisation du vapotage ; elle propose un cadre de messages transposables au terrain : réserver l’outil au sevrage du tabac, décourager l’initiation des non-fumeurs, et réduire l’exposition en évitant les mélanges « maison » et les substances non prévues pour l’inhalation[1][3].

Pour les patients déjà vapoteurs, l’accompagnement peut viser trois objectifs opérationnels : limiter les réglages favorisant la surchauffe, privilégier des produits conformes et traçables, et fixer un cap de sortie du double usage. L’expertise rappelle enfin que l’évaluation des risques reste évolutive, au fur et à mesure que s’accumulent des données sur les usages prolongés[2].

Références

1. ANSES, « Produits du vapotage », https://www.anses.fr/fr/content/produits-du-vapotage, 04/02/2026.

2. ANSES, « Avis et rapport relatifs à l’évaluation des risques sanitaires liés aux produits du vapotage (saisine 2023-AUTO-0223) », https://www.anses.fr/system/files/TABAC2023-AUTO-0223-RA.pdf, 12/12/2025.

3. Le Figaro Santé, Delphine Chayet, « Cigarette électronique : quels sont vraiment les risques du vapotage ? », 04/02/2026.

4. Le Monde, « Cigarette électronique : l’ANSES rend un avis prudent sur les risques sanitaires du vapotage », 04/02/2026.

5. Le Nouvel Obs, « E-cigarette… Ce que contient le rapport de l’ANSES sur le vapotage », 04/02/2026.

6. Caducee.net, « Cigarette électronique : dans quels cas le médecin peut-il la proposer en sevrage tabagique ? », https://www.caducee.net/actualite-medicale/16623/cigarette-electronique-dans-quels-cas-le-medecin-peut-il-la-proposer-en-sevrage-tabagique.html, 2026 .

7. Caducee.net, « Les dangers du tabac », https://www.caducee.net/DossierSpecialises/sante-publique/tabac.asp, s. d. .

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