L’Institut Pasteur dénonce la nouvelle doctrine vaccinale américaine et alerte sur la santé mondiale
L’alerte de l’Institut Pasteur face aux inflexions américaines
Dans son texte daté du 28 janvier 2026, l’Institut Pasteur décrit une séquence d’actions qu’il qualifie de « totalement inédites » et qui, selon lui, affaibliraient la recherche biomédicale comme l’action de santé publique aux États-Unis, avec des répercussions potentielles au-delà de ses frontières.[1] L’institut avance notamment que certaines thématiques – maladies infectieuses, immunologie, vaccinologie ou santé des femmes – auraient été « exclues des projets de recherche éligibles aux financements publics » outre-Atlantique.[1]
Cette mise en cause s’inscrit aussi dans un contexte de repli international. Le communiqué mentionne le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et « la décision de quitter l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ».[1] À cet égard, Reuters rapporte que la sortie des États-Unis de l’OMS a été formalisée le 22 janvier 2026, alimentant des inquiétudes sur la coordination sanitaire mondiale et le financement de l’organisation.[2]
Santé mondiale : du retrait de l’OMS aux scénarios de surmortalité
Pour caractériser l’onde de choc d’un désengagement américain, l’Institut Pasteur reprend une estimation attribuée à The Lancet : « le désengagement américain pourrait causer la mort de 14,1 millions de personnes d’ici 2030, dont 4,5 millions d’enfants de moins de 5 ans ».[1] Ce chiffrage relève d’une modélisation et demeure donc dépendant d’hypothèses – ampleur, durée et ciblage des coupes, effets de substitution par d’autres bailleurs, dynamiques épidémiologiques – qui conditionnent l’ampleur du risque.[3]
Au-delà des projections, l’Institut Pasteur articule son inquiétude autour d’une réalité épidémiologique : les menaces infectieuses circulent d’autant plus facilement que certaines zones perdent leurs capacités de surveillance, de prévention et de contrôle. Selon ses termes, « l’absence de contrôle des maladies dans certaines zones peut facilement entraîner la propagation à travers le monde d’infections auparavant maîtrisées ».[1] Dans cette perspective, la lisibilité des recommandations et le maintien de couvertures élevées demeurent des enjeux structurants (calendrier vaccinal : https://www.caducee.net/DossierSpecialises/pediatrie/calendrier-vaccinal.asp), tandis que la vigilance reste requise face aux maladies réémergentes, à l’instar de la rougeole (https://www.caducee.net/DossierSpecialises/pediatrie/rougeole.asp).
Autisme et vaccination : la controverse née d’une mise à jour du CDC
L’un des passages les plus accusateurs du communiqué vise la communication des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). L’Institut Pasteur affirme que, « depuis le 19 novembre 2025, le site Internet des [CDC] (…) indique qu’il n’est pas prouvé scientifiquement que la vaccination infantile ne cause pas l’autisme », ajoutant qu’« un tel énoncé, visant à semer la confusion, est factuellement faux ».[1]
CDC (traduction) : « Affirmer que “les vaccins ne causent pas l’autisme” n’est pas une affirmation fondée sur des preuves. » La page indique également (traduction) que les études n’auraient pas « écarté la possibilité » d’un lien.[4]
L’Institut Pasteur oppose à cette formulation le corpus d’études épidémiologiques concluant à l’absence d’association entre vaccination infantile et autisme, citant une méta-analyse publiée dans Vaccine ainsi qu’une vaste cohorte nationale publiée dans Annals of Internal Medicine.[1],[5],[6] Le communiqué ajoute que la recherche sur les causes de l’autisme « reste un domaine ouvert et actif », tout en soulignant l’identification de causes génétiques chez « de nombreuses personnes autistes » dans des travaux récents, y compris menés à l’Institut Pasteur.[1],[7]
Recommandations vaccinales pédiatriques : la bascule vers la décision partagée
Deuxième grief central : l’Institut Pasteur affirme que « depuis le 5 janvier 2026, les autorités américaines ne recommandent plus la vaccination universelle des enfants avec plusieurs vaccins essentiels », citant notamment l’hépatite A, l’hépatite B, les méningocoques, la grippe et les rotavirus.[1]
Le Department of Health and Human Services (HHS) confirme une refonte du calendrier : pour certaines maladies, l’agence indique que le CDC recommandera la vaccination soit pour des groupes à risque, soit via une démarche de décision partagée entre clinicien et patient (shared clinical decision-making) lorsque les autorités estiment ne pas pouvoir définir clairement qui bénéficiera d’une immunisation.[8] Reuters décrit, pour janvier 2026, un basculement de plusieurs vaccins – dont grippe, rotavirus, méningocoque et hépatite A – d’une recommandation de routine vers cette logique, sur fond de critiques émanant d’organisations médicales et de spécialistes.[9]
Dans son communiqué, l’Institut Pasteur s’appuie sur des résultats publiés pour défendre la logique de programmes universels. Il mentionne, par exemple, une efficacité « supérieure ou égale à 95% » des programmes universels d’hépatite A « entre 3 et 5 ans » après administration des doses, et avance qu’une recommandation systématique aux États-Unis aurait contribué à une diminution de « 95,5% des cas d’hépatite A entre 1996 et 2011 ».[1],[10] Pour l’hépatite B, le texte évoque, dans la région du Pacifique occidental, « 37 millions de cas d’infections chroniques » évités parmi des enfants nés entre 1990 et 2014, ainsi que « 7 millions de morts » évitées dans cette population.[1],[11]
Sur les méningocoques, l’Institut Pasteur rappelle que la vaccination demeure « le moyen le plus efficace » de prévenir des infections invasives, susceptibles d’évoluer de manière fulminante.[1] En France, l’adaptation des schémas et la recherche d’une meilleure lisibilité des recommandations ont déjà donné lieu à des ajustements, notamment autour de la prévention des infections invasives et des vaccins méningococciques (https://www.caducee.net/actualite-medicale/13976/meningite-a-meningocoque-b-simplification-du-schema-vaccinal-pour-bexsero.html).
Une ligne de fracture sur la preuve et la confiance
Au fil de sa déclaration, l’Institut Pasteur développe une crainte principale : « en propageant des mensonges et en ignorant des décennies de progrès en santé publique », l’administration américaine « risque de décourager de nombreux parents de faire vacciner leurs enfants ».[1] Derrière cette alerte, c’est l’équilibre classique entre preuve, communication et adhésion qui est en jeu : même un arsenal vaccinal solide peut se trouver fragilisé si les messages officiels deviennent ambigus ou contradictoires.
L’institut convoque enfin un repère historique, en rappelant que la vaccination a « permis de sauver des centaines de millions de vies à travers l’histoire ».[1] Des travaux de modélisation publiés dans The Lancet estiment, dans le cadre du Programme élargi de vaccination, qu’environ 154 millions de décès ont été évités depuis 1974, dont 146 millions chez les enfants de moins de cinq ans.[12]
Références
1. Institut Pasteur. Déclaration de l’Institut Pasteur sur les attaques de l’administration américaine contre la recherche biomédicale, l’action globale de santé publique et la vaccination (communiqué, PDF). 28 janvier 2026.
2. Reuters. US set to quit World Health Organization. 22 janvier 2026. https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/us-set-quit-world-health-organization-2026-01-22/
3. The Lancet. Chris Beyrer. Legitimate expectations and the abrupt cessation of US aid: a human rights issue? Volume 407, Issue 10523. 3 janvier 2026. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(25)02379-7/fulltext
4. CDC. Autism and Vaccines. 19 novembre 2025. https://www.cdc.gov/vaccine-safety/about/autism.html
5. PubMed. Taylor LE, Swerdfeger AL, Eslick GD. Vaccines are not associated with autism: An evidence-based meta-analysis of case-control and cohort studies (Vaccine). 2014. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24814559/
6. Annals of Internal Medicine. Hviid A, Hansen JV, Frisch M, Melbye M. Measles, Mumps, Rubella Vaccination and Autism: A Nationwide Cohort Study. 16 avril 2019. https://www.acpjournals.org/doi/10.7326/M18-2101
7. Annual Review of Genetics. Leblond CS et al. A Genetic Bridge Between Medicine and Neurodiversity for Autism. Novembre 2024. https://www.annualreviews.org/content/journals/10.1146/annurev-genet-111523-102614
8. U.S. Department of Health and Human Services (HHS). Fact Sheet: CDC Childhood Immunization Recommendations. 5 janvier 2026. https://www.hhs.gov/press-room/fact-sheet-cdc-childhood-immunization-recommendations.html
9. Reuters. How four US childhood vaccine recommendations have changed. 22 janvier 2026. https://www.reuters.com/business/healthcare-pharmaceuticals/how-four-us-childhood-vaccine-recommendations-have-changed-2026-01-22/
10. Vaccine. Andani A et al. One or two doses of hepatitis A vaccine in universal vaccination programs in children in 2020: A systematic review. 2022. https://doi.org/10.1016/j.vaccine.2021.01.038
11. The Lancet. Jeng WJ, Papatheodoridis GV, Lok ASF. Hepatitis B. 2023. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(22)01821-2
12. The Lancet. Shattock AJ et al. Contribution of vaccination to improved survival and health: modelling 50 years of the Expanded Programme on Immunization. 2024. https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)00850-X/fulltext
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