68 000 décès liés au tabac en 2023, la baisse se confirme sans effacer l’ampleur du fardeau
À retenir (lecture rapide)
• Plus de 68 000 décès en 2023 sont attribués au tabac, soit 11 % des décès, avec un gradient hommes-femmes net.[1]
• Le cancer concentre la majorité des décès liés au tabac (55 % chez les femmes, 58 % chez les hommes).[1]
• Une part de la baisse vs 2015 tient aussi à des méthodes d’estimation actualisées, ce qui impose une lecture prudente des comparaisons.[1]
• Hauts-de-France, Grand Est et Corse affichent des taux supérieurs de 40 % à l’Île-de-France, signal d’alerte pour l’action territorialisée.[1]
• Le PNLT 2023–2027 fixe un cap « génération sans tabac » et des cibles chiffrées à l’horizon 2027 et 2032.[2]
Une mortalité encore très élevée malgré un léger recul
SPF estime qu’en 2023 « plus de 68 000 décès » en France sont attribuables au tabagisme, soit 11 % de la mortalité totale (16 % chez les hommes et 6 % chez les femmes).[1] L’agence insiste sur la temporalité de ces indicateurs : la mortalité observée aujourd’hui est l’aboutissement d’habitudes tabagiques adoptées plus tôt, lorsque les générations concernées n’avaient pas encore atteint l’âge où l’incidence des maladies liées au tabac devient maximale.[1]
La comparaison avec 2015, souvent mise en avant dans l’espace public, mérite d’être contextualisée. SPF rappelle que l’estimation 2023 est « en baisse par rapport à 2015 (75 000 décès) », notamment du fait de la « disparition progressive des générations ayant le plus fumé » ; mais l’agence précise aussi que cette diminution « s’explique en partie » par l’« amélioration des méthodes d’estimation », désormais nourries par des données plus récentes sur les risques, « notamment chez les femmes ».[1] Autrement dit, la tendance est favorable, mais l’ordre de grandeur demeure considérable.
Cancer, respiratoire, cardiovasculaire : la signature sanitaire du tabac
Dans la photographie 2023, le cancer reste la première cause de décès liée au tabac : il représente 55 % des décès attribuables chez les femmes et 58 % chez les hommes.[1] Cette domination du cancer dans la mortalité attribuable ne résume pas, toutefois, l’empreinte du tabagisme sur le système de soins.
SPF ajoute deux repères d’impact facilement mobilisables en pratique clinique : « 1 décès sur 3 » lié à une maladie respiratoire chronique et « 1 décès sur 10 » lié à une maladie cardiovasculaire ou neurovasculaire sont imputables au tabagisme.[1] Ces ordres de grandeur aident à expliquer pourquoi la baisse des prévalences, même quand elle est nette, ne se traduit pas immédiatement par une décrue aussi rapide de la mortalité : une partie du risque est cumulative et retardée.
Pour les équipes de terrain, cette réalité renforce l’intérêt d’un discours gradué : rappeler le bénéfice de l’arrêt à tout âge, sans surpromettre un effet instantané sur l’ensemble des complications, et articuler le message autour de trajectoires de santé (respiratoire, cardio-vasculaire, cancérologique) plutôt que d’un unique risque.
Des inégalités territoriales qui imposent une réponse ciblée
La publication de SPF met en relief des disparités régionales fortes. Les Hauts-de-France, le Grand Est et la Corse affichent des taux de mortalité attribuable au tabac « supérieurs de 40 % » à celui de l’Île-de-France, décrite comme « la moins touchée » en France hexagonale.[1] L’agence y voit un argument en faveur d’une adaptation des politiques de prévention et d’accompagnement aux territoires les plus exposés.[1]
Du côté des outre-mer, l’agence rapporte une mortalité attribuable plus faible en Guadeloupe, Martinique et Guyane, « en lien avec une consommation de tabac historiquement moins élevée », tandis que La Réunion se situe à des niveaux plus proches de l’hexagone.[1]
Cette géographie du risque invite à dépasser les dispositifs uniformes. Pour les professionnels de santé, la question n’est pas seulement celle de l’accès aux aides au sevrage, mais aussi celle du repérage des vulnérabilités sociales et de la continuité des parcours, en particulier dans les régions où le tabagisme pèse davantage.
Du « devenir ex-fumeur » au cap 2032 : la prévention entre campagne et stratégie
Dans le même communiqué, SPF rappelle qu’« 55 % des fumeurs quotidiens souhaitent arrêter de fumer » et annonce, avec le ministère chargé de la santé, une campagne « Devenir Ex-fumeur » du 16 février au 15 mars 2026, conçue comme un relais entre l’élan collectif du Mois sans tabac et l’accompagnement individualisé via Tabac info service.[1] La directrice générale de l’agence, la Dre Caroline Semaille, résume ainsi la tension centrale : « malgré une baisse encourageante, le tabac reste responsable de 68 000 décès prématurés en 2023, avec des disparités territoriales marquées ».[1]
Ce cadrage s’inscrit dans un horizon plus large : le Programme national de lutte contre le tabac (PNLT) 2023–2027 affirme un cap de « première génération d’adultes “débarrassée” du tabac en 2032 » et fixe des jalons chiffrés, notamment 20 % de fumeurs quotidiens chez les 18–75 ans à l’horizon 2027 et un objectif « 5 % en 2032 » (adultes non-fumeurs, « < 5 % de fumeurs »).[2] Le plan repose sur cinq engagements, dont la prévention de l’entrée dans le tabagisme et l’accompagnement des fumeurs, « en particulier les plus vulnérables », vers l’arrêt.[2]
Pour les soignants, l’enjeu est double : transformer l’intention d’arrêt en actes (consultations dédiées, TNS, suivi), tout en limitant les « pertes de contact » au fil des tentatives. Dans cette perspective, des ressources de pratique et d’aide à la décision sont régulièrement discutées, par exemple sur les conditions d’usage de la cigarette électronique en sevrage tabagique ou sur les repères pratiques proposés pour éviter la banalisation du vapotage.
Comprendre la baisse : un signal positif, pas une sortie de crise
La publication 2026 confirme un recul par rapport à 2015, mais elle souligne aussi pourquoi une lecture trop triomphaliste serait trompeuse : la dynamique démographique (générations plus exposées arrivant à l’âge des complications), la longue latence de certaines pathologies et l’actualisation méthodologique se combinent.[1] D’un point de vue opérationnel, la baisse des prévalences observée ces dernières années demeure néanmoins un levier majeur.
Le Baromètre de SPF, publié le 15 octobre 2025, met en évidence « en 10 ans, 4 millions de fumeurs quotidiens en moins », et décrit une diminution de la consommation de tabac et du tabagisme quotidien, avec des disparités sociales qui persistent dans les tentatives d’arrêt.[3] Cette toile de fond éclaire le message central de 2026 : le pays progresse, mais le tabac continue d’imprimer une morbidité et une mortalité d’ampleur populationnelle.
Références
1. Santé publique France — Tabagisme en France : 68 000 décès évitables en 2023, une baisse encourageante mais un fardeau toujours trop important — 16 février 2026. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2026/tabagisme-en-france-68-000-deces-evitables-en-2023-une-baisse-encourageante-mais-un-fardeau-toujours-trop-important
2. Ministère de la Santé et de la Prévention — Programme national de lutte contre le tabac 2023–2027 (PDF) — 2023. https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/plan_national_contre_le_tabac.pdf
3. Santé publique France — Forte baisse du tabagisme en France : en 10 ans, 4 millions de fumeurs quotidiens en moins — 15 octobre 2025. https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2025/forte-baisse-du-tabagisme-en-france-en-10-ans-4-millions-de-fumeurs-quotidiens-en-moins
4. Caducee.net — Cigarette électronique : dans quels cas le médecin peut-il la proposer en sevrage tabagique ? — 8 août 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16623/cigarette-electronique-dans-quels-cas-le-medecin-peut-il-la-proposer-en-sevrage-tabagique.html
5. Caducee.net — Vapotage : l’ANSES cartographie les risques d’inhalation des e-liquides — 5 février 2026. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16791/vapotage-l-anses-cartographie-les-risques-d-inhalation-des-e-liquides.html
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