Un centre de santé de Dordogne licencie un médecin généraliste pour motif économique

illustrationCela pourrait paraître contradictoire, mais la logique économique a primé dans ce centre de santé de la Dordogne (Buisson-de-Cadouin).

Un généraliste, le Dr Angélique Roby, après un entretien préalable de licenciement, vient de quitter le centre de santé Saint-Vincent-de-Paul ce 8 août, pour motif économique. Plus précisément on lui reproche de ne pas avoir été assez « rentable » en ne voyant que 2 à 3 patients par heure alors que le centre lui en demandait presque le double !

Même les centres de santé n’échappent pas à la réalité économique !

Cette situation pourrait sembler paradoxale quand on sait qu’un centre de santé par définition est géré par des organismes à but non lucratif (ici une association dirigée par le Dr Mérico Chies), mais même une structure de ce type, qui emploie 25 salariés, dont 18 paramédicaux (8 infirmières et 10 aides-soignantes), et qui avait recruté le Dr Roby depuis avril 2021 à mi-temps, a estimé ne plus avoir les moyens financiers de la garder dans ses effectifs.

Le Dr Roby ne comprend pas cette situation, puisqu’elle était même passée à 75 % depuis avril 2022 vu l’affluence des patients. Refusant d’augmenter le nombre de ses consultations (« je ne fais pas de l’abattage », a-t-elle confié au Quotidien du médecin), elle propose cependant des solutions pour la décharger des contraintes administratives, mais obtient finalement une fin de non-recevoir de la part du centre.

La direction du centre argue le fait d’une mauvaise gestion de son prédécesseur, qui aurait embauché un médecin contre l’avis du trésorier de l’association, mettant ainsi en péril l’équilibre financier du centre. Le centre de santé estime également que même avec les aides des collectivités locales (communauté de communes, département, ARS), « ces subventions ne couvraient pas le déficit du médecin ».

L’Agence Régionale de Santé, qui avait subventionné l’établissement en 2016, lors de sa création, à hauteur de 50 000 euros, a également répondu au Dr Roby, qui l’avait jointe après l’annonce de son licenciement, que « malheureusement l’activité médicale du centre a été insuffisante pour garantir sa viabilité économique ».

Lors d’une interview donnée au journal « Dordogne Libre », le Dr Roby avait notamment déclaré que le centre de santé lui aurait reproché de ne pas être rentable et qu’elle devait passer moins de temps avec ses patients. Le docteur Mérico Chies avait répondu dans ce même média : « Nous n’avons pas à nous immiscer dans la manière de fonctionner du médecin […] Nous en sommes les premiers navrés, mais si nous maintenons un tel déficit, nous devrons fermer dans deux mois ». Dans le journal Sud-Ouest, l’association qui gère le centre de santé dit avoir proposé à la généraliste de rester dans les locaux, mais en étant installée à son compte, en échange d’un loyer. La Dr Angélique Roby a démenti.

Une pétition a été lancée à l’initiative d’une patiente du Dr Roby auprès de l’ARS pour demander le maintien de son poste. Malgré plus de 1500 signatures reçues, rien n’y a fait. Cette histoire relance le débat sur les déserts médicaux qui se creusent un peu partout en France et contre qui les centres de santé constituent justement une arme parmi d’autres, en permettant de salarier un médecin tout en le délestant des tâches administratives. Cette alternative rencontre de plus en plus de succès auprès des praticiens qui y voient la possibilité de travailler moins (35 h), mieux (100 % dédié à la pratique de la médecine en étant déchargé des aspects administratifs).

Le Dr Roby a travaillé 12 ans en tant qu’urgentiste. Aujourd’hui, elle réfléchit à l’idée de retenter une expérience dans un centre de santé. Mais une activité libérale n’est pas non plus écartée. « Je me laisse un peu de temps pour réfléchir et savoir quelle suite donner à ma carrière », a-t-elle confiée.

(Le Quotidien du médecin, La Dordogne libre, Sud-Ouest)

Pour en savoir plus sur les centres de santé :

  • Les centres de santé sont les héritiers de ce que l’on appelait auparavant les dispensaires, des structures qui avaient vocation de permettre un accès gratuit aux soins à tous, dont (et peut-être surtout) les plus démunis. Ils représentent, du fait de leur fonctionnement sur les plans juridiques, administratifs et financiers, une offre de soins à mi-chemin entre la médecine libérale et l’hôpital. 1900 centres de santé sont en activité sur le territoire français. Ils sont bel et bien une composante dynamique, qualitative et engagée sur l’accès aux soins de notre système de santé.

Le fonctionnement des centres de santé est défini dans l’article L6323-1 du code de la santé publique.

Voici ce qu’il est important de savoir :

  • Ils sont forcément créés et gérés par des organismes à but non lucratif.
  • Ils proposent des soins de premiers recours.
  • Ils pratiquent les tarifs de secteur 1 et le tiers-payant
  • Les professionnels de santé y sont salariés, contrairement aux maisons de santé ou aux cabinets médicaux où sont regroupés des professionnels exerçant en libéral.
  • Ils sont amenés à organiser des actions de prévention et de promotion de la santé.

Crédit photo : DepositPhotos

Descripteur MESH : Santé , Logique , Soins , Temps , Médecine , Patients , Organismes , Solutions , Association , Histoire , Cabinets médicaux , Promotion de la santé , Entretien , France

4 réaction(s) à l'article Un centre de santé de Dordogne licencie un médecin généraliste pour motif économique

  • MyPassion

    Jean-Marie MALBY| jeudi 25 août 2022- REPONDRE

    La raréfaction des médecins, organisée depuis 50 ans par nos Enarques qui espèrent ainsi diminuer le déficit de la Sécu, mène à cela. Dans le Services de Médecine du Travail il y a maintenant dix administratifs et paramédicaux pour un médecin, mais ces Services vivent sur une obligation, il leur suffit d'augmenter les cotisations pour rester à flot. Là on ne peut augmenter le tarif de la consultation. Toutefois un généraliste libéral peut survivre en voyant trois clients à l'heure, s'il n'a pas quatre secrétaires.
  • MyPassion

    isabelle herry| vendredi 26 août 2022- REPONDRE

    J ai moi même être virée du Cosem et d un centre de santé «  mutualiste » de Paris 15e pour les meme raisons. Les secrétaires qu on m avait promis : jamais vues. Elles étaient enfermées À CLEF dans l étage des administratifs . Donc jamais dérangés par les patient et leurs familles. Spécialiste pneumologue effectuant des tests respiratoire, j avais demandé un demi heure par patient dont beaucoup ne parlaitentvpas francais…. J ai été virée car au lieu de dire au départ «  votre demande n est pas recevable » on m a donné un contrat mais sur mes plannings dès secrétaire que je ne voyais jamais inscrivaient un malade tous les quart d heures. Ma demande de faire pratiquer des radio de thorax aux patients n a jamais été entendue. Bref, une horreur. J ai été à chaque fois remerciée alors que ma demande était claire. J ai reçu mes lettre de licenciement à l issue des 3 mois de méiose d essai. Ces centres de santé sont des catastrophes, avoir sont propre cabinet est la seule façon d exercer dans une certaine sérénité.
  • MyPassion

    nathalie GABUT| vendredi 26 août 2022- REPONDRE

    3 patients par heure ça prouve qu'elle fait son travail. Mon ancien généraliste prenait 3/4 d'heure par patient. Quand des professionnels ont encore une conscience professionnelle c'est plutôt louable
  • MyPassion

    Pierre-Henri Koulmann| vendredi 26 août 2022- REPONDRE

    insupportable....
    3 patients par heure :c'est 20 minutes par patient où est l'abus??

    en Suisse , vous parlez à un médecin, le chronomètre est déclenché et le patient paie chaque minute du temps écoulé
    parler de rentabilité d'un médecin salarié en France est tout simplement inadmissible
    comment dégoûter les jeunes praticiens...


Actualités professionnelles: Les +