Zoī recrute Jérôme Salomon : les check-ups premium relancent le débat sur le surdiagnostic

Zoī recrute Jérôme Salomon : les check-ups premium relancent le débat sur le surdiagnostic L’annonce, début janvier 2026, de l’arrivée de l’ancien directeur général de la santé Jérôme Salomon au sein de Zoī, start-up parisienne de bilans de santé haut de gamme, ravive une controverse bien connue des praticiens : celle des dépistages « au-delà des recommandations » et de la part de faux positifs qu’ils peuvent générer. Derrière l’argument d’une prévention ultra-personnalisée, en filigrane, c’est aussi la question du surdiagnostic et des examens en cascade — souvent réalisés, in fine, dans le système de soins remboursé — qui revient au premier plan.[1][2]

Une recrue de prestige pour une prévention à 3 600 €

Plusieurs médias ont rapporté le recrutement de Jérôme Salomon, épidémiologiste de formation, qui a dirigé la Direction générale de la santé (DGS) de 2018 à 2023, avant de rejoindre l’Organisation mondiale de la santé (OMS).[2][3] La société précise dans son communiqué que « Jérôme Salomon aura pour mission de consolider la gouvernance médicale de Zoī et d’en garantir le niveau d'exigence et de robustesse scientifique ».[4] Zoī met en avant une formule « Life » affichée à 3 600 € (soit 300 € par mois) comprenant, notamment, « 4 advanced imaging examinations » et « 181 biomarkers » au « Paris Vendōme Center ».[5] Dans un éditorial publié le 8 janvier 2026, L’Express décrit un site de « 2000 m2 » et évoque « une trentaine de tests » proposés à des clients capables de payer « plus de 300 euros par mois ».[1]

Surdiagnostic, faux positifs : quand la prévention bascule en examens en cascade

Le débat ne porte pas seulement sur le prix, mais sur la nature même des bilans proposés à des personnes « a priori en bonne santé ». La Haute Autorité de santé (HAS) rappelle qu’un dépistage vise à détecter une maladie à un stade précoce chez des personnes ne présentant pas encore de symptômes, et que son cadre d’évaluation repose sur la balance bénéfices–risques.[6] Dans d’autres champs, l’Autorité souligne explicitement que « les dommages possibles liés au surdiagnostic et aux faux positifs sont à prendre en compte » — une formulation employée, par exemple, à propos du dépistage du cancer du poumon, précisément parce qu’une alerte peut déboucher sur des examens complémentaires (imagerie, biopsies, consultations spécialisées).[7]

Dans le cas des check-ups premium, l’enjeu, pour les soignants, est celui d’une « cascade » déclenchée par des résultats atypiques ou des découvertes fortuites : plus l’on multiplie les marqueurs et l’imagerie, plus la probabilité statistique de « trouver quelque chose » augmente, y compris sans signification clinique immédiate. C’est là que se niche le surdiagnostic, défini par l’INCa comme la détection de lésions qui n’auraient pas évolué vers une forme symptomatique au cours de la vie du patient en l’absence de dépistage.[8] À l’échelle du système, la question devient alors organisationnelle : comment encadrer la conduite à tenir, éviter l’anxiété et les actes inutiles, et clarifier ce qui relève d’une prévention individualisée — versus ce qui relève d’une demande d’explorations qui se déporte ensuite vers la ville et l’hôpital.[1] Sur ce point, surdiagnostic et faux positifs comme l’équilibre bénéfices–risques du dépistage du cancer du poumon dans le pilote IMPULSION restent des repères utiles pour lire ce type d’offres, au-delà de leur habillage marketing.

Références

1. L’Express, « Jérôme Salomon chez Zoī ou la déliquescence de l’intérêt général », 08/01/2026. Lien

2. La Tribune, « Jérôme Salomon, figure des années Covid, rejoint la start-up Zoï », 06/01/2026. Lien

3. RTL, « Jérôme Salomon, ex-directeur de la Santé, rejoint la startup de santé prédictive Zoï… », 06/01/2026. Lien

4. Le Quotidien du Médecin, « Jérôme Salomon, ex-directeur de la Santé, rejoint la startup Zoï », 07/01/2026. Lien

5. Zoī, page « subscription/select » (offre « Life » : 3 600 € ; 300 €/mois ; 4 examens d’imagerie ; 181 biomarqueurs), consultée le 14/01/2026. Lien

6. HAS, « Dépistage : objectif et conditions », 19/05/2016. Lien

7. HAS, « Dépistage du cancer du poumon : la HAS recommande l’engagement d’un programme pilote », 01/02/2022. Lien

8. INCa, « Dépistage des cancers du sein : les réponses à vos questions » (définition du surdiagnostic), 29/09/2022. Lien

9. Caducee.net, « Hausse des cancers du sein avant 40 ans : faut-il abaisser l’âge du dépistage ? », 13/10/2025. Lien

10. Caducee.net, « Dépistage du cancer du poumon : l’IPC en éclaireur du pilote national IMPULSION », 02/12/2025. Lien

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