Salaires dans la fonction publique hospitalière en 2024 : un rebond réel, mais des écarts persistants
À retenir (lecture rapide)
• Le salaire net moyen atteint 2 896 euros par mois dans la fonction publique hospitalière.
• La hausse réelle de 0,7 % reste inférieure à celle de l’ensemble de la fonction publique.
• Les personnels médicaux reculent de 0,3 %, malgré un salaire moyen de 6 926 euros.
• Les agents de catégorie C voient leur salaire moyen baisser de 0,3 % en euros constants.
• À profil comparable, les femmes perçoivent 4,7 % de moins que les hommes.
Fonction publique hospitalière : une reprise salariale sous contraintes
En 2024, un agent de la FPH perçoit en moyenne 2 896 euros nets par mois en équivalent temps plein (EQTP), un indicateur qui neutralise les différences de quotité de travail. En euros courants, la progression atteint 2,7 % par rapport à 2023. Une fois l’inflation prise en compte, le gain se limite à 0,7 % en euros constants, après deux années de baisse : -0,9 % en 2023 et -0,4 % en 2022. Ce redressement ne ramène pas encore les salaires hospitaliers à leur point haut récent : exprimé en euros constants 2024, le salaire moyen atteignait 2 916 euros en 2021, contre 2 896 euros en 2024.[2]
Cette amélioration tient d’abord aux mesures générales appliquées à toute la fonction publique : la hausse de 1,5 % du point d’indice au 1er juillet 2023, qui produit ses effets sur l’année 2024, puis l’attribution de 5 points d’indice majoré à tous les agents publics au 1er janvier 2024. Dans une moindre mesure que d’autres versants, les agents hospitaliers ont aussi pu bénéficier de primes liées aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris durant l’été 2024.[2]
La reprise demeure cependant moins marquée que dans le reste du secteur public. En 2024, le salaire net moyen augmente de 1,7 % en euros constants dans l’ensemble de la fonction publique, de 2,6 % dans la fonction publique de l’État (FPE) et de 1,3 % dans la fonction publique territoriale (FPT). Dans la FPH, l’évolution se rapproche davantage du secteur privé, où le salaire net moyen progresse de 0,8 % en euros constants en 2024.[2][3][4][5]
Le volume concerné est considérable. Fin 2024, la FPH emploie 1,3 million de personnes, bénéficiaires de contrats aidés compris, pour 1,2 million d’EQTP. Les hôpitaux concentrent 87 % de ce volume de travail, contre 13 % pour les établissements médico-sociaux. Les fonctionnaires représentent 71 % des EQTP, les non-fonctionnaires 22 % et les personnels médicaux 7 %.[2]
Cette photographie statistique appelle toutefois une réserve méthodologique. Depuis 2022, la quasi-totalité des employeurs publics transmettent leurs données via les déclarations sociales nominatives (DSN), qui alimentent désormais le système d’information sur les agents du service public. L’INSEE précise que les résultats publiés ne sont « pas totalement comparables, en niveau » avec ceux du millésime antérieur ; les données 2023 ont cependant été recalculées afin de présenter des évolutions annuelles cohérentes entre 2023 et 2024. Ces ajustements entraînent notamment une révision à la baisse de 21 euros du salaire net moyen en EQTP dans la FPH en 2023 et rehaussent de 0,6 point l’indicateur d’écart salarial entre femmes et hommes.[2]
Fonctionnaires, contractuels, médecins : trois dynamiques salariales divergentes
Le chiffre moyen agrège des réalités très différentes. Les fonctionnaires de la FPH perçoivent en 2024 un salaire net moyen de 2 691 euros par mois, en hausse de 1,0 % en euros constants. Les non-fonctionnaires, hors personnels médicaux, se situent plus bas, à 2 192 euros nets mensuels, avec une progression de 0,8 %.[2]
Les personnels médicaux, eux, constituent la seule catégorie d’emploi dont le salaire net moyen recule en euros constants. Leur rémunération moyenne reste élevée, à 6 926 euros nets par mois en EQTP, soit plus du double de la moyenne du versant hospitalier, mais elle baisse de 0,3 % sur un an.[2]
L’INSEE et la DREES attribuent ce repli principalement à un effet de renouvellement générationnel. Les praticiens sortants, plus âgés et mieux rémunérés, sont progressivement remplacés par des générations plus jeunes, moins avancées dans leur carrière. Cet effet de « noria » pèse d’autant plus que 18 % des personnels médicaux ont 60 ans ou plus, contre 7 % des fonctionnaires et 4 % des non-fonctionnaires.[2]
Pour les directions hospitalières et les responsables des ressources humaines, cette lecture est déterminante : le salaire moyen ne mesure pas seulement l’effet des revalorisations. Il traduit aussi la composition des effectifs, les départs, les recrutements et l’ancienneté moyenne des agents présents.
Catégories hiérarchiques : la catégorie C reste sous pression salariale
Chez les fonctionnaires hospitaliers, les catégories hiérarchiques ne suivent pas la même trajectoire. Les agents de catégorie A perçoivent 3 127 euros nets mensuels en moyenne en 2024, avec une hausse de 1,2 % en euros constants. La catégorie B atteint 2 526 euros, mais ne progresse que de 0,3 %. La catégorie C, à 2 148 euros nets mensuels, recule de 0,3 %.[2]
Cette divergence ne s’explique pas uniquement par les mesures salariales de l’année. Elle résulte aussi de mouvements plus profonds dans la structure des emplois. Depuis la réforme de 2010, les embauches d’infirmiers se font exclusivement en catégorie A, tandis que des infirmiers expérimentés encore classés en catégorie B partent progressivement à la retraite. Leur sortie réduit mécaniquement le salaire moyen de la catégorie B. Dans le même temps, depuis le Ségur de la santé, les aides-soignants ont été reclassés de la catégorie C vers la catégorie B, ce qui modifie les équilibres internes entre groupes.[2]
Cette recomposition éclaire les tensions persistantes autour de la rémunération infirmière à l’hôpital public, où la grille indiciaire ne suffit pas à résumer le revenu effectivement perçu. Primes, horaires atypiques, week-ends, nuits et heures supplémentaires pèsent aussi sur l’attractivité réelle des postes.
La trajectoire des aides-soignants et des métiers non médicaux reste également liée à l’extension du complément de traitement indiciaire de 183 euros aux professionnels oubliés du Ségur, qui avait révélé les effets de seuil et les tensions d’équité entre établissements, services et statuts.
Métiers hospitaliers : les soins progressent, l’administratif recule
La filière des soins reste le cœur statistique de la fonction publique hospitalière. Hors personnels médicaux, les personnels des services de soins représentent 65 % des EQTP et perçoivent en moyenne 2 623 euros nets par mois en 2024. Leur salaire moyen progresse de 1,3 % en euros constants, davantage que la moyenne globale du versant.[2]
La situation est moins favorable pour d’autres familles professionnelles. Les personnels de direction et les personnels administratifs représentent 10 % des EQTP hors personnels médicaux ; leur salaire net moyen s’établit à 2 439 euros, en baisse de 0,5 %. Les personnels éducatifs et sociaux, qui comptent pour 3 % des EQTP, perçoivent 2 407 euros en moyenne, avec un recul de 0,6 %. Les personnels techniques et ouvriers se situent à 2 353 euros, presque stables, avec une hausse limitée à 0,1 %.[2]
À l’inverse, les personnels médico-techniques, moins nombreux, affichent une moyenne de 2 825 euros et une progression de 0,9 %. Ces écarts dessinent une cartographie interne des rémunérations hospitalières : la revalorisation ne diffuse ni au même rythme, ni avec la même intensité, selon les métiers.
Pour les établissements, l’enjeu dépasse la photographie salariale. La publication DREES/INSEE ne mesure pas directement les postes vacants, le turnover ou les conditions de travail, mais elle éclaire un déterminant majeur de l’attractivité : la répartition des hausses entre métiers, statuts et générations. Le Ségur avait déjà relié revalorisation, carrières et créations de postes dans le plan de 8,1 milliards d’euros annoncé pour l’hôpital public. Les données 2024 montrent que l’effet durable de ces mesures reste très dépendant de la structure des effectifs.
Disparités salariales : le bas de l’échelle décroche encore
La moitié des agents de la FPH gagnent moins de 2 474 euros nets par mois en EQTP en 2024. Ce salaire médian augmente de 1,0 % en euros constants, soit davantage que le salaire moyen. Mais les extrémités de la distribution évoluent en sens contraire : les 10 % les moins rémunérés perçoivent au plus 1 891 euros, un seuil en baisse de 0,2 %, tandis que les 10 % les mieux rémunérés gagnent au moins 4 014 euros, un seuil en hausse de 1,1 %.[2]
Le rapport interdécile, qui compare le neuvième décile au premier décile, atteint ainsi 2,12 en 2024, en hausse de 0,03 point. Autrement dit, l’écart entre le bas et le haut de l’échelle salariale s’élargit légèrement. Ce mouvement concerne surtout les fonctionnaires et les non-fonctionnaires, tandis que les disparités se réduisent chez les personnels médicaux, toujours sous l’effet du renouvellement générationnel.[2]
La partie haute de la distribution médicale demeure très spécifique. Les 10 % des personnels médicaux les mieux payés gagnent au moins 10 235 euros par mois. Ce niveau ne résume évidemment pas la situation de l’ensemble des médecins hospitaliers, mais il contribue fortement à tirer vers le haut la moyenne globale et à brouiller la perception des rémunérations dans le débat public.[2]
Femmes-hommes : un écart brut en baisse, un écart corrigé en hausse
La FPH reste un versant très féminisé : les femmes représentent 79 % des EQTP en 2024. Elles perçoivent en moyenne 2 757 euros nets par mois, contre 3 407 euros pour les hommes. L’écart brut atteint donc 19,1 % au détriment des femmes, soit un niveau très supérieur à celui observé dans l’ensemble de la fonction publique, où l’écart est de 10,1 %.[2]
Cette différence s’explique en partie par la structure des emplois. Les femmes sont davantage présentes dans les segments les moins rémunérés : elles représentent 79 % des 10 % d’agents les moins rémunérés, mais seulement 59 % des 10 % les mieux rémunérés. L’écart brut se réduit toutefois de 0,6 point par rapport à 2023, car le salaire moyen des femmes augmente davantage que celui des hommes en euros constants.[2]
La lecture corrigée est moins favorable. À âge, qualification, statut et type d’employeur comparables, la publication DREES/INSEE indique que « les femmes perçoivent en moyenne un salaire inférieur de 4,7 % à celui des hommes en 2024 ». Cet écart à profil comparable augmente de 0,2 point par rapport à 2023. Il ne se confond pas avec une mesure directe de discrimination, mais il oriente le contrôle RH vers les déroulements de carrière, la distribution des primes et rémunérations annexes, les quotités de travail, les horaires atypiques et l’accès aux emplois les plus rémunérateurs.[2]
Agents en poste stable : une progression plus lisible que la moyenne
La moyenne globale est utile, mais elle mélange les agents restés en poste, les nouveaux entrants, les sortants et les salariés ayant changé d’employeur ou de quotité de travail. Pour suivre le pouvoir d’achat des agents stables, l’indicateur le plus éclairant reste la rémunération moyenne des personnes en place (RMPP), c’est-à-dire celle des agents présents du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2024 chez le même employeur et avec la même quotité de travail.[2]
Ces agents représentent sept salariés sur dix dans la FPH. Leur salaire net moyen augmente de 3,5 % en euros courants en 2024, soit 1,4 % en euros constants. La progression atteint 1,5 % pour les fonctionnaires, 1,6 % pour les non-fonctionnaires et 0,8 % pour les personnels médicaux. À l’intérieur même des fonctionnaires, les écarts persistent : 2,1 % pour la catégorie A, 1,5 % pour la catégorie B, mais seulement 0,3 % pour la catégorie C.[2]
Cette distinction change la lecture sociale des chiffres. Pour un agent resté dans le même établissement, l’année 2024 a plus souvent permis de regagner du pouvoir d’achat. Pour l’institution, la moyenne globale dit autre chose : l’impact des recrutements, des départs, des reclassements, du vieillissement des corps professionnels et de la difficulté à stabiliser certaines équipes.
Pilotage RH : un rebond salarial à manier avec prudence
La publication DREES/INSEE apporte donc une information plus nuancée qu’un simple retour à la hausse. Oui, le salaire net moyen dans la fonction publique hospitalière progresse en pouvoir d’achat en 2024. Mais cette progression reste modérée, inférieure à celle observée dans les autres versants de la fonction publique, et traversée par des écarts qui concernent directement les politiques de ressources humaines des établissements.[2][3][4]
Pour les directions, les syndicats, les praticiens et les cadres, trois signaux doivent être suivis de près. D’abord, la catégorie C et certains métiers administratifs, éducatifs ou sociaux restent en retrait dans la dynamique moyenne. Ensuite, le recul des personnels médicaux ne signale pas nécessairement une baisse individuelle, mais un effet de structure lié au renouvellement des générations. Enfin, l’écart femmes-hommes, même réduit en brut, demeure résistant à profil comparable.
Les salaires hospitaliers de 2024 racontent ainsi une sortie partielle de l’érosion inflationniste, mais pas une normalisation complète. Ils rappellent aussi les limites d’une politique salariale lisible seulement par la moyenne : l’attractivité se construit dans les carrières, les primes, les conditions d’exercice, la reconnaissance des métiers et la capacité des établissements à rendre compréhensible ce que chaque agent peut espérer au fil du temps.
Références
[1] DREES, Les salaires dans la fonction publique hospitalière en 2024 — Le salaire net mensuel moyen augmente de 0,7 % en euros constants, 6 mai 2026.
[2] INSEE Première n°2102, Les salaires dans la fonction publique hospitalière en 2024, 6 mai 2026.
[3] INSEE Première n°2100, Les salaires dans la fonction publique de l’État en 2024, 6 mai 2026.
[4] INSEE Première n°2101, Les salaires dans la fonction publique territoriale en 2024, 6 mai 2026.
[5] INSEE Première n°2079, Les salaires dans le secteur privé en 2024, 23 octobre 2025.
[6] Caducee.net, Salaire des infirmiers en 2026 : combien gagne une infirmière à l’hôpital, dans le privé ou en libéral ?, 11 avril 2026.
[7] Caducee.net, La FHF salue la revalorisation des salaires des 20 000 « Oubliés du Ségur » de la fonction hospitalière, 12 février 2021.
[8] Caducee.net, Ségur de la Santé : 8,1 milliards d’euros et 15 000 recrutements en faveur de l’hôpital public, 15 juillet 2020.
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