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Vente de médicaments sur Internet : des médecins américains mettent en garde les consommateurs

Acheter des produits pharmaceutiques sur Internet revient plus cher, expose leurs utilisateurs à des services médicaux au rabais - quand ils existent - et peut comporter des risques liés à une surconsommation médicamenteuse, indique une étude américaine qui a analysé les prestations proposées par 46 sites internationaux de pharmacie ‘on line’.

La revue Annals of Internal Medicine a prévu de publier ce travail en décembre prochain mais a décidé de le porter dès maintenant à la connaissance du public en choisissant de le mettre en ligne sur son serveur Web.

Les Drs Bernard Bloom et Ronald Iannacone (Université de Philadelphie) ont interrogé en février et mars derniers six moteurs de recherche pour trouver des sites Web vendant des médicaments uniquement disponibles sur ordonnance aux Etats-Unis.

Au total, 46 sites ont été identifiés. Neuf d’entre eux, qui ne sont pas sur le territoire américain, ne réclament ni ordonnance, ni consultation en ligne avec un médecin. Les 37 autres sites, dont 34 sont aux Etats-Unis, demandent soit de fournir une ordonnance, soit de passer une visite médicale, soit les deux.

Visite médicale virtuelle

Le consommateur peut s’adresser à son médecin traitant ou contacter par l’intermédiaire du site Web un médecin qui peut fort bien ne pas résider dans le même pays que l’acheteur ou que la société qui vend les médicaments. Cette visite médicale ‘on line’ a évidemment un coût, en moyenne 70 dollars, qui s’ajoute au prix du médicament commandé.

Les Drs Bloom et Iannacone précisent qu’aucun site Web ne donne les coordonnées exactes du médecin, le patient acheteur ignorant tout de son nom, de sa spécialité, de son lieu de résidence.

Les ordonnances peuvent être faxées ou postées. Cela dit, le site Web contacté peut s’adresser directement au médecin traitant de la personne qui désire se procurer les médicaments, à condition bien sûr qu’elle ait auparavant fourni un numéro de carte bancaire en règle.

Les auteurs de l’étude font d’ailleurs remarquer que tous les sites demandent au patient des précisions sur les doses, les quantités souhaitées et le numéro de compte bancaire du patient avant même de lui demander des informations sur son état de santé ou de lui proposer une consultation médicale.

Du Viagra à la pilule en passant par les anabolisants

Seuls les sites Web fournisseurs de médicaments installés aux Etats-Unis permettent le renouvellement d’ordonnance, après quoi le patient doit solliciter une nouvelle consultation médicale.

Vingt-deux sites américains ne vendent que du sildénafil. Deux sites uniquement du finastéride, indiqué dans l’alopécie androgénique. Enfin, quatre sites proposent exclusivement ces deux produits. Cinq autres commercialisent un antihistaminique, un antiviral et un inhibiteur de la cyclooxygénase-2 (COX-2), respectivement indiqués dans la rhinite allergique, l’arthrite et l’herpès génital, mais également des stéroïdes anabolisants et des pilules contraceptives.

Parmi les sites Web implantés en dehors des Etats-Unis, quatre demandent une consultation ou une ordonnance : trois au Royaume-Uni et un en Nouvelle-Zélande. Figurent au catalogue : le sildénafil, le finastéride, un inhibiteur de la COX-2 et l’orlistat, médicament contre l’obésité.

Neuf sites internationaux ne proposent aucune consultation médicale en ligne, ni aucune ordonnance. L’un d’eux, basé à Hong-Hong, vendait il y a quelques mois l’orlistat qui n’avait pas encore reçu son autorisation de mise sur le marché américain. Un autre site, canadien, n’exporte des médicaments qu’en direction des Etats-Unis. Les autres sites sont basés en Suisse, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et à Gibraltar.

Plus chers et potentiellement moins sûrs

Pour les auteurs de l’étude, “les consommateurs américains semblent être la cible principale des fournisseurs pharmaceutiques internationaux présents sur Internet, tous les prix étant indiqués en dollars US”. Ils notent qu’il en coûte environ 10% plus cher au cyber-patient de remplir son armoire à pharmacie en faisant ses achats sur le Net qu’en se rendant à la pharmacie la plus proche.

En effet, le prix moyen d’un comprimé de sildénafil sur le Net est de 5,49 dollars (entre 4,50 et 28,40 dollars), sans compter les frais d’expédition, alors qu’il ne coûte dans un pharmacie de Philadelphie que 4,50 dollars (entre 4,30 et 6,45 dollars). Il en est de même pour le finastéride, dont le prix moyen sur le Net est de 1,94 dollars contre 1,83 dollars en officine.

Un autre élément concoure à faire monter l’addition : la consultation ‘on line’ avec un médecin. Elle est facturée en moyenne 70 dollars (entre 20 et 90 dollars), soit de 16% de plus qu’après remboursement d’un assuré américain par Medicare.

“Un patient américain qui utilise un site Web basé aux Etats-Unis pour obtenir une consultation médicale dans le but d’obtenir du finastéride pour 30 jours de traitement paiera un surcoût de 40%, soit 68 dollars, avant même de s’acquitter des frais d’envoi”, notent les Drs Bloom et Iannacone.

Risques potentiels pour les cyber-patients

Ces médecins soulignent que se procurer des médicaments via Internet comporte des risques pour le patient car les produits ainsi vendus peuvent ne pas être conformes aux normes de fabrication des médicamentrs en vigueur aux Etats-Unis, varier d’un lot à l’autre dans leurs propriétés chimiques, ne pas correspondre aux doses efficaces. De plus, le risque de surconsommation est réel.

Ces médecins notent également qu’il est extrêmement facile au patient de donner de fausses informations médicales du fait des choix présélectionnés par les administrateurs des sites. Ainsi, à la question de savoir si le patient a eu un examen physique complet et des examens sanguins lors de l’année en cours, il suffit que ce dernier clique sur la touche ‘oui’ pour évacuer cette importante question en un éclair de seconde.

Le combat de la FDA

Dans un éditorial accompagnant l’article, lui aussi en ligne, quatres médecins membres de la direction de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine d’homologation des médicaments, s’inquiètent que des patients puissent prendre pour la première fois un médicament sans avoir eu un examen clinique, ni aucun contact direct avec un praticien. “De ce fait, ces patients risquent de recevoir un médicament qui ne leur convient pas et de courir un plus grand risque d’effets secondaires et d’intercations médicamenteuses”.

“En évitant de passer une visite médicale ou en cherchant intentionnellement à obtenir un médicament sans voir un médecin (comme un patient anorexique qui essaierait de se procurer un coupe-faim) un patient peut ne pas bénéficier d’un diagnostic correct ou prendre un médicament contre-indiqué”, ajoutent-ils.

Pour toutes ces raisons, l’Association médicale américaine (AMA) a officiellement déclaré en juin dernier que tout médecin qui établit une ordonnance sur la seule base d’un questionnaire en ligne, sans avoir jamais examiné son patient, enfreint les règles de bonnes pratiques de l’exercice médical. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, une douzaine d’Etats ont entrepris des poursuites contre des praticiens qui ont prescrit des médicaments de cette manière.

Les experts de la FDA recommandent aux patients qui voudraient tout de même passer leur commande de médicaments par Internet de vérifier auprès de la National Association of Boards of Pharmacy, l’équivalent du conseil de l’ordre des pharmaciens, que toute pharmacie qui s’affiche sur le Net est dûment répertoriée et respecte bien les règles de déontologie. Ils encouragent même médecins et patients qui auraient connaissance de sites Web apparemment illégaux d’avertir la National Association of Boards of Pharmacy.

En tout état de cause, le serveur de la FDA donne la liste des sites Web internationaux qui ont interdiction d’expédier des médicaments vers les Etats-Unis. Il fournit aussi la liste de tous les produits pharmaceutiques interdits à la vente saisis par les services des douanes américaines, ce qui ne revient évidemment pas à dire que ceux qui ne figurent pas sur la liste soient pour autant autorisés. Pour les experts, l’idéal serait “que la FDA puisse en fait travailler avec des gouvernements étrangers pour mener des actions à l’encontre des vendeurs”.

Source : Annals of Internal Medicine, ACP-ASIM On Line. http://www.acponline.org/journals/annals/

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