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#RCFr19 #Economie – Avoir une approche intégrée en cancérologie pour être acteur du système de soins

illustrationDans le cadre des Rencontres de la Cancérologie Française 2019, Eric Baseilhac, Directeur des affaires économiques et internationales du LEEM, revient dans l’interview ci-dessous, sur une approche intégrée en cancérologie des industriels du médicament avec en particulier 3 défis à relever pour un accès aux médicaments au plus grand nombre. Eric Baseilhac explique également les nuances à prendre en compte autour des dépenses et coûts du cancer en France. 

 

Dans le cadre des Rencontres de la Cancérologie Française 2019Eric Baseilhac, Directeur des affaires économiques et internationales du LEEM, revient dans l’interview ci-dessous, sur une approche intégrée en cancérologie des industriels du médicament avec en particulier 3 défis à relever pour un accès aux médicaments au plus grand nombre. Eric Baseilhac explique également les nuances à prendre en compte autour des dépenses et coûts du cancer en France. 

 En tant qu’entreprise du médicament, en quoi est-il intéressant d’avoir une approche intégrée en cancérologie ?

Aujourd’hui, les industriels ne peuvent pas se contenter d’être uniquement des fournisseurs de médicaments. Les interactions d’un médicament avec l’environnement sont telles que le laboratoire qui met au monde une innovation thérapeutique doit s’intéresser à son impact sur l’organisation des soins, son impact économique et son impact sociétal. Il en va de la performance du médicament, de sa soutenabilité financière et de la responsabilité éthique de l’industriel qui devient un acteur à part entière du système de soins.

L’impact organisationnel des médicaments en cancérologie n’est pas à démontrer. Qu’il s’agisse du virage ambulatoire entrepris avec l’avènement des hormonothérapies dans le cancer du sein ou de la prostate, de la transversalité ville-hôpital imposée par le développement depuis 2016 des immunothérapies, des circuits de distribution et d’administration sophistiqués requis par les CAR-T-Cells, c’est toute une filière de soins qui se trouve souvent à repenser sous l’effet d’innovations de rupture qui bouleversent l’organisation des soins autant que le pronostic vital ou évolutif des maladies. La France sait moins bien que ses pays voisins tirer les conséquences organisationnelles des innovations. À l’instar de l’Angleterre qui a mis en place depuis plusieurs années une cellule prospective de l’innovation (Health Technology Adoption Program), nous devrions nous doter de capacités à détecter à l’avance les nouveaux médicaments susceptibles d’avoir un impact sur l’offre de soins et à accompagner les transformations nécessaires en ville ou à l’hôpital. Cette anticipation serait économiquement vertueuse quand on sait que l’essentiel des économies à attendre dans le système de santé à l’avenir viendra de la réorganisation des soins. Une étude réalisée par le cabinet JALMA sur le modèle du cancer de la prostate démontre que 12 à 15 % des coûts de la maladie pourraient être épargnés grâce aux économies dans l’organisation des soins du fait des innovations thérapeutiques.

Le deuxième défi à intégrer est d’ordre économique. Plusieurs leviers devraient intervenir sur le coût budgétaire des traitements d’oncologie au cours des cinq prochaines années. Le premier est celui de la chronicisation : du fait de la performance des nouveaux traitements, le cancer, maladie mortelle encore dans un cas sur deux aujourd’hui est en passe de devenir pour certains patients une maladie chronique. Le second levier est celui de l’extension des indications. Les immunothérapies qui, à leur arrivée en 2016, ne concernaient que le mélanome développent progressivement - et c’est heureux - de multiples indications : le cancer du poumon en 2e ligne, la vessie, les lymphomes puis, en 2018, le cancer du poumon en 1re ligne entraînant la prise en charge de 20 000 patients supplémentaires. En 2020, l’addition de toutes ces indications porte la population cible des immunothérapies à près de 35 000 patients. En parallèle de ces leviers de coût, des sources d’économies significatives se font jour avec le développement des biosimilaires lié à la perte de brevets de plusieurs biothérapies anticancéreuses importantes et la réorganisation des soins que nous évoquions plus haut. Contrairement à ce que laissent entendre certains débats, l’impact budgétaire des récentes thérapies géniques et cellulaires (CAR-T Cells) indiquées dans certains lymphomes et leucémies ne devrait pas dépasser les montants budgétaires habituellement consacrés aux innovations du fait de l’étroitesse de leurs populations cibles (environ 450 patients pour un coût unitaire de 320 000 €).

Le troisième défi est sociétal. Tous les patients qui en ont besoin doivent pouvoir avoir accès aux innovations thérapeutiques. En France, nous bénéficions d’une procédure d’accès précoce (l’Autorisation Temporaire d’Utilisation, ATU) qui permet au médicament innovant d’être prescrit, pour des cas exceptionnels, quelques semaines avant l’AMM. Ces deux dernières années, cette procédure a été considérablement complexifiée par le législateur au risque d’en devenir dissuasive. Hors de cette procédure, pour l’énorme majorité des médicaments, le délai d’accès (entre l’AMM et l’obtention d’un prix remboursé) dépasse 500 jours en France : un chiffre inacceptable qui place notre pays au 21e rang du classement européen. Nous devons également être très vigilants pour que ces médicaments soient disponibles sur tout le territoire français. La cohabitation durant 3 ans d’un régime particulier pour 5 établissements hospitaliers qui vont expérimenter un nouveau mode de financement des médicaments onéreux (parmi lesquels beaucoup de traitements anticancéreux) avec tous les autres qui continueront à fonctionner avec la liste en sus nous interroge.

Dans l’intégration sociétale, il ne faut pas oublier la réhabilitation sociale des patients. Les nouveaux médicaments améliorent leur qualité de vie, leur vie, leur pronostic vital. Il est donc essentiel aujourd’hui de prolonger nos objectifs et nos actions jusqu’à la réinsertion des patients dans la société.

Le cancer est-il réellement une maladie coûteuse pour la société ?

L’ensemble des régimes de la sécurité sociale dépense chaque année 18 milliards d’euros pour le cancer. C’est un budget conséquent. Mais au regard de l’impact démographique de cette maladie, 2e cause de mortalité en France touchant 3 millions de personnes, 18 Md€ représentent seulement 9,6 % [1] de l’ensemble des dépenses de l’Assurance maladie. Une proportion qui n’a guère augmenté depuis 2014 (9 %). Face à l’enjeu, ces chiffres ne sont pas disproportionnés.

Le rapport « Charges et produits » que l’Assurance maladie a publié cette année nous apprend que hormis pour le cancer de la prostate, l’évolution des coûts du cancer est essentiellement liée à l’augmentation de la population traitée. Les progrès du dépistage, du diagnostic et des traitements qui allongent la durée de vie y sont probablement pour quelque chose. 

Les médicaments représentent une part significative de la dépense liée au cancer (environ 5 Md€) qui a tendance à se déplacer de l’hôpital vers la ville. Là encore, au regard de la part qu’ils prendront dans la réalisation des progrès attendus en oncologie dans les prochaines années (en matière de durée de vie, de qualité de vie, de réhabilitation sociale), cette dépense pourrait à maints égards être regardée comme un investissement.

 

Eric BASEILHAC
Directeur des Affaires Economiques et Internationales du LEEM

 

[1] Selon le rapport de la CNAM « Charges et produits »

Descripteur MESH : Soins , France , Patients , Maladie , Vie , Prostate , Poumon , Économies , Population , Qualité de vie , Pronostic , Lymphomes , Tumeurs de la prostate , Tumeurs du sein , Face , Brevets , Sécurité , Sécurité sociale , Leucémies , Santé , Mélanome , Personnes , Classement , Diagnostic , Adoption , Maladie chronique , Éthique , Objectifs , Risque , Mortalité , Thérapeutique , Rupture

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