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2020, Annus horribilis pour les soignants

illustrationAlors que le Sars-CoV-2 fêtera officiellement son premier anniversaire dans quelques semaines, et que les craintes se multiplient à la faveur de la nouvelle souche anglaise, l’heure est au bilan de cette année 2020, marquée évidemment par une pandémie que (presque) rien ne pouvait laisser présager à Noël 2019.

Si l’épidémie n’était pas prévisible, ce qui l’était par contre, c’était la capacité des soignants français à y faire face : épuisés, déconsidérés, mendiants de moyens matériels et humains, ils ont combattu sans relâche un ennemi inconnu dont on voit un an après qu’il est diablement rusé.

Ils y ont fait face avec une extraordinaire dignité, redoublant d’ingéniosité, puisant, en mars dernier, dans leurs ultimes forces pour soigner, rassurer, sauver des patients abandonnés à leur triste sort par les pouvoirs publics totalement dépassés par l’ampleur d’une crise qu’ils ont refusé de voir venir jusqu’au dernier moment.

Les soignants n’ont pas démérité, c’est un fait, mais il en est un autre : ils se sont battus seuls contre tous, avec comme ennemi non seulement le virus, mais aussi leurs propres instances professionnelles, leurs autorités de tutelle, qui les ont tenus dans un mépris probablement jamais égalé jusqu’à cette heure.

Qu’on y songe… Après que la Direction Générale de la Santé leur ait refusé des masques FFP2 fin février, leur (ex-) ministre, par ailleurs médecin, a été capable au mois de mars, alors que le confinement venait d’être décrété, que les congés étaient annulés, et que les libéraux tant que les hospitaliers commençaient à payer le prix fort à l’impréparation notoire, de confesser dans le journal le Monde avoir vainement averti le Premier ministre et le Président de la République du « tsunami » qui allait s’abattre sur nous.

Cette déclaration aurait dû immédiatement susciter une réaction indignée des instances ordinales des différentes professions de santé, et l’ordre des médecins aurait dû immédiatement demander compte à Madame BUZYN pour ces propos qui, s’ils sont vrais, constituent une mise en danger volontaire de l’ensemble des soignants. L’ordre des médecins aurait dû être le premier à saisir les instances judiciaires, conjointement avec les dirigeants des syndicats représentatifs de la profession, afin que vérité soit faite.

Il n’en a rien été, et c’est un collectif de soignants constitué pour l’occasion qui a dû faire sienne la maxime « poursuivre ou partir », ne pouvant imaginer rester sans réactions face à ce qui pouvait être le plus grand scandale de santé publique que la France ait connu.

Et au lieu d’être soutenus dans leurs démarches, c’est la critique qu’ils se sont attirée : trop tôt, pas le moment, agitation inutile.

L’ordre des médecins n’a pourtant pas hésité à saisir la justice… mais contre les praticiens qui prescrivaient du plaquenil et de l’azithromycine, en en faisant une question de principe.

Puis est venue la fin de la première vague, et le choc passé, les soignants n’ont plus été applaudis et le mépris a naturellement repris ses droits, comme si de rien n’était, avec la nomination comme 1er ministre du pourfendeur de l’hôpital, du père de la T2A, et la distribution de quelques miettes de considération lors de la mascarade du Ségur de la santé duquel les libéraux étaient absents, comme s’ils n’avaient pas participé à l’effort de guerre.

À l’été, le repos était la règle, mais les choix totalement incohérents des pouvoirs publics des mois précédents ont vu se multiplier retards diagnostics et prises en charge thérapeutique qu’il a bien fallu rattraper, et là encore les soignants ont répondu présent.

Mais le virus circulant encore, et ne souhaitant pas revivre l’horreur de la première vague, ils ont appelé à la prudence, se sont montrés dubitatifs face à un relâchement généralisé, et une absence de tests aux aéroports français, mais vainement : l’heure était à l’économie, pas à la santé.

Là encore, les instances professionnelles se sont, à l’exception, il est vrai, d’une ou deux personnalités isolées, tues. Le silence est devenu la règle, l’indifférence le nouveau mot d’ordre.

Et parce qu’un homme qui ne connait pas son passé s’expose à le revivre, selon la formule d’André Malraux, la seconde vague a frappé et les soignants ont été tout autant démunis : pas de lits de réanimation, pas de masques FFP2 pour, notamment, les infirmiers de bloc opératoire…

Et de nouveau, l’ordre des médecins a regardé ailleurs : du côté du Professeur RAOULT qu’il était urgent de poursuivre, sans considération du fait qu’il était soutenu par des personnalités internationales. L’urgence n’était pas à poursuivre les ministres en mars, elle l’était à poursuivre le Patron marseillais en novembre.

Puis, comme pour finir l’année en beauté, est venue une nouvelle révélation : le Directeur général de la santé a été pris en flagrant délit de faux témoignage, et aurait fait pression, selon le Sénat, sur le HCSP pour réduire le volume nécessaire de masques en cas d’épidémie.

L’affaire n’a pas fait grand bruit, et l’auteur de ces lignes aura été le seul à saisir le juge d’instruction et réclamer des poursuites ordinales contre celui qui, s’il est DGS, n’en est pas moins médecin inscrit au tableau de l’ordre des médecins.

L’ordre national des médecins a, là encore, brillé par son mutisme, et aucun syndicat de soignants n’a trouvé à redire à ce qui, aux USA, aurait valu la probable arrestation immédiate du n° 2 de la santé du pays.

Alors que la nouvelle année commence, nous pouvons souhaiter aux soignants un peu de courage de la part de leurs instances professionnelles, un peu de considération par leurs autorités de tutelle… Mais gageons que ce soit comme le père Noël : un doux rêve d’enfant !

Au moins, on comprend mieux pourquoi les professions de santé sont parmi les moins syndiquées de France et c’est peut-être le seul avantage de cet annus horribilis, avoir dévoilé au grand jour ce que l’ensemble des soignants savait déjà : ils sont seuls au monde.

Maître Fabrice Di Vizio, avocat spécialiste des médecins libéraux

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