6 questions que vous avez toujours voulu poser à un psy

illustrationUne tribune de Caroline Ulmer-Newhouse, psychanalyste et psychopraticienne, du comité psychologue.net

Je vous apporte six éclairages basés sur mon expérience en consultation et les questionnements de mes patients sur le métier et le déroulement d’une thérapie. Que vous souhaitiez commencer une thérapie ou bien que vous ayez déjà poussé la porte d’un cabinet, voici ce que vous avez toujours voulu savoir sur les psys.

  1. Est-ce normal de développer des sentiments pour son thérapeute ?

En général, la thérapie est déséquilibrée dans la mesure où le patient ne sait pas grand-chose du psy auquel il livre pourtant ses pensées les plus intimes. Cette situation peut favoriser l’émergence de sentiments envers lui. Cela fait partie du processus psychothérapique. C’est ce qu’on appelle le transfert. En revanche, le psy ne doit pas en être dupe. Le transfert du patient ne s’adresse pas à lui, puisqu’il s’agit de sentiments réactualisés en séance, mais éprouvés dans l’enfance à l’égard des premières figures d’attachement, autrement dit des parents.

Pour l’illustrer, on assiste dans la série « En thérapie » au dérapage du docteur Dayan qui se laisse séduire par la belle Ariane. Il ne se méfie pas de ce qui est en train de se rejouer de la propre histoire de sa patiente. À l’occasion de la troisième séance filmée, Ariane évoque comment, l’été de ses 14 ans, à la suite du décès de sa mère, elle a cherché du réconfort auprès d’un ami de son père alors que ce dernier, endeuillé, sombrait dans la boisson et la dépression. À sa demande d’amour filial, l’homme a répondu par des avances la conduisant finalement à avoir des relations sexuelles avec lui. Avec l’éclairage de Ferenczi dans « Confusion de langues entre les adultes et l’enfant. Le langage de la tendresse et de la passion » (1933), il apparaît clairement qu’à la demande de tendresse d’Ariane envers son psy avec toute la conviction de la petite fille qui joue à la grande, le docteur Dayan donne une réponse passionnelle d’adulte. Il répète ainsi, bien malgré lui, le traumatisme de la jeune femme en oubliant par la même occasion sa fonction d’analyste et son devoir de non-passage à l’acte.

  1. Est-il courant de se mettre en colère contre son psy ?

Pour certains patients, cela peut même être un passage obligé et libérateur. En effet, une thérapie est l’occasion de réactualiser les conflits intérieurs de l’enfance et de formuler des reproches qui n’ont pu être adressés aux personnes de son entourage proche et figures d’attachement (les parents, les grands-parents, les enseignants, etc.), en toute sécurité, sans peur de représailles et sans peur de perdre leur amour. Attention toutefois à ne pas confondre la colère dans le transfert, à savoir, l’ensemble des sentiments positifs et négatifs ressentis par le patient à l’égard de l’analyste. Ces sentiments sont la transposition immédiate d’une relation passée (et seraient l’occasion pour le patient d’aller explorer son inconscient) avec une colère légitime qui serait liée aux manquements déontologiques avérés du psy comme une incitation à prendre des décisions définitives : quitter son emploi, divorcer, déménager, ou tenter de séduire, etc. Dans ce dernier cas, il est préférable que le patient mette fin à sa thérapie.

  1. Est-ce que les psys parlent beaucoup dans une séance ?

Certains psys parlent plus que d’autres. Mais il ne faut pas confondre le psy avec un directeur de conscience ou un conseiller d’orientation. Le psy n’est pas là pour donner son avis ou influencer les choix de vie du patient. Il interprète ses propos, en agissant comme le révélateur de la chambre noire du photographe. Ses interprétations sont une traduction de contenus latents (rêves, souvenirs, associations d’idées, etc.) qui jusque-là étaient invisibles, inconscients, et dont il favorise l’apparition progressive. Leur dévoilement apaise les souffrances, en dénouant des conflits de loyauté ou encore en levant des secrets de famille. Enfin, le moment de l’interprétation conditionne son efficacité. Comme Sigmund Freud l’a écrit en 1910, « jeter brutalement à la tête du patient les “secrets” que le thérapeute a cru deviner entraîne une hostilité du malade et souvent sa fuite du traitement ». L’important n’est donc pas tant la parole du psy que celle du patient qui se libère grâce à l’écoute bienveillante et non jugeante du thérapeute.

  1. Les psys, eux aussi, doivent-ils suivre une thérapie ?

Il est incontournable pour un psy d’avoir fait un travail sur soi approfondi. Sandor Ferenczi, psychanalyste et clinicien hongrois, contemporain et disciple de Freud, est le premier à avoir insisté sur l’importance de l’analyse de l’analyste, afin d’éviter qu’à son insu la situation analytique ne répète les traumas infantiles du patient. En effet, le psy se sert de son inconscient qui s’est affiné, assoupli grâce à sa propre thérapie. Il s’en sert comme un outil, un récepteur malléable et sensible aux variations inconscientes pour capter, interpréter et traduire les messages inconscients de ses patients.

Pour ma part, j’ai un long parcours psychothérapique personnel que ce soit en séances individuelles ou en groupe. Il a été important d’expérimenter sur moi la psychanalyse, mais aussi les thérapies psychocorporelles et émotionnelles. Cela permet d’adapter son dispositif thérapeutique aux besoins de la personne et à l’étape dans laquelle elle se trouve dans sa thérapie.

  1. Les psys ont-ils un contrôleur ?

Notre pratique est supervisée régulièrement par un analyste plus chevronné que nous. Il nous aide à y voir clair, quand nous tâtonnons, que nous hésitons et cherchons comment adapter notre pratique aux besoins de celle ou celui qui vient nous voir. Par ailleurs, quand un psy évoque un patient difficile avec son superviseur, c’est bien souvent parce que sa problématique le renvoie à ses propres zones d’ombre, aux zones de son psychisme qu’il n’a pas suffisamment explorées et qui viennent faire écho à celles de son patient. Selon Alain Delourme, co-auteur de « La Supervision en psychanalyse et en psychothérapie » (Dunod, 2011), chaque psy « a des zones de clairvoyance ou de cécité, de compétences ou d’incompétences. Le superviseur est là pour l’aider à y voir plus clair, à penser, à comprendre, et à mieux gérer la situation. »

  1. Quand sait-on que la thérapie touche à sa fin ?

Le patient sait quand la fin de la thérapie approche même si c’est une décision qui se prend à deux. Bien souvent, c’est un moment où l’investissement dans la relation thérapeutique perd en intensité au profit d’autres relations, qu’elles soient sociales, familiales ou encore amoureuses. Le patient a alors atteint son objectif, celui qui l’avait mené à consulter. Le psy, en qui il avait placé ses espoirs de guérison, redevient un être humain comme un autre. Cette décision ne devrait cependant jamais être prise à la légère, mais travaillée en séance pour en mesurer tous les enjeux inconscients, en particulier s’il s’agit d’éviter de se confronter au psy. Il est même nécessaire, pour certaines personnalités, de consacrer plusieurs séances à cette séparation afin de ne pas réactiver des angoisses liées au sentiment d’abandon.

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