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Un cas ''réussi'' de diagnostic génétique préimplantatoire pour éviter la transmission d'un gène qui prédispose à une forme précoce d'Alzheimer

Des chercheurs et médecins américains viennent de décrire le cas d'un diagnostic génétique préimplantatoire (DPI) destiné à sélectionner des embryons exempts d'une mutation qui prédispose à une forme de maladie d'Alzheimer qui se développe entre 30 et 40 ans. Ces mesures ont permis de donner naissance à un enfant en bonne santé et qui ne porte pas la mutation incriminée. Toutefois, ce résultat soulève une fois de plus de nombreuses questions éthiques.

Ce DPI a été réalisé par une équipe menée par Yury Verlinsky du Reproductive Genetics Institute à Chicago. Cette équipe rapporte ses résultats dans la dernière parution du Journal of American Medical Association (JAMA). Brièvement, on peut rappeler que la technique de DPI repose sur la fécondation in vitro couplée à des tests génétiques destinés à sélectionner des embryons qui ne portent pas une mutation héritée d'un ou des parents.

Le cas en question était celui d'une femme de 30 ans qui ne présentait pas de symptôme de la maladie d'Alzheimer mais qui était porteuse de la mutation V717L du gène APP (amyloid precursor protein). Cette mutation autosomique dominante a une pénétrance presque totale et se traduit par l'apparition précoce d'une forme de maladie d'Alzheimer entre 30 et 40 ans. Cette mutation avait été identifiée chez trois des cinq membres de la famille de la patiente dont sa sœur. Cette dernière avait présenté les premiers symptômes de la maladie à 38 ans.

Le DPI a été réalisé en 1999 et 2000 sur des ovocytes de la patiente fécondés in vitro. Les auteurs expliquent que quatre des quinze embryons exempts de la mutation V717L ont été présélectionnés pour le transfert d'embryon, ce qui a conduit à la grossesse et à la naissance d'un enfant en bonne santé non porteur de la mutation.

Verlinsky et ses collaborateurs estiment que ces résultats montrent que le DPI peut être employé avec succès dans ce cas de forme précoce de maladie d'Alzheimer à transmission dominante, tout en soulignant les problèmes éthiques liés à ce type d'intervention.

Cet aspect éthique est développé Dean Towner et Roberta Springer Loewy (University of California, Davis, Sacramento) dans un commentaire publié dans le JAMA.

"Les auteurs ont offert à la patiente l'opportunité d'avoir un enfant exempt d'une forme [héritée] de la maladie d'Alzheimer", expliquent-ils. "Toutefois, la mutation dans sa famille entraîne l'apparition de la maladie au cours des quatre premières décennies. La mère avait 30 ans lorsque la procédure a été réalisée, ce qui veut dire qu'elle manifestera vraisemblablement les premiers symptômes de la maladie d'Alzheimer quand son enfant sera dans ses premières années".

Ils ajoutent que la sœur de la patiente qui a développé la maladie a eu du mal à prendre son enfant en charge et qu'elle a du être placée dans un centre spécialisé cinq ans après l'apparition des symptômes.

"Vraisemblablement comme sa sœur, la patiente dans la publication de Verlinsky ne sera peut être pas en mesure de prendre soin ou même de reconnaître son enfant dans quelques années", écrivent Towner et Loewy.

Outre les questions éthiques adressées plus directement au corps médical, Towner et Loewy expliquent que la responsabilité éthique des parents peut être interprétée de deux façons. La première est que les parents ont eu recours au DPI pour concevoir un enfant qui ne portait pas la mutation qu'eux-mêmes portaient. La deuxième pose la question du choix de mettre au monde un enfant dont la mère ne pourra très vraisemblablement pas s'occuper.

Source : JAMA 2002;287:1018-21,1038-40

SR

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