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Infections nosocomiales de coronavirus SARS-CoV-2 en 2020 : 15 654 cas et 89 décès selon SPF

illustrationDans son dernier bulletin de situation épidémiologie, Sante Publique France, révèle pour la première fois les chiffres des infections nosocomiales de SARS-CoV-2. Alors que 15 654 cas et 89 décès sont liés à des infections contractées à l’hôpital, les signalements de personnels soignants contraints de travailler en dépit de leur positivité au test de dépistage sont de plus en plus nombreux. Des pratiques scandaleuses pour les syndicats, mais qui viennent d’être encadrées par la DGS et qui demeurent légales tant que la vie d’autrui n’est pas mise en danger.

89 décès et 15 000 cas d’infections nosocomiales

Entre le 1er janvier et le 15 novembre 2020, 1 780 signalements ont été transmis à l’agence concernant des cas d’infections de Coronavirus SARS-CoV-2 survenues à l’occasion d’une prise en charge dans un établissement de santé. Si 9 041 patients, 6 604 professionnels et 9 visiteurs ont ainsi été contaminés, 89 personnes sont décédées des suites d’une infection survenue à l’hôpital. 1 115 signalements impliqueraient au moins 3 cas d’infection liés.

Si le nombre de ces signalements a augmenté à partir de la semaine 41, il aurait culminé en semaine 45 avant d’amorcer une baisse qui reste à confirmer en semaine 46. Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France et les Hauts-de-France sont les régions les plus touchées.

43 % des infections nosocomiales ont pour origine un membre du personnel hospitalier

Sur les cas dont l’origine était connue (82%), SPF précise que pour 51 % d’entre eux, un patient était en cause et pour 43 % il s’agissait d’un membre du personnel de l’établissement.

« La transmission entre soignants est souvent associée à un relâchement des mesures barrières lors des pauses. Les transmissions patient-soignant sont le plus souvent secondaires à une découverte fortuite d’un cas positif chez un patient hospitalisé pour une autre pathologie initiale que la COVID-19. Enfin, les cas groupés de patients surviennent plutôt dans les services de médecine, mais également en Soins de Suite et de Réadaptation (SSR) et services de moyen et long séjour qui s’apparentent à des lieux de vie. » détaille SPF dans son bulletin du 19 novembre.

Les contaminations du personnel soignant continuent leur progression

Le 19 novembre SPF a évalué le nombre de personnels infectés à près de 55 000 dans les ESMS, soit une hausse de 12 % d’une semaine sur l’autre. Concernant les hôpitaux publics et privés, les chiffres de SPF révèlent une hausse de plus de 20 % en un mois. 44 281 membres du personnel hospitalier ont ainsi été contaminés par le coronavirus SARS COV 2 entre le 1er mars et le 2 novembre. 26 % de ces cas concernaient les services de médecine hors réanimation, 7 % les SSR, 6 % la chirurgie et 3 % les réanimations, le reste étant inconnu.

Les soignants positifs continuent de travailler en raison du manque de personnel

Les chiffres des infections nosocomiales dont la révélation tardive a de quoi interroger et la hausse du nombre de personnels soignants contaminés font échos aux multiples signalements de personnels soignants qui sont maintenus en poste en étant positifs au SARS-CoV-2.

En juin dernier, une étude de l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) révélait que si 40,3 % des internes ont manifesté des symptômes évocateurs du COVID-19, la moitié d’entre eux ont continué à travailler tout en étant contagieux. Depuis l’automne, les centres hospitaliers ou les EHPAD où les personnels soignants disent avoir été contraints de se rendre au travail tout en étant positifs se sont multipliés. C’est le cas notamment à Nantes,  Sète, Nice, Orléans, Toulouse, Cholet, Nice et en région parisienne.

À Nantes, 11 positifs, dont certains symptomatiques, dans les services de réanimation selon la CGT

« Nous sommes dans une situation de maltraitance institutionnelle, la direction joue à la roulette russe avec la santé des agents, En réanimation, 11 sont testés positifs, si on continue on va devoir fermer le service » explique Olivier Terrien pour France3

 « C’est un viol de notre code de déontologie puisqu’on demande à un soignant de devenir un agent contaminant auprès d’un public vulnérable, hospitalisé », explique Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (CFE-CGC) pour le journal Le Monde dans son édition du 21 novembre.

Travailler en étant Covid-19 +, c’est règlementaire pour les soignants, mais contraire aux recommandations de l’OMS

Si les syndicats dénoncent un scandale, les établissements mettent en avant un avis du HCSP du 23 mai qui stipule que le personnel asymptomatique doit être évincé durant sept jours sauf s’il est jugé irremplaçable.

« La possibilité dégradée d’un maintien en poste avec un renforcement des mesures de précaution et d’hygiène est envisageable afin que la balance bénéfice-risque ne soit pas défavorable. ».

Les consignes de l’OMS sur le sujet sont bien plus contraignantes. L’organisation recommande en effet l’arrêt de toutes les activités de soins aux patients pour tous les agents avec des symptômes évocateurs de la COVID-19 ou positif à une infection du SARS-CoV-2 sans symptômes.

Si le HCSP ne savait probablement pas quand il a rédigé son avis que les sujets à l’origine des infections nosocomiales étaient pour près de la moitié du personnel hospitalier, ce n’est pas le cas de la Direction générale de la Santé qui vient de fixer il y a quelques jours un cadre règlementaire à des pratiques qui surfent sur le fil de la légalité.

Le 16 novembre dans un message signé par Katia Julienne et Jérôme Salomon, la direction générale de la santé a confirmé que les établissements pouvaient maintenir en poste de façon dégradée des personnels soignants COVID + dans la mesure où ils sont asymptomatiques et non remplaçables et que des précautions d’hygiène renforcées sont prises à leur endroit. Cette décision relève néanmoins de la responsabilité de l’établissement qui devra évaluer si les bénéfices de la présence du personnel en question sont supérieurs aux risques associés à son absence.

Si le cadre règlementaire est bel et bien fixé, le cadre légal ne tient qu’à un fil, celui de la mise en danger de la vie d’autrui.

« Le fait d’exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou le règlement est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. » Article 223-1 du Code pénal

Encore une occasion de transparence et de pédagogie manquée ?

D’un côté la DGS se fixe comme priorité absolue le respect des mesures d’isolement pour toutes les personnes malades ou ayant été simplement en contact avec un sujet infecté et de l’autre elle pousse, par exception, ses propres ressources humaines, le personnel soignant à ne pas respecter sa propre doctrine dans des conditions théoriquement strictes, mais difficilement vérifiables au quotidien.

« Deux poids, deux mesures » qui sont probablement justifiables en temps de guerre sanitaire, mais « deux poids, deux mesures » qui brouillent encore un peu plus le message du gouvernement et nuisent clairement à l’établissement d’un climat de confiance avec la population française. Et ce d’autant plus qu’en apposant la mention « diffusion restreinte » sur un tel document, la DGS donne l’impression d’œuvrer en catimini alors qu’elle aurait pu profiter de l’occasion pour se montrer transparente et faire de la pédagogie.

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