Désogestrel et méningiome : conduite à tenir pour les sages-femmes
Le méningiome est une tumeur développée à partir des méninges, le plus souvent bénigne et d’évolution lente. Sa gravité dépend notamment de sa taille et de sa localisation.[2]
À retenir (lecture rapide)
- Le courrier nominatif concerne le désogestrel 75 µg ; il ne signifie ni suspicion ni diagnostic de méningiome.[1][2]
- Aucun excès significatif n’apparaît à court terme ; le signal augmente surtout avec plusieurs années d’exposition.[3][4]
- À partir de 45 ans, l’ANSM recommande une vigilance renforcée et une réévaluation de la contraception.[2]
- L’IRM n’est pas systématique : elle cible les symptômes et certaines expositions antérieures à des progestatifs à risque.[2][5]
Quatre points à vérifier en consultation
- Âge, avec une vigilance particulière à partir de 45 ans.[2]
- Durée d’utilisation du désogestrel ou de l’étonogestrel, notamment au-delà de cinq ans.[2]
- Progestatifs utilisés auparavant, en précisant les molécules et leur durée.[2]
- Signes neurologiques évocateurs pouvant justifier une imagerie cérébrale.[2]
Un courrier nominatif, pas une consigne d’arrêt
L’actualité de septembre 2026 n’est pas la découverte du signal. Les premiers résultats EPI-PHARE ont été rendus publics en décembre 2024, puis publiés dans le BMJ en juin 2025. Le changement tient à l’information individualisée : à partir des données de remboursement de l’Assurance Maladie, l’ANSM a lancé l’envoi d’un courrier aux femmes majeures ayant eu une prescription remboursée de désogestrel 75 µg au cours des douze derniers mois. Environ 1,6 million de femmes sont concernées.[1][2]
Les professionnels ayant prescrit ce contraceptif pendant cette période ont eux aussi reçu un courrier personnalisé. La FAQ de l’ANSM précise que la liste de leurs patientes concernées figure dans ce courrier. Les femmes sont invitées à aborder le sujet lors d’une prochaine consultation de routine, sans rendez-vous urgent en l’absence de symptôme.[2]
Recevoir cette lettre ne signifie ni qu’un méningiome est diagnostiqué, ni qu’il est suspecté. L’ANSM recommande de poursuivre la contraception jusqu’à la discussion avec un professionnel de santé : un arrêt sans relais expose à une grossesse non désirée.[1][2]
Deux périmètres doivent être distingués. Le courrier nominatif vise le désogestrel seul à 75 µg. Le périmètre réglementaire du risque est plus large : les informations produit ont été modifiées pour les contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel, seuls ou associés à un œstrogène. Sont donc également concernés par ces informations de sécurité les pilules combinées au désogestrel, l’implant à l’étonogestrel et les anneaux vaginaux contenant de l’étonogestrel.[2][5]
Le risque augmente surtout avec les expositions longues
L’étude nationale EPI-PHARE, réalisée à partir du Système national des données de santé (SNDS), a inclus 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien en France entre 2020 et 2023 et 83 910 témoins appariés.[3][4]
Toutes durées d’utilisation en cours confondues, le désogestrel 75 µg était associé à un odds ratio (OR) de 1,25 [IC 95 % : 1,10-1,42]. Dans l’analyse par durée, l’utilisation à court terme était associée à un OR de 1,02 [0,77-1,34], sans excès statistiquement significatif. Pour une utilisation continue d’au moins un an, l’OR atteignait 1,32 [1,14-1,53].[3][4]
Le signal se renforçait ensuite avec la durée : OR 1,70 [1,39-2,08] au-delà de cinq années continues d’utilisation. Il était de 1,51 [1,17-1,94] entre cinq et sept ans et de 2,09 [1,51-2,90] à partir de sept ans.[3][4]
Ces risques relatifs doivent être rapprochés du risque absolu. EPI-PHARE estime que 67 287 femmes doivent être exposées en moyenne au désogestrel 75 µg pour correspondre statistiquement à un cas supplémentaire de méningiome intracrânien nécessitant une chirurgie. Au-delà de cinq ans, cette estimation est d’un cas supplémentaire pour 17 331 femmes exposées.[3][4]
Le chiffre souvent arrondi à « un cas pour 67 000 » ne décrit donc pas la fréquence générale du méningiome chez les utilisatrices. Il s’agit d’un number needed to harm calculé à partir des méningiomes intracrâniens opérés dans cette étude. L’association n’était plus observée un an après l’arrêt du désogestrel.[3][4]
La population étudiée était âgée en moyenne de 59,7 ans. Cette moyenne caractérise la population de l’étude, centrée sur les méningiomes ayant nécessité une chirurgie, et non l’âge moyen des utilisatrices de désogestrel. L’ANSM recommande une vigilance particulière dès 45 ans et chez les femmes utilisant du désogestrel ou de l’étonogestrel depuis plus de cinq ans.[2][3]
Ces résultats restent ceux d’une étude observationnelle : ils mettent en évidence une association, sans démontrer à eux seuls une causalité. Le SNDS ne documente pas toutes les données cliniques ni toutes les expositions non remboursées, et des facteurs de confusion non mesurés peuvent subsister. L’événement étudié est en outre le méningiome intracrânien opéré, pas l’ensemble des méningiomes diagnostiqués.[3][4]
Le rapport EPI-PHARE et l’article du BMJ décrivent la même étude nationale. Ils constituent deux niveaux de publication d’un même travail, et non deux confirmations indépendantes du signal.[3][4]
Enfin, les données épidémiologiques directes portent sur le désogestrel seul à 75 µg. Les pilules combinées contenant 150 µg de désogestrel et les contraceptifs à l’étonogestrel n’ont pas été évalués directement dans cette étude. L’ANSM avait étendu ses recommandations par précaution ; l’évaluation européenne de 2026 a ensuite conduit à faire figurer le risque de méningiome dans les notices et résumés des caractéristiques du produit des contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel.[5][6]
Avant de prescrire ou renouveler, reprendre l’historique progestatif
L’ANSM demande de rechercher les progestatifs pris auparavant et leur durée d’utilisation. Sa FAQ cite en particulier l’acétate de cyprotérone, l’acétate de chlormadinone, l’acétate de nomégestrol, la médrogestone, l’acétate de médroxyprogestérone et la promégestone, qui n’est plus commercialisée.[2]
Cet historique compte dans l’interprétation du risque. Dans l’étude EPI-PHARE, l’association avec le méningiome opéré était plus forte chez les femmes exposées au désogestrel ayant auparavant utilisé un progestatif déjà connu pour augmenter le risque de méningiome.[3][4]
À partir de 45 ans, l’ANSM demande de réévaluer la pertinence de poursuivre cette contraception. Elle recommande aussi une vigilance particulière au-delà de cinq ans d’utilisation et en cas d’exposition antérieure à d’autres traitements progestatifs.[2]
Réévaluer ne signifie pas interrompre systématiquement le traitement. La FAQ destinée aux professionnels précise qu’il n’est pas nécessaire d’arrêter ou de modifier la contraception de toutes les patientes. Le choix reste individualisé selon l’âge, les antécédents, la durée d’utilisation, le besoin contraceptif et les préférences de la patiente.[2]
Après 45 ans, remplacer automatiquement le désogestrel par une contraception œstroprogestative n’est pas la solution proposée par l’Agence, qui demande d’éviter ce relais compte tenu du risque thromboembolique veineux ou artériel. Elle rappelle également que le désogestrel possède une autorisation de mise sur le marché pour la contraception, et non comme traitement hormonal de la ménopause.[6]
Les documents de l’ANSM ne fixent pas de méthode unique de substitution. Lorsqu’un changement paraît indiqué, l’alternative doit être choisie avec la patiente selon son âge, ses contre-indications, ses antécédents, ses préférences et son besoin contraceptif.[2][6]
IRM : quand la demander
L’ANSM ne recommande pas d’IRM cérébrale systématique chez les femmes sous désogestrel. Une exposition prolongée ne constitue donc pas, à elle seule, une indication à dépister toutes les utilisatrices par imagerie.[2][6]
Une IRM doit en revanche être réalisée en présence de signes pouvant évoquer un méningiome. L’ANSM cite notamment des maux de tête persistants, des troubles visuels, une faiblesse musculaire, des troubles de l’équilibre ou du langage, une perte de mémoire, ainsi qu’une épilepsie nouvelle ou aggravée. Les informations produit mentionnent aussi une baisse de l’audition, des acouphènes ou une perte de l’odorat.[2][5]
La seconde situation concerne l’instauration du désogestrel après une exposition antérieure de plus d’un an à un ou plusieurs progestatifs à risque de méningiome. Dans ce contexte, l’ANSM demande une IRM cérébrale au début du nouveau traitement.[2][6]
Depuis l’évolution des informations produit en 2026, un méningiome actuel ou un antécédent de méningiome contre-indique les contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel. Si un méningiome est découvert pendant le traitement, celui-ci doit être arrêté et la patiente orientée vers un neurochirurgien. Plus largement, l’ANSM recommande de ne pas utiliser de traitement progestatif en cas de méningiome actuel ou ancien, sauf situation exceptionnelle discutée de manière pluridisciplinaire.[2][5]
Informer sans provoquer d’arrêt contraceptif précipité
La campagne de septembre ne crée pas un programme de dépistage chez toutes les utilisatrices de désogestrel. Elle demande surtout aux prescripteurs de reprendre l’historique hormonal, d’expliquer qu’une augmentation relative du risque peut coexister avec un risque absolu très faible et de distinguer les situations relevant d’une simple réévaluation de celles nécessitant une IRM ou un changement de contraception.[1][2][3]
Pour les sages-femmes, la ligne de conduite est concrète : ne pas banaliser une exposition longue ou un antécédent progestatif à risque, mais ne pas transformer le courrier reçu par la patiente en motif d’arrêt précipité. L’information individualisée décidée par l’ANSM remet ainsi la consultation contraceptive au centre de la réduction du risque.
Références
- ANSM, L’ANSM diffuse une lettre personnalisée pour informer les femmes du très faible risque de méningiome associé à la contraception à base de désogestrel, 10 septembre 2026.
- ANSM, Contraception à base de désogestrel et risque de méningiome : questions-réponses, 10 septembre 2026.
- Roland N, Kolla E, Baricault B et al., The BMJ, Oral contraceptives with progestogens desogestrel or levonorgestrel and risk of intracranial meningioma: national case-control study, 11 juin 2025.
- EPI-PHARE (ANSM-Cnam), Contraception orale progestative et risque de méningiome intracrânien : une étude cas-témoins à partir des données du Système national des données de santé, 19 décembre 2024.
- ANSM, Contraception à base de désogestrel et étonogestrel : les notices évoluent pour mieux informer sur le risque rare de méningiome, 11 août 2026.
- ANSM, Contraception et risque de méningiome : nouvelles recommandations, 20 mars 2025, mise à jour le 11 août 2026.
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