Traitement hormonal de la ménopause : la reprise du THM en France reste sous surveillance

Traitement hormonal de la ménopause : la reprise du THM en France reste sous surveillance Après deux décennies de recul, le traitement hormonal de la ménopause (THM) repart à la hausse en France. Une vaste étude EPI-PHARE, menée à partir du Système national des données de santé (SNDS), décrit une reprise nette des initiations depuis 2020, accompagnée d’une évolution des prescriptions vers des schémas plus prudents. Mais derrière l’essor de la voie transdermique et de la progestérone micronisée, plusieurs zones de vigilance demeurent pour les professionnels de santé : les inégalités sociales de recours, l’usage d’estrogènes seuls chez certaines femmes et la surveillance ciblée de certains progestatifs.[1][2][3]

À retenir (lecture rapide)

• En 2025, 496 245 femmes de 40 ans et plus utilisaient un THM en France.

• Le THM concernait 2,5 % des femmes de 40 ans et plus en 2025.

• Chez les 45-60 ans, le taux d’utilisation atteignait 4,4 %.

• Les initiations chez les 45-60 ans ont retrouvé leur niveau de 2012 après un point bas en 2020.

• La voie orale persiste davantage chez les femmes défavorisées et plus exposées au risque cardiovasculaire.

Une reprise nette, mais loin des usages d’avant 2002

Le traitement hormonal de la ménopause n’a pas retrouvé la place qu’il occupait avant le tournant des années 2000. La dynamique a pourtant changé. Selon le rapport EPI-PHARE publié le 25 juin 2026, 496 245 femmes de 40 ans et plus utilisaient un THM en France en 2025, soit 2,5 % de cette population. Chez les femmes de 45 à 60 ans, tranche dans laquelle les prescriptions liées aux symptômes de la ménopause sont supposées prédominer, la proportion atteint 4,4 %.[1][2]

Cette évolution s’inscrit dans une séquence très marquée. Entre 2012 et 2022, le nombre d’utilisatrices de 45 à 60 ans a d’abord reculé de 46 %. Puis la tendance s’est inversée : entre 2022 et 2025, l’utilisation du THM a progressé de 24 %. Le mouvement est encore plus visible du côté des initiations. En 2025, 132 397 femmes de 40 à 70 ans ont débuté un traitement hormonal de la ménopause ; 81,5 % d’entre elles étaient âgées de 45 à 60 ans. Dans cette tranche d’âge, les initiations, divisées par deux entre 2012 et 2020, sont revenues à leur niveau de 2012.[1][2]

L’âge d’entrée dans le traitement éclaire aussi la lecture clinique de cette reprise. En 2024, l’âge moyen à l’initiation était de 52,0 ans chez les femmes de 40 à 70 ans, et de 52,6 ans chez celles de 45 à 60 ans. Ce positionnement temporel rejoint la notion de fenêtre d’opportunité thérapeutique, selon laquelle la balance bénéfices-risques est généralement considérée comme plus favorable lorsque le THM est initié avant 60 ans ou dans les dix années suivant la ménopause.[1]

Cette remontée ne peut toutefois être comprise sans le souvenir de la Women’s Health Initiative (WHI). Publiés en 2002 dans le JAMA, les résultats de cet essai américain ont profondément modifié la perception du rapport bénéfices-risques. L’étude portait notamment sur une association d’estrogènes conjugués équins administrés par voie orale et d’acétate de médroxyprogestérone, un schéma différent de nombreuses prescriptions françaises actuelles. Elle avait mis en évidence, pour 10 000 femmes-années, 7 événements coronariens, 8 accidents vasculaires cérébraux, 8 embolies pulmonaires et 8 cancers du sein invasifs supplémentaires.[5]

Des prescriptions désormais dominées par la voie transdermique

La reprise du THM en France s’accompagne d’une transformation nette des pratiques. En 2024, chez les femmes de 45 à 60 ans débutant un traitement hormonal de la ménopause, 80,2 % recevaient une association estroprogestative. La voie transdermique, sous forme de patch ou de gel, dominait très largement les initiations : 86,5 % dans cette tranche d’âge. Les progestatifs associés étaient, dans plus de 90 % des cas, la progestérone ou la dydrogestérone.[1][3]

Cette évolution rejoint l’encadrement rappelé par la Haute Autorité de santé (HAS). Dans sa réévaluation de 2025, l’autorité confirme la place du THM dans les troubles symptomatiques du climatère et dans la prévention de l’ostéoporose post-ménopausique chez certaines femmes à risque fracturaire. Elle réaffirme aussi la nécessité d’une évaluation initiale, puis au moins annuelle, de la balance bénéfices-risques.[4]

La HAS rappelle que ces traitements doivent être prescrits lorsque les troubles du climatère altèrent la qualité de vie, « à la dose minimale efficace, pour une durée la plus courte possible ».[4] Cette prudence se retrouve dans les données EPI-PHARE : chez les 45-60 ans ayant initié un THM entre 2012 et 2024, la durée moyenne de traitement est estimée à 2,9 ans.[1]

La progression de la voie transdermique s’appuie sur un faisceau de données suggérant un profil thromboembolique plus favorable que la voie orale. Le rapport EPI-PHARE rappelle cependant qu’aucun essai randomisé n’a démontré la supériorité de cette voie sur les événements cardiovasculaires artériels et veineux. Cette nuance distingue l’évolution raisonnée des pratiques d’un simple mouvement de prescription.[1]

Le choix du progestatif a lui aussi changé. Chez les femmes de 45 à 60 ans, la part de la progestérone parmi les progestatifs utilisés à l’initiation du THM est passée de 56,8 % en 2012 à 78,6 % en 2024. Dans le même temps, la dydrogestérone reculait de 19,6 % à 12,2 %, tandis que les THM associant un estrogène à un progestatif synthétique diminuaient de 17,6 % à 7,1 %.[1]

Ce virage prolonge l’idée que tous les THM ne présentent pas le même profil face au risque thrombotique. L’argument scientifique repose cependant d’abord sur les données primaires et les études analysées par EPI-PHARE, notamment sur la voie d’administration des estrogènes et le type de progestatif.[1][8]

Un recours au THM marqué par les inégalités sociales

Le rapport EPI-PHARE ne documente pas seulement une reprise. Il montre aussi quelles femmes accèdent au traitement hormonal de la ménopause. En 2024, les initiatrices de 45 à 60 ans appartiennent plus souvent aux catégories socialement favorisées. Elles sont 6,9 % à bénéficier de la complémentaire santé solidaire, contre 10,5 % chez les non-utilisatrices du même âge. Elles résident aussi plus fréquemment dans les communes les moins défavorisées : 30,3 % dans le quintile le plus favorisé, contre 21,3 % chez les non-utilisatrices.[1]

Le recours aux soins accentue ce contraste. Dans les deux ans précédant l’initiation, 72,1 % des femmes ayant débuté un THM avaient consulté un gynécologue, contre 36,6 % des non-utilisatrices. Elles participaient également davantage aux dépistages des cancers du col de l’utérus, du sein et colorectal. Le THM apparaît ainsi comme un marqueur d’accès à un suivi médical plus régulier, et probablement à une information plus spécialisée.[1]

La géographie confirme cette hétérogénéité. Les taux d’initiation chez les femmes de 45 à 60 ans sont plus élevés en Île-de-France, dans l’Est, le Sud-Ouest et l’arc méditerranéen. Ils sont plus faibles dans les DROM, le Centre et l’Ouest. À l’échelle départementale, les taux les plus bas sont observés en Guadeloupe, en Mayenne, dans la Sarthe et en Loir-et-Cher, à 0,5 %, contre 2,1 % dans le Bas-Rhin et 2,5 % à Paris et dans les Alpes-Maritimes.[1]

Cette fracture devient plus préoccupante lorsqu’elle croise la voie d’administration. En 2024, les femmes débutant un THM par voie orale sont plus jeunes, plus défavorisées et présentent davantage de facteurs de risque cardiovasculaire que celles traitées par voie transdermique. Elles sont 11,9 % à bénéficier de la complémentaire santé solidaire, contre 6,1 % dans le groupe transdermique ; les antécédents cardio-métaboliques concernent 19,5 % d’entre elles, contre 17,5 %.[1]

Les estrogènes seuls et certains progestatifs appellent une vigilance ciblée

Plusieurs résultats suggèrent une sélection plus prudente des patientes. En 2024, les femmes initiant un THM présentent moins d’antécédents cardio-métaboliques et de cancers que les non-utilisatrices. Chez les 45-60 ans, les antécédents cardio-métaboliques concernent 17,8 % des initiatrices, contre 23,0 % des non-utilisatrices ; les antécédents de cancers, 2,6 % contre 4,6 %. Cette différence peut traduire une meilleure application des recommandations.[1]

D’autres observations invitent néanmoins à la prudence. Chez les 45-60 ans traitées par estrogène seul, 38,5 % avaient un antécédent d’hystérectomie documenté depuis 2006. Même en tenant compte d’une possible sous-documentation des hystérectomies plus anciennes, cette discordance conduit EPI-PHARE à évoquer un usage possible chez des femmes avec utérus intact. Une telle situation serait en contradiction avec les recommandations, qui prévoient l’association à un progestatif afin de réduire le risque d’hyperplasie et de cancer de l’endomètre.[1][4]

Le dossier des progestatifs impose également une surveillance ciblée. En 2024, EPI-PHARE a rapporté un sur-risque de méningiome avec certains progestatifs, notamment la médrogestone, l’acétate de médroxyprogestérone injectable et la promégestone. Ce signal ne doit pas être étendu sans nuance au socle actuellement majoritaire du THM français, dominé par la progestérone et la dydrogestérone, qui n’étaient pas associées à un sur-risque significatif de chirurgie de méningiome intracrânien dans l’étude citée par EPI-PHARE.[6] La surveillance des expositions progestatives au regard du risque de méningiome s’inscrit désormais dans le raisonnement de prescription.[9]

Pour les soignants, cette surveillance s’ajoute aux contre-indications et précautions déjà intégrées à l’évaluation initiale : antécédents de cancer, antécédents cardiovasculaires, risque thromboembolique, âge au moment de l’initiation et délai depuis la ménopause. La question n’est donc pas seulement de prescrire ou de ne pas prescrire, mais d’identifier les femmes chez lesquelles la balance bénéfices-risques reste favorable, puis de la réévaluer régulièrement.[1][4]

Enfin, les limites méthodologiques doivent rester présentes à l’esprit. Le SNDS documente les délivrances et le recours aux soins, mais ne renseigne pas le statut ménopausique, l’intensité des symptômes climatériques, l’indication exacte du traitement ni le retentissement sur la qualité de vie. Le rapport se concentre donc sur les THM systémiques remboursés et interprète plus finement la tranche 45-60 ans, sans pouvoir attribuer chaque prescription à une indication précise.[1]

Une nouvelle séquence pour la prise en charge de la ménopause

La reprise du THM intervient dans un moment de visibilité accrue de la ménopause. En avril 2025, le rapport parlementaire porté par Stéphanie Rist a formulé 25 propositions pour mieux informer les femmes, renforcer la prise en charge et tenir compte de la ménopause dans le monde du travail.[7] De nouvelles recommandations de bonnes pratiques de la HAS sont attendues pour 2027, avec un objectif annoncé d’amélioration de l’information, du diagnostic, de la prise en charge et du suivi.[1][4]

Pour les professionnels de santé, l’étude EPI-PHARE offre un instantané utile. Elle suggère que la prescription française s’est déplacée vers des schémas plus encadrés : initiation autour de 52 ans, voie transdermique majoritaire, recours croissant à la progestérone micronisée, durée moyenne limitée. Elle rappelle aussi que la sécurité d’un traitement ne tient pas seulement à la molécule, mais à la patiente qui la reçoit, à son niveau de risque, à son suivi et à la réévaluation régulière de l’indication.

La hausse des initiations ne marque donc pas un retour au THM d’avant WHI. Elle ouvre plutôt une phase de normalisation prudente : mieux traiter les symptômes lorsqu’ils altèrent la qualité de vie, prévenir l’ostéoporose dans les situations prévues, réduire les écarts sociaux de prise en charge et maintenir une surveillance clinique attentive. C’est à cette condition que le traitement hormonal de la ménopause pourra retrouver une place lisible, encadrée et médicalement cohérente.

Références

1. EPI-PHARE, Étude de l’utilisation du traitement hormonal de la ménopause en France entre 2012 et 2025 à partir des données du Système national des données de santé, 25 juin 2026.

2. EPI-PHARE, Traitement hormonal de la ménopause : près de 500 000 femmes traitées en 2025, une hausse des utilisations depuis 2022, 25 juin 2026.

3. Assurance Maladie, Étude d’EPI-PHARE : hausse des utilisations du traitement hormonal de la ménopause, 25 juin 2026.

4. HAS, Réévaluation des spécialités indiquées dans le traitement hormonal de la ménopause, 14 octobre 2025.

5. JAMA, Risks and Benefits of Estrogen Plus Progestin in Healthy Postmenopausal Women, 17 juillet 2002.

6. EPI-PHARE, Progestatifs et risque de méningiomes intracrâniens, 28 mars 2024.

7. Vie publique, Ménopause en France : 25 propositions pour trouver le chemin de l’action, 9 avril 2025.

8. Caducee.net, Traitement hormonal de la ménopause : le rôle du progestatif mis en évidence pour la première fois, 21 février 2007.

9. Caducee.net, Contraception et méningiome : les résultats chiffrés d’une vaste étude EPI-PHARE, 30 décembre 2024.

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