Consultation longue 80 ans : mode d’emploi de la cotation pour le médecin traitant

Consultation longue 80 ans : mode d’emploi de la cotation pour le médecin traitant Ameli a rappelé le 24 juin 2026 les règles de la consultation longue 80 ans, effective depuis le 1er janvier 2026. Pour les généralistes, cette cotation consultation longue issue de la convention médicale 2024 peut valoriser un temps médical réel auprès du patient âgé, mais seulement dans trois situations : sortie d’hospitalisation, déprescription ou dossier APA.

À retenir en lecture rapide

• La consultation longue 80 ans concerne les patients ayant atteint 80 ans, dans trois situations codées GL1, GL2 et GL3.

• Le tarif est fixé à 60 euros en métropole et 72 euros dans les DROM.

• Chaque code est facturable une fois par an et par patient, avec un motif documenté.

• La durée du rendez-vous ne suffit jamais : le contexte clinique déclenche la cotation.

• Les zones grises concernent les lignes de traitement, la téléconsultation et certains séjours hospitaliers.

Une consultation longue issue de la convention médicale 2024

Le rappel publié par Ameli le 24 juin 2026 ne crée pas une règle nouvelle. Il remet en visibilité une mesure prévue par la convention médicale 2024 et entrée en vigueur le 1er janvier 2026 : la consultation longue du médecin traitant pour les patients âgés de plus de 80 ans.[1]

La décision de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM), publiée au Journal officiel du 30 novembre 2024, a créé trois cotations distinctes. La GL1 concerne la sortie d’hospitalisation, la GL2 vise la déprescription chez les patients hyperpolymédiqués, et la GL3 s’applique lors d’une orientation vers un parcours médico-social avec dossier d’allocation personnalisée d’autonomie (APA).[3]

Cette mesure s’inscrit dans la grande redistribution des forfaits et des actes au 1er janvier 2026. Elle traduit une évolution plus large de la rémunération des médecins libéraux, davantage centrée sur le médecin traitant, le suivi longitudinal, la prévention et la coordination autour du patient âgé.

Un tarif clair, une facturation très encadrée

La consultation longue est valorisée à 60 euros en France métropolitaine et à 72 euros dans les départements et régions d’outre-mer (DROM). La page tarifaire d’Ameli confirme ces montants pour les trois codes GL1, GL2 et GL3.[2]

La circulaire CNAM du 15 décembre 2025 précise le cadre pratique. Chaque consultation longue GL1, GL2 ou GL3 est facturable une fois par an et par patient. Une GL1 et une GL2 peuvent donc être facturées la même année pour un même patient si les situations cliniques sont distinctes et justifiées. En revanche, deux GL2 ne peuvent pas être facturées pour ce patient au cours de la même année civile.[4]

Autre point à vérifier avant toute cotation : l’âge. La facturation devient possible à partir de la date anniversaire des 80 ans. Pour le cabinet, la formule la plus sûre consiste donc à raisonner en patient ayant atteint 80 ans, même si les supports de communication utilisent souvent l’expression « patients de plus de 80 ans ».[4]

Le texte vise le médecin traitant, et non une spécialité médicale en particulier. L’enjeu concerne d’abord les généralistes, qui assurent l’essentiel de ce suivi, mais la condition réglementaire tient au statut de médecin traitant déclaré. La circulaire prévoit ainsi qu’un médecin hospitalier peut facturer ces consultations dans le cadre des actes et consultations externes, s’il a été déclaré comme médecin traitant.[4]

GL1 : sécuriser le retour d’hospitalisation dans les 45 jours

La GL1 correspond à la consultation longue réalisée par le médecin traitant dans les 45 jours suivant la sortie d’hospitalisation d’un patient âgé de plus de 80 ans.[1]

Cette cotation ne couvre pas un simple renouvellement d’ordonnance après un séjour hospitalier. Elle rémunère une consultation de sécurisation du retour à domicile, avec évaluation de l’état médical et de l’autonomie, prise en compte du contexte familial et social, vérification de la compréhension de la maladie, des traitements et des signes d’alerte, réévaluation de l’efficacité et de la tolérance thérapeutique, puis renseignement du dossier médical.[3]

Le principal risque de facturation tient au cumul. Pour une même hospitalisation, une seule cotation peut être retenue selon le contexte : GL1, MIC ou MSH. La consultation longue ne doit donc pas être ajoutée automatiquement à une autre majoration de sortie d’hospitalisation.[3]

GL2 : une déprescription adossée au bilan de médication

La GL2 concerne les patients de plus de 80 ans ayant au moins 10 lignes de traitements médicamenteux. Elle valorise une consultation longue de déprescription, au cours de laquelle le médecin traitant analyse la médication, réévalue les prescriptions et supprime les traitements devenus inutiles, redondants ou trop risqués.[1]

Le texte fondateur indique que cette consultation s’appuie sur un bilan de médication réalisé en pharmacie sur prescription du médecin traitant.[3] La circulaire CNAM apporte une nuance pratique : un bilan de médication réalisé en amont par le pharmacien, avec code BMI facturé, est requis pour facturer la GL2, mais il peut aussi avoir été réalisé en accès direct ou prescrit par un autre médecin que le médecin traitant.[4]

Avant de coter GL2, le médecin ne doit donc pas seulement compter les lignes de l’ordonnance. Il doit aussi disposer d’un bilan de médication exploitable et traçable, transmis par messagerie sécurisée de santé (MSSanté) ou versé au dossier médical partagé (DMP) du patient.[4]

Chez le patient âgé, cette étape ne relève pas d’un simple toilettage de prescription. La déprescription comme levier thérapeutique oblige à arbitrer entre bénéfice attendu, fragilité, risque iatrogène, observance et objectifs de soins. C’est précisément ce travail clinique que la GL2 entend reconnaître.

GL3 : l’APA comme déclencheur de la cotation médico-sociale

La GL3 s’applique lorsque le médecin traitant réalise une consultation avec remplissage du dossier médico-administratif pour l’obtention de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) chez un patient âgé de plus de 80 ans.[1]

Le périmètre doit rester strict. Lorsque le médecin qui remplit le dossier n’est pas le médecin traitant, quelle que soit sa spécialité, ou lorsque le patient a moins de 80 ans, la cotation applicable est la MPH et non la GL3. Pour un même patient, une seule cotation GL3 ou MPH peut être facturée selon le contexte.[1][4]

Ameli précise qu’une GL3 peut être facturée chaque année en cas de mise à jour du dossier APA à la suite de l’évolution de l’état de santé du patient.[1] La circulaire CNAM resserre encore cette lecture : cette nouvelle facturation annuelle suppose une évolution de la dépendance de nature à revoir le niveau des prestations reçues, avec un nouveau remplissage du dossier APA.[4]

La traçabilité protège ici la cotation. Le dossier médical doit permettre de relier clairement la consultation au remplissage ou à l’actualisation du dossier APA, et non à une discussion générale sur le maintien à domicile.

Les zones grises à sécuriser avant facturation

Plusieurs questions pratiques ne reçoivent pas, dans les sources officielles consultées, de réponse aussi détaillée que les médecins pourraient l’espérer.

Pour la GL2, les textes retiennent le seuil d’au moins 10 lignes de traitements médicamenteux, mais ne définissent pas précisément ce qu’est une « ligne » : spécialité prescrite, molécule distincte, dosage différent ou ligne d’ordonnance. Dans cette zone grise, le réflexe le plus robuste consiste à conserver l’ordonnance analysée, le bilan de médication du pharmacien et la justification médicale de la déprescription.

Pour la GL1, le point de départ des 45 jours est bien la sortie d’hospitalisation. En revanche, les textes consultés ne détaillent pas finement le périmètre des séjours concernés, par exemple selon le type d’hospitalisation ou le service de sortie. En cas de situation atypique, la cohérence du compte rendu d’hospitalisation, la date de sortie et le contenu médical de la consultation doivent donc être soigneusement tracés.

La téléconsultation appelle également à la prudence. Les textes consultés mentionnent la réalisation au cabinet, au domicile lorsque l’état du patient ne permet pas le déplacement, et dans le cadre des consultations externes hospitalières si le médecin hospitalier est déclaré médecin traitant. Ils ne prévoient pas explicitement la facturation de GL1, GL2 ou GL3 en téléconsultation. En l’absence de précision opposable, cette modalité mérite d’être sécurisée avant facturation.

Enfin, le patient sans médecin traitant déclaré ne relève pas du même schéma. Les codes GL1, GL2 et GL3 sont attachés au médecin traitant. Pour GL3, Ameli indique expressément que la MPH s’applique lorsque le médecin qui remplit le dossier APA n’est pas le médecin traitant.[1]

Domicile, urgence, hôpital : trois limites à connaître

La consultation longue peut être réalisée à domicile lorsque la situation du patient ne permet pas une consultation au cabinet. Dans ce cas, la circulaire CNAM précise que la facturation de GL1, GL2 ou GL3 est compatible uniquement, sous réserve du respect de la Nomenclature générale des actes professionnels (NGAP), avec la majoration MUT et les majorations de déplacement.[4]

À l’inverse, ces consultations ne sont pas compatibles avec le contexte d’urgence décrit à l’article 14 de la NGAP. Elles peuvent être facturées dans le cadre des actes et consultations externes hospitaliers si le médecin hospitalier a été déclaré comme médecin traitant, mais elles ne sont pas facturables pour des patients hospitalisés.[4]

Pour le patient, Ameli indique une prise en charge par l’Assurance Maladie à hauteur de 70 % du montant des consultations longues, avec application de la participation forfaitaire de 2 euros restant à sa charge. Les 30 % restants peuvent être couverts par la complémentaire santé.[1]

Une cotation utile si le dossier tient la route

Pour les généralistes, la consultation longue 80 ans reconnaît une part de travail médical longtemps peu visible : sécuriser une sortie d’hospitalisation, reprendre une ordonnance devenue trop lourde, accompagner une demande d’APA ou coordonner un parcours devenu plus fragile. Elle s’insère aussi dans la nouvelle économie de la prévention au cabinet, notamment pour les patientèles âgées, polypathologiques ou en affection longue durée (ALD).

Mais la GL n’est ni une majoration de confort ni une récompense automatique pour une consultation longue. Elle repose sur trois déclencheurs réglementaires, chacun assorti de conditions propres. Le bon réflexe consiste à vérifier d’abord le motif, puis l’âge, puis le statut de médecin traitant, puis les incompatibilités éventuelles, avant de documenter clairement l’acte dans le dossier médical.

Références officielles

[1] Ameli Médecins, Patients âgés de plus de 80 ans : la consultation longue valorise leur prise en charge, 24 juin 2026.

[2] Ameli Médecins, Tarifs conventionnels des médecins généralistes et spécialistes, 17 mars 2026, page consultée le 26 juin 2026.

[3] Légifrance, Décision du 29 octobre 2024 de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie relative à la liste des actes et prestations pris en charge par l’assurance maladie, Journal officiel, 30 novembre 2024.

[4] Assurance Maladie, CIR-14/2025 – Décision UNCAM du 29 octobre 2024 et mise en œuvre de la Convention médicale, 15 décembre 2025, mise à jour le 20 février 2026.

Liens internes utilisés

Caducee.net, Convention médicale 2024-2029 : la grande redistribution des forfaits et des actes au 1er janvier 2026, 19 décembre 2025.

Caducee.net, Adapter la prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire chez les personnes âgées, 27 février 2025.

Caducee.net, Forfait médecin traitant 2026 : la nouvelle économie de la prévention au cabinet, 4 mai 2026.

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