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Bronchiolite à VRS : le CNP de pédiatrie conteste le calendrier du 14 septembre

Bronchiolite à VRS : le CNP de pédiatrie conteste le calendrier du 14 septembre La campagne 2026-2027 de prévention des infections à virus respiratoire syncytial (VRS) a débuté le 14 septembre en France métropolitaine. La Direction générale de la santé (DGS) a retenu la même date pour la vaccination maternelle par Abrysvo et pour l’immunisation du nourrisson par anticorps monoclonaux.[1] Le Conseil national professionnel (CNP) de pédiatrie conteste ce calendrier commun, qui créerait selon lui une « fenêtre de vulnérabilité » pour certains nouveau-nés.[2] Le désaccord ne porte pas sur l’intérêt de prévenir le VRS, principal responsable des bronchiolites du nourrisson, mais sur le délai nécessaire pour que la vaccination pendant la grossesse protège effectivement l’enfant.

À retenir (lecture rapide)

  • Vaccination maternelle et anticorps monoclonaux ont démarré le 14 septembre en métropole, selon un calendrier unique.
  • Le CNP de pédiatrie juge cette date trop tardive pour certaines femmes proches du terme.
  • Santé publique France défend mi-septembre pour couvrir les saisons précoces, mais distingue les temporalités de protection.
  • Deux cohortes françaises associent le nirsévimab à moins d’hospitalisations, avec des écarts absolus modestes.
  • Abrysvo reste recommandé entre 32 et 36 SA ; 28 SA n’est pas une recommandation française.

14 septembre : une date commune pour deux mécanismes différents

Le DGS-Urgent du 10 août fixe en métropole la campagne du 14 septembre 2026 au 28 février 2027. Deux stratégies alternatives doivent être présentées aux futurs parents : la vaccination maternelle contre le VRS par Abrysvo ou l’administration directe d’un anticorps monoclonal au nourrisson. Beyfortus (nirsévimab) et Enflonsia (clesrovimab) font partie des options d’immunisation ; Synagis (palivizumab) reste destiné aux nourrissons prématurés ou à haut risque selon ses indications.[1]

Le calendrier est commun, pas la cinétique. L’anticorps monoclonal apporte directement au nourrisson des anticorps neutralisants. La vaccination maternelle doit d’abord induire une réponse immunitaire chez la mère, puis permettre leur transfert transplacentaire avant l’accouchement. Le terme de la grossesse au moment de l’injection devient donc un paramètre clinique.

La DGS ouvre pourtant les deux stratégies le même jour.[1] C’est cette symétrie administrative que le CNP de pédiatrie conteste, davantage que la date du 14 septembre pour l’immunisation directe du nourrisson.

La critique pédiatrique vise surtout la vaccination maternelle

Dans son communiqué du 2 septembre, le CNP de pédiatrie critique explicitement le démarrage au 14 septembre et le choix d’une même date pour le vaccin maternel et les anticorps monoclonaux. Il estime que cette organisation crée une « fenêtre de vulnérabilité ».[2]

Le CNP indique qu’un texte cosigné par Robert Cohen, Hervé Haas et Sandra Brancato avait été adressé en août à la DGS et à la Haute Autorité de santé (HAS), sans réponse reçue à la date du communiqué.[2] La republication disponible ne détaille toutefois pas un calendrier alternatif chiffré.

InfoVac précise la critique. Dans le cadre français actuel, le réseau recommande de vacciner le plus tôt possible dans la fenêtre de 32 à 36 semaines d’aménorrhée (SA), donc dès 32 SA lorsque la situation le permet.[3] Il évoque aussi une vaccination à 28 SA pour augmenter le temps disponible avant l’accouchement et optimiser le transfert des anticorps maternels.[3]

Cette proposition à 28 SA n’est pas la recommandation française. La HAS maintient Abrysvo entre 32 et 36 SA.[7][8] En pratique, la controverse ne justifie donc pas d’anticiper l’injection hors de cette fenêtre tant que les recommandations n’ont pas changé.

Pour les anticorps, le 14 septembre reste cohérent avec les saisons précoces

Santé publique France ne retient pas la mi-septembre au hasard. Pour l’Hexagone, l’agence situe la période à risque entre les semaines 38 de 2026 et 09 de 2027. Elle prévoit une augmentation possible de la circulation du VRS vers la semaine 41 et un début d’épidémie autour de la semaine 47. Elle recommande donc de proposer vaccination maternelle ou immunisation passive dès la semaine 38, soit à la mi-septembre.[4]

Pour les anticorps monoclonaux, cette marge couvre les saisons récentes les plus précoces : les épidémies 2021-2022 et 2022-2023 avaient débuté en semaine 40, celle de 2023-2024 en semaine 42.[4] Un démarrage en semaine 38 laisse ainsi une avance avant la circulation épidémique observée lors de ces saisons.

La difficulté apparaît lorsque la même date est appliquée à la vaccination maternelle. La méthodologie de Santé publique France précise que cette stratégie doit protéger les nourrissons dont la naissance est attendue au plus tôt à la cinquième semaine de la période à risque. Pour l’immunisation passive, l’objectif est au contraire de protéger dès le début de cette période les nourrissons de moins de deux mois.[4]

L’agence retient donc un calendrier commun tout en assignant aux deux stratégies des temporalités différentes. Le 14 septembre constitue une date défendable pour disposer des anticorps avant une saison précoce. Pour une femme déjà proche du terme à cette date, le temps disponible pour produire puis transférer des anticorps au fœtus est, lui, réduit.

La chronologie de la décision a aussi nourri la discussion. Le DGS-Urgent a été diffusé le 10 août, le CNP a rendu son désaccord public le 2 septembre et la note détaillée de Santé publique France a été mise en ligne le 4 septembre.[1][2][4] Cette publication tardive ne signifie pas que la DGS aurait décidé sans expertise : Santé publique France avait été saisie le 28 mai et indique avoir analysé la demande dès le 5 juin.[4] Elle montre en revanche que l’argumentaire détaillé n’était pas encore public lorsque les professionnels ont commencé à contester le calendrier.

Nirsévimab versus vaccination maternelle : deux cohortes françaises à lire avec prudence

Une première cohorte française publiée en 2026 dans The Lancet Child & Adolescent Health a comparé des nourrissons nés en métropole entre septembre 2024 et février 2025 après nirsévimab à la naissance ou vaccination maternelle RSVpreF entre 28 et 36 semaines de gestation. Sur 164 140 enfants inclus, 42 098 de chaque groupe ont été appariés.[5]

Au cours des six mois de suivi, une hospitalisation pour infection respiratoire basse liée au VRS a concerné 350 nourrissons sous nirsévimab, soit 0,83 %, contre 403 après vaccination maternelle, soit 0,96 %. La différence absolue brute était de 0,13 point de pourcentage. Après ajustement, le rapport de cotes était de 0,78 en faveur du nirsévimab (IC95 % 0,70-0,86).[5]

Le délai entre vaccination et accouchement éclaire directement la controverse. Le nirsévimab restait associé à moins d’hospitalisations lorsque la vaccination maternelle avait eu lieu entre deux et moins de huit semaines avant la naissance. Lorsque l’intervalle atteignait au moins huit semaines, aucune différence statistiquement significative n’était retrouvée entre les deux stratégies (OR 1,01 ; IC95 % 0,77-1,32).[5]

Ce résultat ne démontre pas leur équivalence. L’étude est observationnelle, l’analyse du délai était secondaire et exploratoire, et la cohorte inclut des vaccinations réalisées dès 28 semaines de gestation, donc hors de la fenêtre française actuelle. L’appariement ne porte en outre que sur une partie de la cohorte initiale.[5]

Une seconde cohorte nationale, publiée dans JAMA par EPI-PHARE, se rapproche davantage de la stratégie française. Elle a retenu les vaccinations maternelles réalisées entre 32 et 36 semaines de gestation et exclu les enfants nés moins de 14 jours après l’injection. Après appariement, 21 280 nourrissons figuraient dans chaque groupe.[6]

Sur un suivi médian de 84 jours, 212 nourrissons du groupe nirsévimab ont été hospitalisés pour une infection respiratoire basse liée au VRS, contre 269 après vaccination maternelle, soit environ 1,0 % contre 1,3 %. Le nirsévimab était associé à un risque d’hospitalisation inférieur après ajustement (HR 0,74 ; IC95 % 0,61-0,88), ainsi qu’à moins de recours aux soins intensifs, à la ventilation et à l’oxygénothérapie.[6]

Cette étude reste observationnelle. La HAS a intégré les deux cohortes dans sa réévaluation de juillet 2026 et retient un avantage relatif du nirsévimab, tout en soulignant que les écarts absolus d’hospitalisation restent faibles : 0,13 point de pourcentage dans l’étude Valtuille et environ 0,3 point dans l’étude EPI-PHARE.[7] Elle a maintenu Abrysvo dans la stratégie de prévention entre 32 et 36 SA.[7]

Ces données d’efficacité complètent, sans s’y substituer, le suivi du rapport bénéfice-risque de Beyfortus réalisé depuis son déploiement à grande échelle.

Abrysvo reste à 32-36 SA : le conseil doit intégrer le délai avant l’accouchement

La recommandation nationale considère toujours vaccination maternelle et immunisation passive comme deux stratégies alternatives. Abrysvo doit être administré entre 32 et 36 SA. Lorsque la vaccination n’a pas été réalisée ou qu’elle n’est probablement pas efficace — notamment en cas de prématurité ou lorsque moins de 14 jours séparent l’injection de l’accouchement — la HAS préconise une immunisation du nourrisson par anticorps monoclonal.[8]

Entre ce seuil de 14 jours et les huit semaines explorées dans la cohorte Valtuille, les données ouvrent une discussion clinique sans créer de nouvelle règle. Elles peuvent éclairer l’information donnée aux parents, mais ne justifient ni de présenter le nirsévimab comme systématiquement supérieur, ni d’avancer Abrysvo avant 32 SA.

L’arrivée d’Enflonsia ne change pas la nature de cette comparaison : les deux cohortes françaises opposent le nirsévimab à la vaccination maternelle, pas le clesrovimab. Cela ne signifie pas qu’Enflonsia serait dépourvu de preuves d’efficacité. La HAS le considère comme une option de première intention, au même titre que Beyfortus chez les nourrissons non éligibles au palivizumab, sur la base notamment de l’essai CLEVER.[9]

Le débat du 14 septembre révèle ainsi un problème plus précis qu’un désaccord général sur la prévention du VRS. Santé publique France a construit un calendrier unique alors que sa propre méthode distingue le moment auquel chacune des deux stratégies doit protéger l’enfant. Pour l’anticorps administré au nourrisson, l’ouverture mi-septembre ménage une avance sur les saisons précoces. Pour la vaccination maternelle, elle peut laisser peu de temps aux femmes déjà proches du terme.

Pour les médecins, sages-femmes, pharmaciens et équipes de maternité, la conséquence est pratique : présenter deux stratégies alternatives ne revient pas à les présenter comme interchangeables quel que soit le terme. Tant que les recommandations ne changent pas, Abrysvo reste limité à 32-36 SA ; le délai jusqu’à l’accouchement doit néanmoins faire partie de l’information donnée aux futurs parents.

Références

  1. Ministère chargé de la Santé, DGS-Urgent n°2026-10 : campagne VRS 2026, 10 août 2026.
  2. Conseil national professionnel de pédiatrie, communiqué republié par La Veille Acteurs de Santé, Campagne de prévention des infections à VRS du nourrisson en 2026-2027 : choisir à la fois un démarrage le 14 septembre et une même date pour vaccin et anticorps monoclonaux crée une fenêtre de vulnérabilité, 2 septembre 2026.
  3. InfoVac-France, Q&R immunisation VRS des nourrissons, 1er septembre 2026.
  4. Santé publique France, Date de début de la prochaine campagne d’immunisation des nouveau-nés contre la bronchiolite à VRS pour la saison 2026-2027, 4 septembre 2026.
  5. Valtuille Z. et al., The Lancet Child & Adolescent Health, Effectiveness of nirsevimab immunisation after birth versus RSVpreF maternal vaccination in preventing RSV-related hospitalisations in infants: a population-based retrospective cohort study, publication en ligne le 7 mai 2026, vol. 10, n° 7, juillet 2026.
  6. Jabagi M.-J. et al., JAMA, Nirsevimab vs RSVpreF Vaccine for Respiratory Syncytial Virus-Related Hospitalization in Newborns, vol. 335, n° 9, 3 mars 2026.
  7. Haute Autorité de santé, ABRYSVO — Réévaluation chez les nourrissons protégés par vaccination maternelle, avis du 15 juillet 2026, mis en ligne le 20 juillet 2026.
  8. Haute Autorité de santé, Recommandation vaccinale contre les infections à VRS chez les femmes enceintes, validée le 6 juin 2024.
  9. Haute Autorité de santé, ENFLONSIA (clesrovimab) — Virus respiratoire syncytial chez le nouveau-né et le nourrisson, avis du 24 juin 2026, mis en ligne le 20 juillet 2026.

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