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Après un diagnostic de cancer, l’activité physique corrélée à une mortalité plus faible

Après un diagnostic de cancer, l’activité physique corrélée à une mortalité plus faible Publiée le 17 février 2026 dans JAMA Network Open, une analyse harmonisée de six grandes cohortes américaines met en évidence une association entre l’activité physique de loisir, mesurée après un diagnostic de cancer, et une mortalité par cancer plus faible dans sept localisations tumorales encore relativement peu documentées (vessie, endomètre, rein, poumon, cavité orale, ovaire, rectum). Pour certaines d’entre elles, le signal apparaît dès des volumes modestes d’activité ; pour d’autres, il se dessine surtout à des niveaux plus élevés. Les auteurs insistent toutefois sur les limites inhérentes à un travail observationnel.

À retenir (lecture rapide)

• Analyse de 6 cohortes : 17 141 survivants, activité mesurée en moyenne 2,8 ans après diagnostic, suivi moyen 10,9 ans.[1]

• Faibles volumes de MVPA déjà associés à une mortalité par cancer réduite (vessie HR 0,67 ; endomètre HR 0,62 ; poumon HR 0,56).[1]

• Pour la cavité orale et le rectum, le signal se renforce surtout au-delà des recommandations usuelles.[1]

• Atteindre les recommandations après le diagnostic est associé à un risque plus bas pour poumon (HR 0,58) et rectum (HR 0,51).[1]

• Lecture prudente : étude observationnelle, activité auto-déclarée, facteurs de confusion résiduels possibles.[1]

Une étude conçue pour élargir le champ au-delà sein–prostate–côlon

Le travail coordonné par Rees-Punia et ses collègues s’inscrit dans le National Cancer Institute Cohort Consortium et agrège des données issues de six cohortes de référence : CPS-II Nutrition Cohort, HPFS, NIH-AARP, NHS, NHSII et WHS.[1] L’objectif est explicite : documenter, chez des survivants de cancers moins fréquemment traités dans la littérature sur l’exercice et la survie, l’association entre activité physique et mortalité spécifique.

Au total, 17 141 survivants (âge moyen 67 ans ; 60% de femmes) ont été inclus. L’activité physique post-diagnostic a été recueillie en moyenne 2,8 ans après l’annonce, puis mise en relation avec les événements de mortalité, sur un suivi moyen de 10,9 ans. Les analyses ont été conduites entre juin 2023 et mars 2024.[1]

Pour comparer les niveaux d’activité, les auteurs utilisent la mesure en MET-heures par semaine (MET-h/sem) et se concentrent sur l’activité modérée à vigoureuse, dite MVPA (pour moderate to vigorous physical activity).[1] Les catégories de MVPA sont systématiquement comparées à l’absence d’activité (0 MET-h/sem).

Des profils d’association hétérogènes selon la localisation tumorale

Vessie, endomètre, poumon : un signal dès les premiers paliers

Dans trois localisations, une MVPA faible mais non nulle (>0 à <7>

• Vessie : HR 0,67 (IC 95% 0,50-0,91).[1]

• Endomètre : HR 0,62 (IC 95% 0,45-0,87).[1]

• Poumon : HR 0,56 (IC 95% 0,43-0,75).[1]

Ce point pèse dans la traduction clinique : l’association ne se limite pas, au moins statistiquement, à l’atteinte d’un volume d’exercice correspondant aux recommandations.

Ovaire : un gradient plus convaincant aux volumes élevés

Pour l’ovaire, l’estimation la plus nette est observée à haut niveau de MVPA : la catégorie ≥30 MET-h/sem est associée à HR 0,35 (IC 95% 0,17-0,74) versus 0.[1] Les catégories intermédiaires restent moins précises, rappelant que la relation « dose–réponse » n’est pas uniforme d’un cancer à l’autre.

Cavité orale et rectum : une hypothèse d’effet à dose plus élevée

Pour la cavité orale et le rectum, les estimations favorables émergent surtout au-delà des recommandations usuelles :

• Cavité orale : HR 0,39 (IC 95% 0,15-0,99) pour 22,5 à [1]

• Rectum : HR 0,57 (IC 95% 0,33-0,97) pour 15 à <22>[1]

Le commentaire associé, signé par Cao et publié le même jour, plaide pour des stratégies plus individualisées, la survivance se déployant sur des trajectoires très différentes selon la tumeur, les traitements et l’état fonctionnel.[2]

Rein : des estimations favorables mais encore trop imprécises

Chez les survivants d’un cancer du rein, les point estimates sont globalement [1] Cette imprécision rappelle que, pour certaines localisations moins fréquentes, la puissance statistique demeure une contrainte structurante.

Le message le plus transposable : « devenir actif » après le diagnostic

L’étude ne s’arrête pas à une photographie post-diagnostic. Elle examine aussi l’évolution avant/après en comparant des groupes définis par l’atteinte (ou non) des recommandations d’activité.

Comparés à ceux qui ne respectent pas les recommandations ni avant ni après, les survivants qui les atteignent après le diagnostic présentent une mortalité par cancer plus faible :

• Poumon : HR 0,58 (IC 95% 0,47-0,71).[1]

• Rectum : HR 0,51 (IC 95% 0,32-0,83).[1]

Les auteurs rappellent les repères usuels : 150 à 300 minutes d’activité aérobie d’intensité modérée par semaine, ou 75 à 150 minutes d’intensité vigoureuse, soit environ 7,5 à 15 MET-h/sem.[1] Dans la consultation, ce résultat soutient un discours moins déterministe : un historique de sédentarité n’interdit pas, à lui seul, une trajectoire plus favorable.

De l’association à la causalité : apports et angles morts

Une population très majoritairement blanche, donc une généralisabilité à discuter

Les cohortes incluses sont américaines et la diversité déclarée en « race and ethnicity » est limitée : selon les strates d’activité post-diagnostic, la proportion de participants classés « non-Latino White » varie de 94% à 97% (les « all other » représentant 3% à 6%).[1] Cette distribution réduit la transposabilité à des populations plus diverses et à des systèmes de soins dont les déterminants sociaux, les expositions et l’accès aux parcours de support diffèrent.

Confusion résiduelle et activité auto-déclarée : deux biais difficiles à neutraliser

Le cœur de la démonstration repose sur une association. Même ajustées, ces analyses restent exposées à des facteurs de confusion résiduels : état général, sévérité, comorbidités, tabagisme, accès aux soins ou capacité fonctionnelle peuvent influencer à la fois l’activité et le pronostic.[1] Par ailleurs, la MVPA est auto-déclarée, avec un risque de surestimation chez les patients les plus motivés et, à l’inverse, de sous-déclaration chez les plus fragiles ; ce biais de mesure peut déplacer les estimations, sans direction unique et prévisible.[1]

Des données issues de cohortes anciennes face à des trajectoires thérapeutiques modernisées

Les cohortes sous-jacentes s’échelonnent de 1976 à 1997 pour leur mise en place. Le commentaire souligne que les traitements et la survivance ont changé, ce qui appelle des cohortes contemporaines et une mesure plus fine de l’activité (capteurs, biomarqueurs numériques) pour réduire les incertitudes de mesure et mieux intégrer la réalité des parcours actuels.[2]

L’apport d’un essai randomisé dans un autre cancer

Pour rappeler l’écart entre association et causalité, Cao cite l’essai de phase 3 CHALLENGE (cancer du côlon) : un programme d’exercice structuré sur trois ans, initié après chimiothérapie adjuvante, est associé à une amélioration de la survie sans maladie (HR 0,72 ; IC 95% 0,55-0,94) et à des résultats cohérents avec une meilleure survie globale (HR 0,63 ; IC 95% 0,43-0,94).[2] Cette démonstration causale concerne un autre périmètre, mais elle éclaire le type de preuves encore attendues pour les sept localisations analysées ici.

Traduction clinique : repères, précautions, et organisation du parcours

Bénéfices au quotidien : fatigue, capacité fonctionnelle, qualité de vie

En pratique, l’activité physique n’est pas réductible à un effet potentiel sur la mortalité. Le référentiel AFSOS (version validée 05/2024) synthétise des bénéfices observés « dès le diagnostic et tout au long du parcours », et avance une diminution « d’environ 30% » du niveau de fatigue chez les patients qui pratiquent une activité physique, comparativement à une pratique insuffisante, avec un effet dose–réponse qui tend à plafonner au-delà d’un volume d’endurance aérobie >150 min/sem.[3]

Précautions : repérer les situations à risque avant de monter l’intensité

Le même référentiel souligne l’intérêt d’une évaluation clinique préalable, afin de cadrer les précautions et les contre-indications. Parmi les contre-indications à une activité au moins modérée figurent, par exemple, une anémie sévère (hémoglobine ≤8 g/dL) ou une thrombopénie (plaquettes [3]

L’INCa rappelle, dans une approche grand public, que l’activité physique adaptée, prescrite par le médecin traitant, s’inscrit dans les soins oncologiques de support, avec des effets attendus sur la tolérance des traitements, la fatigue, l’état psychique et les capacités physiques.[4]

Du conseil à l’orientation : l’arsenal existe, encore faut-il l’outiller

L’American Cancer Society recommande d’initier l’évaluation et le conseil en activité physique « as soon as possible after a cancer diagnosis », en intégrant type de cancer, traitements, symptômes et comorbidités.[5] Reste un défi très concret : basculer d’un message général vers un parcours structuré.

Dans cette optique, plusieurs ressources peuvent servir de leviers :

• Un programme de 24 séances d’activité physique adaptée, déployé dans le cadre de « Prescri’Pass », illustre les résultats attendus et les modalités d’accompagnement : quels résultats attendre des 24 séances du Prescri’Pass.[6]

• Pour les cliniciens qui souhaitent structurer la prescription et le suivi, des modules de formation existent : des parcours de formation en ligne pour prescrire des activités physiques adaptées.[7]

• Enfin, la question de l’adhésion dans la durée renvoie aussi au contenu des programmes : à volume comparable, varier les types d’activité est associée à une mortalité plus faible dans des cohortes de référence, un argument utile pour personnaliser les recommandations : la variété des activités physiques associée à une meilleure longévité.[8]

Transparence sur le financement et les liens d’intérêts

L’article indique que l’harmonisation des données et l’analyse ont été financées par l’American Cancer Society, sans rôle du financeur dans la conception, l’analyse, l’interprétation ni la décision de soumission.[1] Côté déclarations, plusieurs auteurs rapportent des financements NIH pendant l’étude ; un auteur mentionne des financements NCI pendant l’étude et, hors travail soumis, des liens avec AstraZeneca ainsi qu’un intérêt en capital dans Convergent Therapeutics ; un autre déclare des honoraires d’Elsevier en dehors du travail soumis.[1]

Références

1. JAMA Network Open — Rees-Punia E, Teras LR, Newton CC, et al. Leisure-Time Physical Activity and Cancer Mortality Among Cancer Survivors — 17 février 2026. https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2845149

2. JAMA Network Open — Cao C. Promoting an Active Lifestyle Across the Cancer Spectrum — 17 février 2026. https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2845152

3. AFSOS — Activité physique et cancer (PDF, version validée 05/2024) — 2024. https://www.afsos.org/wp-content/uploads/2024/10/AP_cancer_AFSOS-.pdf

4. Institut national du cancer (INCa) — Pratiquer une activité physique — 1er novembre 2024. https://www.cancer.fr/personnes-malades/vivre-avec-un-cancer/prendre-soin-de-soi/qualite-de-vie/activites-physiques

5. American Cancer Society — American Cancer Society Nutrition and Physical Activity Guideline for Cancer Survivors — dernière révision : 22 octobre 2025. https://www.cancer.org/cancer/supportive-care/nutrition-activity-with-cancer/acs-nutrition-and-physical-activity-guideline-for-survivors.html

6. Caducee.net — Activité physique adaptée : quels résultats attendre des 24 séances du Prescri’Pass — 12 octobre 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16665/activite-physique-adaptee-quels-resultats-attendre-des-24-seances-du-prescri-pass.html

7. Caducee.net — Des parcours de formation en ligne pour prescrire des activités physiques adaptées — 10 octobre 2022. https://www.caducee.net/actualite-medicale/15891/des-parcours-de-formation-en-ligne-pour-prescrire-des-activites-physiques-adaptees.html

8. Caducee.net — Bouger autrement : la variété des activités physiques associée à une meilleure longévité — 22 janvier 2026. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16767/bouger-autrement-la-variete-des-activites-physiques-associee-a-une-meilleure-longevite.html

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