Sommeil, activité, alimentation : comment la combinaison des micro-changements pourrait rallonger la vie

Sommeil, activité, alimentation : comment la combinaison des micro-changements pourrait rallonger la vie Une étude publiée le 13 janvier 2026 dans eClinicalMedicine (groupe The Lancet) modélise les gains d’espérance de vie (lifeSPAN) et d’années vécues sans maladie (healthSPAN) associés à des améliorations concomitantes du sommeil, de l’activité physique et de l’alimentation.

Une cohorte britannique et une modélisation en années de vie

Les auteurs ont analysé 59 078 participants de la sous-étude « accélérométrie » de l’UK Biobank, recrutés entre 2006 et 2010 (âge médian : 64,0 ans ; 45,4 % d’hommes). Entre 2013 et 2015, les participants ont porté un accéléromètre au poignet pendant sept jours, permettant d’estimer le sommeil (heures/jour) et l’activité physique modérée à vigoureuse (MVPA, moderate-to-vigorous physical activity, minutes/jour) à l’aide d’algorithmes validés.[1]

L’alimentation, elle, est approchée par un Diet Quality Score (DQS, 0–100) construit à partir d’un questionnaire de fréquence alimentaire rempli au recrutement (2006–2010) et intégrant dix groupes (légumes, fruits, poisson, produits laitiers, céréales complètes, huiles végétales, céréales raffinées, viandes rouges non transformées, viandes transformées, boissons sucrées). Un point méthodologique pèse sur l’interprétation : le questionnaire alimentaire précède en médiane de 5,5 ans les mesures par accéléromètre, ce qui introduit un décalage temporel potentiel entre expositions.[1]

Deux indicateurs sont ensuite estimés par tables de mortalité :

lifeSPAN : l’espérance de vie (years of lifespan gained) ;

healthSPAN : l’espérance de vie sans cinq grandes maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, cancers, diabète de type 2, bronchopneumopathie chronique obstructive, démence).[1]

Sur un suivi médian de 8,1 ans, 2 458 décès sont survenus, ainsi que 9 996 événements cardiovasculaires, 7 681 cancers, 2 971 diabètes de type 2, 1 540 bronchopneumopathies chroniques obstructives et 508 événements de démence.[1]

Près d’une décennie associée au profil le plus favorable

En comparant les combinaisons de tertiles des trois comportements, le profil le plus favorable — sommeil 7,2–8,0 h/j, MVPA >42 min/j, DQS 57,5–72,5 — est associé, dans le modèle, à 9,35 années supplémentaires de lifeSPAN (IC95 % : 6,67–11,63) et 9,45 années supplémentaires de healthSPAN (IC95 % : 5,45–13,61), relativement à la combinaison la moins favorable (plus bas tertiles).[1]

Les auteurs soulignent que la MVPA semble constituer le contributeur principal des gains estimés : les améliorations de lifeSPAN et de healthSPAN deviennent « nettes » dès l’entrée dans la catégorie de MVPA modérée (>22 min/j), même lorsque le sommeil et le DQS ne sont pas au plus haut.[1]

Le « 1 an » : une marche d’entrée modélisée, avec un effet d’addition plus lisible qu’un conseil isolé

Le chiffre « un an de plus » provient d’analyses dose–réponse à partir d’un point de référence fixé au 5e percentile des expositions. Dans ce cadre, 5 min/j de sommeil, 1,9 min/j de MVPA et 5 points de DQS (par exemple ½ portion de légumes/j ou 1,5 portion de céréales complètes/j en équivalent de score) sont associés à ≈1 an de lifeSPAN supplémentaire (≈1,00 ; IC95 % : 0,69–1,15).[1]

Pour la healthSPAN, la barre théorique rapportée pour ≈4 années supplémentaires sans maladie repose sur un paquet plus conséquent : 24 min/j de sommeil, 3,7 min/j de MVPA et 23 points de DQS, décrits par les auteurs comme l’équivalent d’une tasse de légumes/j, une portion de céréales complètes/j et deux portions de poisson par semaine (4,05 ; IC95 % : 0,50–8,61).[1]

D’un point de vue clinique, l’intérêt du travail tient moins à la promesse d’un « compteur » individuel qu’à une idée de stratégie : la somme de petits leviers, abordés ensemble, est associée à des gains estimés plus facilement atteignables que de « grosses » modifications sur un seul comportement. Les experts sollicités par le Science Media Centre appellent toutefois à ne pas transformer ces résultats en slogan prescriptif, compte tenu du caractère observationnel et des hypothèses inhérentes à la modélisation.[3]

Synergie : un signal modeste sur la mortalité, plus incertain sur la healthSPAN

Les auteurs ont exploré l’interaction entre les trois comportements via plusieurs indices (RERI, AP, S). Ils rapportent une interaction positive modeste pour la mortalité toutes causes (RERI = 0,06 ; IC95 % : 0,005–0,13 ; AP = 11,7 ; IC95 % : 1–40 ; S = 0,89 ; IC95 % : 0,84–0,97), compatible avec une association « plus que simplement additive » lorsque les comportements sont améliorés ensemble. En revanche, ils n’observent pas d’argument statistique solide en faveur d’une synergie pour la healthSPAN (RERI = 0,009 ; IC95 % : −0,001–0,02 ; AP = 1,0 ; IC95 % : −0,1–3,6 ; S = 0,95 ; IC95 % : 0,93–1,02).[1]

Ce contraste — synergie plus nette sur la mortalité que sur la vie sans maladie — rejoint une limite discutée par les auteurs : certaines maladies peuvent être présentes plusieurs années avant d’être formellement diagnostiquées, ce qui peut conduire à surestimer, dans les bases médico-administratives, le temps réellement « sans maladie ».[1]

Traduction en consultation : micro-objectifs, puis montée en charge

Pour les professionnels de santé, ce travail se lit comme une proposition de « paquet » d’objectifs modestes, plus réaliste qu’une injonction mono-comportementale. Trois repères peuvent structurer l’échange :

Sommeil : viser une durée proche du tertile favorable (7,2–8,0 h/j), en travaillant les obstacles concrets (douleur, anxiété, travail posté, écrans), comme l’illustre l’enquête sur l’impact des modes de vie des Français sur le sommeil.[1,8]

Activité : rechercher des briques de MVPA au quotidien, en gardant en toile de fond les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à l’échelle hebdomadaire (150–300 minutes d’activité d’intensité modérée, ou équivalent).[5]

Alimentation : privilégier une amélioration globale du DQS (plus de végétaux, céréales complètes, poisson ; moins de boissons sucrées et viandes transformées) plutôt que la focalisation sur un seul aliment, en écho à des signaux épidémiologiques récents en prévention cardiovasculaire.

Dans cette logique de progression, démarrer petit, stabiliser, puis augmenter graduellement revient à articuler l’ambition sanitaire avec la réalité de l’adhésion : c’est précisément l’argument mis en avant par les auteurs, qui parlent de « changements modestes et concomitants » potentiellement plus soutenables au long cours.[1] Cette structuration en objectifs gradués s’inscrit aussi dans une nouvelle approche de la prévention santé.

Les limites de l’étude 

 

1) Étude observationnelle : l’association ne démontre pas la causalité, et l’influence de facteurs de confusion (niveau socioéconomique, comorbidités, santé mentale, environnement) reste possible malgré les ajustements et analyses de sensibilité rapportés.[1,3]

2) Mesures hétérogènes : sommeil et activité sont objectivés sur sept jours, tandis que l’alimentation est auto-déclarée et mesurée plusieurs années auparavant, ce qui peut atténuer l’association réelle de la nutrition (biais de dilution) et compliquer les comparaisons entre comportements.[1]

3) Extrapolations en années : les intervalles de confiance, notamment pour les gains de healthSPAN, rappellent l’incertitude autour de certaines projections et la prudence nécessaire dans la transposition individuelle.[1]

À noter également : la déclaration d’intérêts mentionne qu’Emmanuel Stamatakis est consultant rémunéré et actionnaire de Complement 1, une entreprise proposant des produits et services liés à la promotion de l’activité physique et d’autres comportements de mode de vie.[1]

Références

1. The Lancet (eClinicalMedicine) — Minimum combined sleep, physical activity, and nutrition variations associated with lifeSPAN and healthSPAN improvements: a population cohort study — 13 janvier 2026. https://www.thelancet.com/journals/eclinm/article/PIIS2589-5370(25)00676-5/fulltext

2. University of Sydney — Improving sleep, diet and increasing physical activity can increase lifespan — 14 janvier 2026. https://www.sydney.edu.au/news-opinion/news/2026/01/14/improving-sleep--diet-and-increasing-physical-activity-can-incre.html

3. Science Media Centre — Expert reaction to small improvements in sleep, physical activity, and diet are linked with a longer life — 13 janvier 2026. https://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to-small-improvements-in-sleep-physical-activity-and-diet-are-linked-with-a-longer-life/

4. EurekAlert! (The Lancet press release) — THE LANCET eCLINICALMEDICINE: Two studies on reductions in mortality from small changes lifestyle changes — 13 janvier 2026. https://www.eurekalert.org/news-releases/1112291

5. Organisation mondiale de la santé (OMS) — Guidelines on physical activity and sedentary behaviour — 25 novembre 2020. https://www.who.int/publications/i/item/9789240015128

6. Caducee.net — Dispositif « Mon Bilan Cardio » : une nouvelle approche de la prévention santé — 28 septembre 2022. https://www.caducee.net/actualite-medicale/15878/dispositif-mon-bilan-cardio-une-nouvelle-approche-de-la-prevention-sante.html

7. Caducee.net — Prévention cardiovasculaire : les polyphénols confirment leur intérêt dans une cohorte de 3 110 adultes — 2 décembre 2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16703/prevention-cardiovasculaire-les-polyphenols-confirment-leur-interet-dans-une-cohorte-de-3-110-adultes.html

8. Caducee.net — 19e Journée du Sommeil : enquête sur l'impact des modes de vie des Français sur leur sommeil — 22 mars 2019. https://www.caducee.net/actualite-medicale/14318/19e-journee-du-sommeil-enquete-sur-l-impact-des-modes-de-vie-des-francais-sur-leur-sommeil.html

Descripteur MESH : Sommeil , Vie , Maladie , Physique , Céréales , Santé , Mortalité , Travail , Expositions , Boissons , Science , Objectifs , Démence , Mars , Poignet , Causalité , Organisation mondiale de la santé , Population , Légumes , Logique , Produits laitiers , Confusion , Douleur , Maladies cardiovasculaires , Diabète , Environnement , Temps , Huiles végétales , Diabète de type 2 , Conseil , Signaux , Association , Santé mentale , Confiance , Caractère , Polyphénols , Anxiété , Comportement , Intervalles de confiance , Huiles , Accélérométrie

Recherche scientifique: Les +