PSYGEN, un test pharmacogénétique pour mieux tolérer les antidépresseurs : premiers signaux chez des militaires
À retenir (lecture rapide)
- PSYGEN a reçu le Prix 2025 de la Fondation des « Gueules Cassées » ; l’annonce a été faite en janvier 2026.[1]
- L’essai randomisé inclut 97 militaires dans trois hôpitaux, avec une évaluation principale à 8 semaines (échelle FIBSER).[2]
- En analyses intermédiaires, la tolérance à 8 semaines apparaît meilleure avec prescription pharmacoguidée : 80 % vs 33 % (p = 0,0099).[2]
- Un signal exploratoire d’efficacité est rapporté chez l’épisode dépressif : ≈45 % vs ≈20 % d’amélioration à 8 semaines.[2]
- Les résultats finaux intégrant l’ensemble des objectifs sont annoncés pour mars 2026.[2]
Un prix pour une psychiatrie plus personnalisée
La Fondation des « Gueules Cassées » a attribué son Prix 2025 au médecin principal Emeric Saguin et à l’équipe du HNIA Bégin pour PSYGEN ; l’initiative a également été relayée par le Ministère des Armées, qui met en avant l’ambition d’une prescription plus ciblée en santé mentale.[3] À l’aune de cette reconnaissance, le projet se présente moins comme une promesse technologique que comme une tentative d’outillage clinique : intégrer un signal biologique — la variabilité génétique de certains enzymes — pour mieux anticiper une part des échecs thérapeutiques et des intolérances.
Un essai pragmatique, une appropriation revendiquée sur le terrain
Le dossier de presse décrit un essai contrôlé randomisé (simple aveugle) conduit au sein de trois hôpitaux d’instruction des armées — Bégin, Percy et Clermont-Tonnerre — auprès de 97 militaires.[2] Le critère principal se concentre sur la tolérance à 8 semaines, mesurée par l’échelle FIBSER (Frequency, Intensity and Burden of Side Effects Rating).[2] Sur le plan organisationnel, PSYGEN vise une restitution utilisable au moment où la stratégie thérapeutique se décide, avec un objectif de délai « moins de 8 jours » entre prélèvement et transmission de l’aide à la prescription au clinicien.[2]
« Les psychiatres des 3 hôpitaux militaires impliqués se sont appropriés les outils développés au cours de PSYGEN. L’intégration de données génétiques dans une discipline fondamentalement clinique et relationnelle marque un véritable changement de paradigme : non pas une substitution au jugement clinique, mais un enrichissement de celui-ci, au service d’une prise en charge plus ajustée aux patients. » — Médecin principal Emeric Saguin, psychiatre à l’HNIA Bégin et porteur du projet.[2]
Résultats intermédiaires : un signal sur la tolérance, une efficacité encore exploratoire
À 8 semaines, les analyses intermédiaires rapportées indiquent que 80 % des patients du groupe pharmacoguidé présentaient « un retentissement faible ou modéré des effets indésirables », contre 33 % dans le groupe standard (p = 0,0099).[2] Un objectif secondaire, présenté comme exploratoire, suggère par ailleurs, chez les patients traités pour un épisode dépressif, une réduction moyenne des symptômes d’environ 45 % dans le groupe pharmacoguidé, contre environ 20 % dans le groupe standard à 8 semaines.[2] Les auteurs encadrent ce signal : l’évaluation de l’efficacité s’appuie sur « un effectif restreint » et une analyse exploratoire, avec des conclusions attendues à l’issue du suivi complet, annoncé pour mars 2026.[2]
« La pharmacogénétique permet d’introduire des données objectives et reproductibles dans la prescription des psychotropes, contribuant à en sécuriser l’usage. Le projet PSYGEN montre qu’une telle approche peut être intégrée de manière rigoureuse et opérationnelle dans les conditions réelles de la pratique clinique. L’existence d’un laboratoire intégré à l’hôpital garantit la qualité analytique, la standardisation des procédures et des délais compatibles avec la pratique clinique. » — Pharmacien en chef Hervé Delacour, chef du service de biochimie de l’HNIA Bégin.[2]
Au-delà de la récompense, PSYGEN pose une question de méthode : comment transformer des recommandations pharmacogénétiques (type CYP2D6/CYP2C19) en un outil réellement actionnable au moment de prescrire, sans dénaturer une discipline où l’évaluation clinique et la relation thérapeutique restent centrales ?.[2]
Le signal intermédiaire le plus robuste concerne la tolérance à 8 semaines, ce qui n’est pas anodin dans une classe médicamenteuse où l’arrêt précoce compromet souvent la trajectoire de soins ; l’efficacité, présentée comme exploratoire, devra être jugée sur les analyses finales annoncées en 2026 et sur des critères cliniquement pertinents (réponse, rémission, persistance du traitement, rechutes).[2]
Si la confirmation est au rendez-vous, la discussion se déplacera vers des conditions de généralisation : standardisation du rendu, traçabilité et qualité analytique, délais compatibles avec la pratique, formation des prescripteurs, articulation avec les référentiels internationaux et clarification de la place de ces résultats dans la décision médicale — non comme une injonction algorithmique, mais comme un paramètre supplémentaire dans une balance bénéfice-risque individualisée.[2]
Références
1. Fondation des « Gueules Cassées ». Prix de la Fondation des « Gueules Cassées » 2025 – Trouver la bonne molécule du premier coup : PSYGEN explore une nouvelle voie pour mieux traiter les blessures psychiques des militaires (communiqué de presse). 22 janvier 2026.
2. Fondation des « Gueules Cassées » / HNIA Bégin. Dossier de presse – Une nouvelle approche au service de la santé mentale des militaires (PSYGEN). Janvier 2026.
3. Ministère des Armées (defense.gouv.fr). Prix décerné au projet PsyGen : traitement 100 % personnalisé pour soigner les troubles psychiques du militaire. 23 janvier 2026.
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