CAN-3110 dans le glioblastome récidivant : un signal précoce de survie étayé par une cartographie spatiale de l’immunité intratumorale
À retenir (lecture rapide)
• CAN-3110 est un HSV-1 oncolytique injecté une seule fois dans la tumeur, évalué en phase I chez 41 patients avec glioblastome récidivant.[4]
• La médiane de survie globale est de 11,6 mois (IC95% 7,8–14,9), sans toxicité limitant la dose ; deux crises comitiales graves sont rapportées.[4]
• Les patients séropositifs HSV1 affichent une médiane de survie à 14,2 mois versus 7,8 mois chez les HSV1− (p=0,007).[4]
• Cell décrit une infiltration profonde et durable de lymphocytes T et une cytotoxicité persistante au contact des cellules tumorales.[3]
• Le développement clinique se poursuit, avec un schéma à injections répétées et une publication Science Translational Medicine (octobre 2025) fondée sur 97 biopsies sériées.[5]
Phase I : un signal de survie, une tolérance à confirmer à plus grande échelle
Le glioblastome récidivant demeure l’une des impasses thérapeutiques les plus constantes de la neuro-oncologie : après la prise en charge initiale (chirurgie, radiothérapie, témozolomide), la rechute est fréquente et les options sont limitées. Dans les essais où la lomustine sert de bras contrôle, la survie globale se situe typiquement dans une fourchette de 6 à 9 mois à partir de la randomisation, ce qui sert de repère — imparfait — pour juger les signaux observés en phase précoce.[6]
Dans ce contexte, l’essai de phase I publié en 2023 dans Nature a évalué CAN-3110 — un virus herpétique oncolytique injecté directement dans la tumeur — chez 41 patients atteints de glioblastome récidivant.[4] L’objectif principal restait la tolérance : les investigateurs rapportent l’absence de toxicité limitant la dose et mentionnent deux événements indésirables graves sous forme de crises comitiales nécessitant hospitalisation/intervention.[4]
Sur le plan de l’efficacité, les auteurs décrivent une médiane de survie globale de 11,6 mois (IC95% 7,8–14,9) et une médiane de survie sans progression de 1,9 mois (IC95% 1,8–2,0).[4] Ces chiffres, dans un essai non randomisé, ne suffisent pas à conclure :
Ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.
Ils ont néanmoins ouvert la voie à une interrogation plus ambitieuse : CAN-3110 parvient-il réellement à remodeler une tumeur réputée « froide » sur le plan immunitaire ?[3]
Un HSV-1 modifié pour franchir l’obstacle immunitaire du glioblastome
Les immunothérapies ont, jusqu’ici, peiné à infléchir le pronostic du glioblastome : microenvironnement immunosuppresseur, infiltration limitée de cellules effectrices, barrière hémato-encéphalique et hétérogénéité intratumorale concourent à maintenir ces tumeurs dans un état souvent qualifié de « froid ».[7]
Le rationnel d’un virus oncolytique injecté in situ est double. D’une part, il peut provoquer une lyse tumorale et libérer des antigènes susceptibles d’alimenter la présentation antigénique. D’autre part, il agit comme un adjuvant local, capable de remodeler un microenvironnement hostile en niche inflammatoire plus permissive à une réponse T. Le communiqué institutionnel de Dana-Farber résume l’enjeu :
« recruter des cellules immunitaires pour pénétrer et persister profondément dans les tumeurs cérébrales ».[2]
Cartographie spatiale : la preuve d’une immunité active au contact de la tumeur
La publication de Cell (11 février 2026) apporte l’argument le plus distinctif du programme : elle documente, dans des échantillons tumoraux et sanguins, une réponse T persistante après une seule administration intratumorale de CAN-3110/rQNestin34.5v.2.[3] Les auteurs décrivent une expansion de clones T préexistants et des marqueurs de cytotoxicité, suggérant que l’injection ne produit pas seulement une inflammation transitoire, mais un programme immunitaire durable.[3]
Le point méthodologique saillant tient à la démonstration spatiale : l’étude relie la présence de lymphocytes T cytotoxiques, au contact des cellules tumorales, à des signatures de mort cellulaire, à des temps tardifs après le traitement. La logique est robuste : au-delà d’un simple infiltrat, c’est la preuve in situ d’une cytotoxicité persistante dans un tissu où l’immunité est, d’ordinaire, tenue à distance.[3]
Sérologie HSV1 : un biomarqueur plausible, mais encore fragile
Le résultat le plus discuté du papier Nature reste la stratification par sérologie HSV1 : les patients HSV1 présentent une médiane de survie globale à 14,2 mois, contre 7,8 mois chez les HSV1− (p=0,007).[4] Les auteurs interprètent ce signal comme l’effet possible d’une immunité préexistante vis-à-vis d’HSV-1, susceptible de faciliter l’amorçage local et l’amplification de la réponse anti-tumorale après injection.[4]
Pour la pratique, l’hypothèse ouvre deux pistes, sans préjuger de leur validation : une stratification en essai de phase II et, plus largement, une réflexion sur le statut immunitaire vis-à-vis d’agents viraux courants comme variable thérapeutique potentielle — un angle encore peu exploré en oncologie solide.[4]
Développement clinique : injections répétées, pseudo-progression et long survivants à documenter
L’article Cell éclaire le mécanisme du schéma « injection unique », mais le programme clinique ne s’y limite plus. Le 8 octobre 2025, Science Translational Medicine a rapporté une approche fondée sur des biopsies sériées : 97 carottes tumorales prélevées sur quatre mois chez les deux premiers patients traités par administrations répétées dans une cohorte dédiée (NCT03152318).[5][8] L’étude met en avant une discordance entre certains signaux biologiques/histologiques de réponse et l’imagerie standard, un point qui résonne avec une difficulté bien connue des neuro-oncologues : distinguer progression vraie et phénomènes inflammatoires induits par traitement.[5]
Sur le plan institutionnel et réglementaire, CAN-3110 a reçu de la FDA une Fast Track Designation (13 février 2024) et une Orphan Drug Designation (30 mai 2024) pour le traitement des gliomes de haut grade récidivants, des décisions qui témoignent d’un intérêt réglementaire pour le développement du candidat, sans présumer de son efficacité finale.[9][10]
Conséquences pratiques : entre promesse clinique et contraintes de preuve
L’attrait du concept tient à sa simplicité opératoire — une procédure unique — et à la singularité du signal biologique : faire pénétrer durablement des lymphocytes T cytotoxiques dans une tumeur réputée hermétique.[2][3] Pour autant, l’évaluation clinique doit rester cadrée.
Les limites à garder en tête
L’absence de bras contrôle impose de comparer à des cohortes historiques, avec un risque de biais de sélection et de variations de prise en charge selon les centres et les périodes.[4] S’y ajoute l’hétérogénéité des récidives : volume tumoral, délais depuis les traitements antérieurs, recours aux corticoïdes, et état général peuvent infléchir fortement la trajectoire.
Sur la tolérance, l’absence de toxicité limitant la dose constitue un signal rassurant. Les crises comitiales graves rapportées rappellent toutefois qu’une inflammation intracrânienne, même recherchée, peut se payer en événements neurologiques et devra être caractérisée plus finement sur des effectifs plus larges.[4]
Une perspective de combinaisons, dans un champ où les virus oncolytiques n’ont pas encore gagné en phase III
Plusieurs virus oncolytiques ont déjà suscité des signaux de long survivants dans le glioblastome récidivant, sans déboucher, à ce jour, sur un succès de phase III. L’exemple de DNX-2401 associé au pembrolizumab en phase 1/2 illustre l’intérêt de combiner virothérapie et immunothérapie, tout en rappelant la nécessité d’une démonstration comparative robuste.[11]
Dans ce paysage, CAN-3110 se distingue moins par l’existence d’un signal clinique — classique en phase précoce — que par le lien étroit entre observations mécanistiques et critères cliniques, rendu visible par des approches spatiales et longitudinales. C’est précisément cette articulation « mécanisme–survie » qui, si elle se confirme, pourrait faire la différence.
De la preuve mécanistique à la preuve thérapeutique
L’actualité de février 2026 met en scène un basculement instructif : un essai de phase I qui, au-delà de la sécurité, fournit une lecture biologique suffisamment robuste pour guider l’étape suivante.[2][3] Dans le glioblastome, où les échecs successifs ont souvent tenu à l’écart entre promesse immunologique et réalité clinique, cette cohérence constitue l’argument le plus solide.
Reste l’étape incontournable : démontrer, sur des effectifs plus larges et avec une comparaison rigoureuse, que l’infiltration T observée se traduit en bénéfice net pour les patients, au-delà des signaux et des sous-groupes. C’est à ce prix que l’on saura si l’HSV oncolytique en injection unique marque un tournant — ou une piste supplémentaire dans une maladie qui, depuis des décennies, oblige la recherche à avancer par essais successifs.
Références
[1] EurekAlert! (Mass General Brigham), « Virus-based therapy boosts anti-cancer immune responses to brain cancer », 11 février 2026. https://www.eurekalert.org/news-releases/1116087
[2] Dana-Farber Cancer Institute, « Virus-Based Therapy Boosts Anti-Cancer Immune Responses to Brain Cancer », 11 février 2026. https://www.dana-farber.org/newsroom/news-releases/2026/virus-based-therapy-boosts-anti-cancer-immune-responses-to-brain-cancer
[3] Cell, « Persistent T cell activation and cytotoxicity against glioblastoma following single oncolytic virus treatment in a clinical trial », 11 février 2026. https://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(25)01504-1
[4] Nature, « Clinical trial links oncolytic immunoactivation to survival in glioblastoma », 18 octobre 2023 (mise en ligne). https://www.nature.com/articles/s41586-023-06623-2
[5] Science Translational Medicine, « Serial multiomics uncovers anti-glioblastoma responses not evident by routine clinical analyses », 8 octobre 2025. https://www.science.org/doi/10.1126/scitranslmed.adv2881
[6] Weller et al., « How did lomustine become standard of care in recurrent glioblastoma? », 2020. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0305737220300670
[7] The ASCO Post, « Oncolytic Virus Triggers Immune System Against Glioblastoma Cells », 13 février 2026. https://www.ascopost.com/news/february-2026/oncolytic-virus-triggers-immune-system-against-glioblastoma-cells/
[8] ClinicalTrials.gov, « NCT03152318 — A Study of the Treatment of Recurrent Malignant Glioma With rQNestin34.5v.2 », consulté le 15 février 2026. https://clinicaltrials.gov/study/NCT03152318
[9] Candel Therapeutics (communiqué), « CAN-3110 Receives FDA Fast Track Designation for Treatment of Recurrent High-Grade Glioma », 13 février 2024. https://ir.candeltx.com/news-releases/news-release-details/can-3110-receives-fda-fast-track-designation-treatment-recurrent
[10] Candel Therapeutics (communiqué), « FDA Grants Orphan Drug Designation for CAN-3110 for the Treatment of Recurrent High-Grade Glioma », 30 mai 2024. https://ir.candeltx.com/news-releases/news-release-details/fda-grants-orphan-drug-designation-can-3110-treatment-recurrent
[11] « Oncolytic DNX-2401 virotherapy plus pembrolizumab in recurrent glioblastoma: a phase 1/2 trial », 2023. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10287560/
Descripteur MESH : Survie , Glioblastome , Cellules , Virus , Patients , Tumeurs , Essai clinique de phase I , Essai clinique , Signaux , Lymphocytes T , Lymphocytes , Injections , Virus oncolytiques , Immunité , Lecture , Survivants , Lomustine , Inflammation , Essais , Lymphocytes T cytotoxiques , Bras , Programme clinique , Biais de sélection , Immunité active , Sécurité , Logique , Nature , Papier , Sérologie , Recherche , Science , Mort cellulaire , Temps , Risque , Radiothérapie , Immunothérapie , Thérapeutique , Pronostic , Antigènes , Maladie , Mort , Peau

