Bouger autrement : la variété des activités physiques associée à une meilleure longévité
Deux cohortes de référence et plus de 38 000 décès analysés
Les chercheurs se sont appuyés sur la Nurses’ Health Study et la Health Professionals Follow-Up Study, deux cohortes longitudinales majeures, avec un recueil répété des habitudes d’activité physique par questionnaires, tous les deux ans, sur plus de trois décennies.[1] L’analyse du volume total d’activité porte sur 111 467 participants ; celle consacrée à la « variété » sur 111 373 personnes (70 725 femmes et 40 648 hommes).[1]
Pendant le suivi, 38 847 décès ont été enregistrés, dont 9 901 d’origine cardiovasculaire, 10 719 par cancer et 3 159 liés à des maladies respiratoires.[1] La dépense énergétique a été exprimée en MET (metabolic equivalent of task), une unité standard qui rapporte l’intensité d’une activité à l’état de repos : 1 MET correspond à la dépense énergétique au repos, et une activité à 4 MET mobilise environ quatre fois cette dépense. Les études additionnent souvent la « dose » d’exercice en MET-heures hebdomadaires (MET × durée en heures), ce qui permet de comparer des combinaisons d’activités différentes sur une même base.[1]
Un signal de plateau autour de 20 MET-heures par semaine
Sans surprise, un volume total d’activité physique plus élevé s’accompagne d’un risque de décès plus faible. L’association n’est toutefois pas linéaire : elle « s’aplatit » au-delà d’environ 20 MET-heures hebdomadaires, ce qui suggère qu’à partir de ce niveau les gains supplémentaires deviennent plus modestes.[1]
Ce profil est cohérent avec des observations déjà décrites en épidémiologie de l’activité physique : le changement le plus favorable intervient souvent au moment où l’on quitte la sédentarité pour entrer dans une pratique régulière, avant que la courbe ne s’infléchisse.[1]
Des différences selon l’activité, et un résultat inattendu pour la natation
Dans cette analyse, la plupart des activités évaluées – à l’exception de la natation – sont associées à une baisse du risque de mortalité toutes causes.[1] Les comparaisons « moins actifs vs plus actifs » diffèrent selon l’activité : la marche est associée à une diminution de 17% ; la montée d’escaliers à 10% ; les sports de raquette (tennis, squash, racquetball) à 15% ; le rameur ou la callisthénie à 14% ; la musculation ou les exercices de résistance à 13% ; la course à 13% ; le jogging à 11% ; le vélo à 4%.[1]
L’absence d’association mesurable pour la natation constitue le point le plus commenté.[1] Dans TIME, l’un des auteurs, Yang Hu (Harvard T.H. Chan School of Public Health), avance une explication plausible : la catégorie « natation » peut recouvrir des pratiques très hétérogènes, d’une nage douce à des longueurs soutenues, ce qui brouille la mesure de l’intensité réelle.[2] Ce type d’imprécision illustre une limite classique des questionnaires : un même libellé peut correspondre à des charges physiologiques très différentes.
“Maintenir le volume total d’activité reste le plus important », insiste Yang Hu. « Mais, en plus de cela, vous pouvez essayer de diversifier les types d’activités que vous pratiquez en testant différentes choses, ce qui pourrait vous apporter un bénéfice supplémentaire..”[2]
La variété d’activités, un bénéfice additionnel à volume égal
L’originalité de l’étude tient à l’examen de la « diversité » des activités. Le nombre maximal d’activités individuelles déclarées atteignait 11 dans la Nurses’ Health Study et 13 dans la Health Professionals Follow-Up Study ; la marche était l’activité de loisirs la plus fréquente dans les deux groupes, tandis que les hommes déclaraient davantage de jogging et de course que les femmes.[1]
Après prise en compte de la quantité totale d’activité, les participants pratiquant la plus grande variété d’activités présentent un risque de décès toutes causes inférieur de 19% par rapport à ceux dont la variété est la plus faible.[1] Les décès par causes spécifiques (cardiovasculaires, cancers, respiratoires, autres) sont également moins fréquents, avec une réduction comprise entre 13% et 41% selon les catégories rapportées.[1][3]
BMJ Group résume la portée du signal observé : “Dans l’ensemble, ces données étayent l’idée qu’une pratique durable, sur le long terme, de plusieurs types d’activité physique pourrait contribuer à prolonger l’espérance de vie..”[1]
Implications pratiques pour les soignants : volume d’abord, puis « varier les plaisirs »
Pour un clinicien, la lecture est en deux temps. D’abord, l’élément structurant demeure le volume : bouger plus, régulièrement, est associé à une mortalité plus faible, avec un plateau autour de 20 MET-heures par semaine.[1] Ensuite, à volume comparable, diversifier les activités semble apporter un surcroît de bénéfice. Autrement dit, une fois la routine installée, l’intérêt est peut-être de « varier les plaisirs » en combinant des registres différents.
Cette interprétation est compatible avec l’idée de mécanismes complémentaires : l’endurance sollicite prioritairement les filières cardio-respiratoires, tandis que le renforcement musculaire contribue au maintien de la masse maigre et à la prévention des chutes, en particulier avec l’avancée en âge.[2] Sur le terrain, cette logique rejoint les parcours d’activité physique adaptée (APA), qui structurent des programmes combinant tolérance à l’effort, équilibre et fonction musculaire chez des publics fragiles ou porteurs de pathologies chroniques. À cet égard, l’initiative « activité physique adaptée via les Maisons Sport-Santé » illustre comment des cycles encadrés peuvent articuler plusieurs modalités, dans un cadre prescrit et suivi.[4]
La diversification a aussi une portée en santé mentale. Des synthèses récentes mettent en avant l’intérêt de différentes modalités (marche, yoga, entraînement musculaire, exercices mixtes) dans la prise en charge de la dépression, ce qui renforce l’idée d’un « menu » d’options adaptables aux préférences et aux capacités des patients.[5] Dans cette perspective, l’exercice physique comme option thérapeutique dans la dépression rappelle que l’adhésion et la personnalisation conditionnent une large part des bénéfices attendus.[5]
Des résultats à interpréter avec prudence
Les auteurs rappellent qu’il s’agit d’une étude observationnelle, qui ne permet pas de conclure à une relation de cause à effet.[1] Plusieurs biais potentiels doivent être gardés à l’esprit. L’activité est auto-déclarée, sans mesure objective, et les scores MET ont été attribués en supposant un engagement « actif », alors que l’intensité n’était pas directement documentée ; une erreur de classification de la dépense énergétique est donc possible.[1]
Par ailleurs, les participants les plus actifs diffèrent aussi sur de nombreux déterminants : ils sont moins souvent fumeurs, présentent moins de facteurs de risque (hypertension, hypercholestérolémie), un IMC (indice de masse corporelle) plus bas et des habitudes de vie globalement plus favorables, malgré les ajustements statistiques.[1] Enfin, les cohortes étant composées majoritairement de participants blancs, la transposabilité à d’autres populations mérite discussion.[1]
Dans ce contexte, la « natation sans signal » ne doit pas être surinterprétée : l’hétérogénéité des pratiques et la difficulté de capter l’intensité réelle peuvent suffire à affaiblir l’association, sans préjuger des bénéfices physiologiques de la natation lorsqu’elle est pratiquée à une intensité adéquate.[2]
Références
1. BMJ Group — Mix of different types of physical activity may be best for longer life — 20/01/2026. https://bmjgroup.com/mix-of-different-types-of-physical-activity-may-be-best-for-longer-life/
2. TIME — Want to Live Longer? Mix Up Your Exercise Routine — 21/01/2026. https://time.com/7353664/exercise-routine-longevity-variety/
3. The Independent — Mixing up your workouts could add years to your life — 21/01/2026. https://www.independent.co.uk/bulletin/news/exercise-benefits-health-longer-life-b2904360.html
4. Caducee.net — Activité physique adaptée : quels résultats attendre des 24 séances du Prescri’Pass ? — 12/10/2025. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16665/activite-physique-adaptee-quels-resultats-attendre-des-24-seances-du-prescri-pass.html
5. Caducee.net — L’activité physique, un traitement à part entière de la dépression ? — 15/02/2024. https://www.caducee.net/actualite-medicale/16303/l-activite-physique-un-traitement-a-part-entiere-de-la-depression.html
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