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Une immunisation passive protège des singes de la contamination par voie vaginale par le virus chimérique SHIV (HIV/SIV)

Des chercheurs américains ont réussi à protéger des macaques d’une infection par un virus chimérique pathogène SHIV (HIV-1/SIV) transmis par voie vaginale en leur administrant un cocktail d'anticorps IgG anti-VIH-1 neutralisants. Cette étude souligne avec force que des vaccins qui induiraient une réponse forte en anticorps neutralisants pourraient constituer une arme efficace contre la transmission du virus du sida par voie sexuelle.

C’est la première fois qu’une étude évalue directement l’effet protecteur, dans le modèle macaque, d’une immunisation passive d’anticorps spécifiques du VIH-1 en cas de transmission vaginale par le virus SHIV, virus simien qui contient des gènes codant pour l’enveloppe du VIH-1.

L’équipe de John Mascola du Walter Reed Army Institute (Rockville, Maryland) a utilisé plusieurs anticorps IgG différents. L’anticorps monoclonal humain 2G12 reconnaît un épitope conformationnel de la protéine d’enveloppe de la gp120. L’anticorps monoclonal humain 2F5 reconnaît un épitope linéaire de la protéine gp41, qui participe à l’entrée du virus dans la cellule. Les chercheurs ont également utilisé une préparation purifiée d’anticorps IgG (HIVIG) provenant d’un pool de plasma de donneurs VIH-1+.

Des immunoglobulines contrôles (IVIG) ont été perfusées par voie intraveineuse à 5 macaques rhesus. Le 2G12 a été administré à 4 animaux. La double association 2G12/2F5 a été administrée à 5 singes. Enfin, 5 macaques ont reçu la triple association HIVIG/2F5/2G12. Au total, 14 signes ont reçu des anticorps anti-VIH-1 neutralisants. L’immunisation passive a eu lieu 24 heures avant l’exposition vaginale au virus SHIV pathogène.

Les singes qui avaient reçu des immunoglobulines contrôles ont présenté une forte charge virale plasmatique et ont eu une forte chute de leurs lymphocytes CD4 après exposition au virus SHIV par voie vaginale.

En revanche, aucune virémie n’a été détectée chez 8 des 14 signes prétraités par anticorps. Aucun virus n’a été détecté dans les co-cultures de cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC), ni par amplification génique PCR dans les cellules de ganglions lymphatiques inguinaux prélevés trois semaines après exposition au virus. De plus, aucun de ces 8 signes n’a développé d’anticorps anti-p27. Ces animaux ont tous des taux normaux de cellules CD4. « Nous considérons par conséquent que ces huit singes sont complètement protégés vis-à-vis d’une infection », déclarent les auteurs.

Les six autres singes traités par anticorps ont été infectés et ont présenté une virémie à SHIV. Pour autant, une chute des lymphocytes CD4 n’a été observée chez aucun d’entre eux, contrairement aux cinq animaux contrôles.

Utilisant ce même modèle macaque-SHIV et ces mêmes anticorps, John Mascola et ses collaborateurs avaient déjà montré qu’une administration IV d’anticorps pouvait protéger d’une injection d’épreuve par voie intraveineuse. Aujourd’hui, ces chercheurs déclarent qu’il apparaît que « la protection conférée contre l’infection et la maladie est plus importante après transmission du virus par voie vaginale ».

En effet, 4 des 5 singes traités par la triple association d’anticorps (HIVIG/2F5/2G12), 2 des 5 animaux ayant reçu l’association 2F5/2G12, et 2 des 4 macaques du groupe 2G12 ont été complètement protégés d’une exposition au virus SHIV par voie vaginale. Après injection d’épreuve par voie intraveineuse, ils n’étaient que 3 sur 6 à être protégés dans le groupe HIVIG/2F5/2G12, 0 sur 3 singes dans le groupe 2F5/2G12 et 0 sur 3 animaux dans le groupe 2G12.

Les auteurs précisent avoir administré de la progestérone aux macaques femelles 30 jours avant la contamination par voie vaginale afin de faciliter l’infection virale et faire en sorte que tous les animaux contrôles soient infectés. La progestérone provoque un amincissement de l’épithélium du vagin et est susceptible d’entraîner un passage plus important des IgG dans les sécrétions vaginales. En l’absence de traitement hormonal, il n’est pas sûr que l’effet protecteur ait été aussi important, note Marjorie Robert-Guroff (NCI, Bethesda, Maryland) dans un éditorial associé.

La revanche des anticorps

Une seconde étude est publiée dans Nature Medicine. Elle aussi montre l’importance des anticorps IgG dans la protection vis-à-vis de la transmission du VIH par voie muqueuse. Elle a été réalisée par l’équipe du Pr Ruth Ruprecht (Dana-Farber Cancer Institute, Boston, Massachussetts).

Ces chercheurs montrent que l’injection par voie intraveineuse de trois anticorps monoclonaux humains neutralisants (2G12, 2F5 et F105, ce dernier reconnaît un épitope du site de liaison de la gp120 au récepteur CD4) protège des macaques nouveau-nés contre une infection muqueuse dans un modèle expérimental mimant la contamination per-partum par le virus du sida.

L’importance de cette étude tient donc au fait qu’elle montre qu’un cocktail d’anticorps neutralisants peut empêcher la transmission verticale du virus. L’intégralité des résultats de cette étude, complétés par de plus récentes données sur la recherche du virus par PCR, avaient été présentés fin octobre dernier en 12e Colloque des Cent Gardes. (lire notre dépêche du 28/10/99)

Il reste cependant qu'on ignore aujourd’hui par quels mécanismes des anticorps IgG assurent une protection muqueuse, rôle habituellement dévolu aux IgA sécrétoires.

Pour Majorie Rubert-Gurof, ces deux études "démontrent que des IgG spécifiques du VIH peuvent jouer un rôle beaucoup plus important qu’on ne le pensait dans la protection par voie muqueuse". L’induction de puissants anticorps IgG neutralisants devrait rester un objectif important dans la mise au point de vaccins prophylactiques anti-VIH, conclut l'éditorialiste.

Source : Nature Medicine, Février 2000, Vol.6, N°2, 200-06, 207-10, 129-30. Dépêche du 28/10/999 consultable à : http://www.caducee.net/breves/admin/edition.asp?id_breve=108&status_update=0

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