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Travailler plus de 55 heures par semaine augmente les risques d’AVC, de cardiopathies, d’infirmité et de décès alertent l’OMS et l’OIT

illustrationL’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation internationale du travail (OIT)ont mis en lumière au sein d’une étude publiée sur ScienceDirect un risque plus élevé de cardiopathie ischémique ( 17 %) et d’accident vasculaire cérébral ( 35 %) chez les personnes travaillant plus de 55 heures par semaine, par rapport aux personnes travaillant entre 35 et 40 heures hebdomadaires. Un tiers du total de la charge de morbidité serait imputable au temps de travail, qui deviendrait de facto le premier facteur de risque de maladie et de décès professionnel.

Une revue exhaustive de littérature

Pour parvenir à ces conclusions, l’OMS et l’OIT ont procédé à deux revues systématiques et méta-analyses des dernières données probantes. Les auteurs ont synthétisé les données issues de 37 études sur les cardiopathies ischémiques portant sur plus de 768 000 participants et de 22 études sur les accidents vasculaires cérébraux portant sur plus de 839 000 participants.

La population travaillant plus de 55 heures a été modélisée à l’aide de données provenant de 2324 enquêtes transversales et de 1742 ensembles de données d’enquêtes trimestrielles recueillies dans 154 pays de 1970 à 2018. Les charges de morbidité attribuables ont été estimées en utilisant les modèles mis au point par l’OMS.

Les cadences de travail infernales tuent

En 2016, 488 millions de personnes (IC à 95 % : [472-503]), soit 8,9 % de la population mondiale, étaient exposées à un travail de de plus 55 heures/semaine). Pour les auteurs, l’exposition à de telles cadences de travail est directement corrélée à la survenue de cardiopathies ischémiques et d’accidents vasculaires cérébraux qui ont provoqué 745 194 décès et la perte de 23,3 millions d’années de vie en bonne santé (DALY/ AVCI). Les fractions attribuables à la population (FAP) pour les décès étaient de 3,7 % (3,4-4,0) pour les cardiopathies ischémiques et de 6,9 % pour les accidents vasculaires cérébraux (6,4-7,5) ; pour les années de vie corrigées de l’incapacité, elles étaient de 5,3 % (4,9-5,6) pour les cardiopathies ischémiques et de 9,3 % (8,7-9,9) pour les accidents vasculaires cérébraux.

L’étude conclut que le fait de travailler 55 heures ou plus par semaine est associé à une hausse estimée de 35 % du risque d’AVC et de 17 % du risque de mourir d’une cardiopathie ischémique par rapport à des horaires de 35 à 40 heures de travail par semaine.

Les résultats obtenus sont par ailleurs en adéquation avec ceux d'une étude observationnelle française qui, en 2019, mettait en lumière un lien entre travail prolongé et AVC et maladies cardio-vasculaires.

Ils sont de nature à inquiéter la moitié des médecins généralistes qui déclarent travailler plus de 53 heures par semaine selon une étude de la DREES de 2019 ainsi que bon nombre d’infirmières libérales qui travaillent 10h par jour en moyenne selon une enquête de l’URPS PACA de 2017.

Le temps de travail, 1er facteur de risques de maladie professionnelle

Selon les auteurs, entre 2000 et 2016, le nombre de décès dus à des cardiopathies liées aux longues heures de travail a augmenté de 42 %, un chiffre qui s’établit à 19 % pour les AVC.

Cette charge de morbidité liée au travail est particulièrement importante chez les hommes (72 % des décès les concernent), chez les personnes vivant dans les régions du Pacifique occidental et de l’Asie du Sud-Est, ainsi que chez les travailleurs d’âge moyen ou plus âgés. La plupart des décès enregistrés concernaient des personnes âgées de 60 à 79 ans, qui avaient travaillé pendant 55 heures ou plus par semaine lorsqu’elles avaient entre 45 et 74 ans.

Environ un tiers du total de la charge de morbidité estimée liée au travail est imputable aux longues heures de travail, ce qui positionne le temps de travail comme le premier facteur de risques de maladie professionnelle.

En outre, le nombre de personnes travaillant plus de 55 heures est en augmentation et représente actuellement 9 % du total de la population mondiale. Cette tendance expose encore plus de personnes à un risque de handicap ou de décès prématuré liés au travail.

Travailler plus de 55 heures représente un grave danger pour la santé

« Aucun emploi ne vaut que l’on prenne le risque d’un accident vasculaire cérébral ou d’une maladie cardiaque. Les gouvernements, les employeurs et les travailleurs doivent collaborer pour convenir de limites permettant de protéger la santé des travailleurs » Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS.

« Travailler 55 heures ou plus par semaine représente un grave danger pour la santé », a ajouté la Dre Maria Neira, Directrice du Département Environnement, changements climatiques et santé à l’Organisation mondiale de la Santé. « Il est temps que tous — gouvernements, employeurs et salariés — nous admettions enfin que de longues heures de travail peuvent entraîner des décès prématurés. »

Charges de morbidité et DALY

L’OMS a élaboré il y a quelques années une méthode d’évaluation de la charge globale de morbidité qui permet de quantifier l’état de santé d’une population et de faciliter la détermination des priorités d’action en santé publique. Pour ce faire, différentes mesures synthétiques de l’état de santé d’une population ont été développées, pouvant être divisées en deux catégories : celles ayant trait à l’espérance de santé et celles concernant les lacunes de santé. Ces mesures donnent des informations sur la différence entre l’état de santé d’une population et la norme établie (OMS 2002a).

La mesure synthétique la plus connue et la plus couramment utilisée est le DALY, Disease Adjusted Life Year ou Année de Vie Corrigée du facteur d’Invalidité (AVCI), qui est une mesure de lacune de santé. L’AVCI est une mesure du déficit de santé qui comptabilise non seulement les années de vie perdues pour cause de décès prématuré, mais aussi les années équivalentes de vie en bonne santé perdues du fait d’une mauvaise santé ou d’une invalidité. Une AVCI peut être vue comme une année en bonne santé perdue, et la charge de morbidité comme une mesure de l’écart existant entre la situation sanitaire actuelle et une situation idéale où tout le monde atteindrait la vieillesse sans maladie ni invalidité (Banque Mondiale 2006).

 

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