Industrie du médicament : la fronde des grands laboratoires ouvre la voie à un nouveau syndicat

Industrie du médicament : la fronde des grands laboratoires ouvre la voie à un nouveau syndicat En quittant le Leem (Les Entreprises du Médicament), plusieurs poids lourds de l’industrie ont, selon leurs propres termes, décidé de jeter un pavé dans la mare. Le 8 janvier 2026, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa ont annoncé la création prochaine d’un nouveau syndicat, actant une rupture avec l’organisation historique de représentation du secteur.[1] Le Leem affirme, de son côté, rester « pleinement mobilisé » auprès de « ses 260 adhérents » et regrette une décision prise dans un moment qu’il juge « stratégique » au regard du contexte international.[2]

Une rupture actée le 8 janvier, au terme d’un bras de fer sur la régulation

La séquence s’est nouée lors d’un conseil d’administration extraordinaire, le jeudi 8 janvier 2026. C’est à l’issue de cette réunion que les sept entreprises ont annoncé leur départ et la création d’une structure concurrente.[4] Dans la presse professionnelle, les industriels expliquent ne plus se retrouver dans l’arbitrage collectif du Leem, qu’ils estiment insuffisamment protecteur face à la régulation des prix et à la fiscalité appliquées au médicament en France.[4]

Cette contestation s’inscrit dans un débat budgétaire ancien mais ravivé. Le Quotidien du Médecin rapporte ainsi qu’en 2024 l’État aurait « ponctionné 9 milliards d’euros via les remises » (sur « 34,5 milliards d’euros de dépenses de médicaments ») et « 1,6 milliard d’euros » au titre de la « clause de sauvegarde », mécanisme de régulation a posteriori lié à l’évolution du chiffre d’affaires du secteur.[4]

La fracture ne se limite pas au seul noyau des sept signataires. La même couverture de presse mentionne une prise de distance de l’Association des moyens laboratoires et industries de santé (AMLIS), qui revendique une représentation davantage tournée vers les PME et les ETI, ainsi que des laboratoires comme Biocodex et UPSA, mettant en avant l’enjeu des « médicaments essentiels du quotidien ».[4]

Un projet de syndicat aligné sur l’innovation et l’empreinte industrielle française

Dans leur communiqué commun daté du 8 janvier 2026, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa annoncent « la création prochaine d’un nouveau syndicat » et revendiquent deux « priorités indissociables » : « l’innovation et la souveraineté sanitaire françaises ».[1] La future organisation entend se concentrer sur « l’accès des patients français aux médicaments innovants et la reconnaissance de l’empreinte de recherche et développement et de production en France ».[1]

Pour étayer leur diagnostic, les entreprises avancent un chiffre destiné à illustrer un décrochage : « 40% des médicaments approuvés ces dernières années en Europe ne sont pas disponibles en France. »[1] Elles relient cette situation à une compétition internationale, citant notamment « les Etats-Unis » et « la Chine », ainsi que « plusieurs pays européens » qui prennent des mesures d’attractivité et d’accès à l’innovation.[1]

Les critères d’adhésion visés donnent aussi une indication sur la ligne poursuivie. Le syndicat annoncé serait « ouvert aux entreprises pharmaceutiques ayant des médicaments innovants, sur prescription médicale ou inclus dans l’acte médical », disposant « en propre et de manière significative d’au moins un site de production industrielle et/ou d’activités en recherche et développement en France », et soutenant « la prise en compte de l’implantation territoriale française dans les politiques publiques ».[1]

Leem : maintien du cap, défense d’une représentation inclusive

Le 8 janvier, le Leem indique « prendre acte de la décision de certains de ses membres de quitter l’organisation » et « regretter ce choix », qu’il juge intervenu à un moment où la filière devrait, au contraire, resserrer les rangs face à des « tensions géopolitiques majeures » et à une « concurrence internationale » plus frontale.[2] L’organisation réaffirme une priorité double : « l’accès des patients à leurs traitements » et « l’attractivité de la France » pour le secteur, en revendiquant une approche tenant compte « de la diversité des modèles économiques » des entreprises.[2]

Le Leem met en avant sa base d’adhérents — « ses 260 adhérents » — tandis que Le Monde décrit une organisation rassemblant « environ 280 entreprises adhérentes », reflet d’un champ industriel particulièrement hétérogène.[2][3]

« Le médicament est devenu un enjeu géopolitique ces derniers mois. »[3]

Une parole patronale en voie de fragmentation, des effets attendus sur l’accès aux traitements

Pour les professionnels de santé, la reconfiguration est d’abord un signal politique : l’industrie du médicament pourrait désormais s’exprimer via plusieurs canaux, potentiellement plus spécialisés. Le nouveau syndicat annoncé revendique une priorité sur l’accès aux innovations, quand le Leem continue de porter une représentation plus large, censée couvrir l’ensemble des segments, de l’innovation aux médicaments plus matures.[1][2]

Dans ce contexte, l’accès au traitement ne se réduit pas à l’innovation. Les tensions d’approvisionnement, les obligations de stocks et les relations avec l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) nourrissent déjà, depuis plusieurs années, un dialogue parfois conflictuel entre industriels et autorités. La séquence des amendes infligées pour le non-respect des stocks de sécurité en est une illustration récente.[7] Elle est détaillée dans les sanctions liées au non-respect des stocks de sécurité.[7]

Enfin, l’arrière-plan budgétaire reste un accélérateur de tensions. Les débats autour du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) structurent une partie des rapports de force entre industriels, assurance maladie et pouvoirs publics, en particulier lorsqu’ils touchent aux franchises, à la maîtrise des dépenses et aux mécanismes de régulation. À titre d’exemple, la séquence PLFSS 2026 : le Gouvernement renonce au doublement des franchises médicales illustre l’intensité des arbitrages récents en matière de financement.[8]

Les inconnues immédiates : nombre de sortants, calendrier et gouvernance

Plusieurs paramètres demeurent, à ce stade, imparfaitement stabilisés. D’abord, le périmètre exact des départs : Le Monde évoque « une quinzaine » de laboratoires, tandis que d’autres sources avancent des ordres de grandeur plus élevés, signe que la recomposition pourrait dépasser le seul cercle des entreprises déjà identifiées.[3][6]

Ensuite, ni le nom de la future organisation, ni ses statuts, ni sa gouvernance n’ont été rendus publics : le communiqué du 8 janvier se borne à annoncer une « création prochaine ».[1] Enfin, la manière dont ce nouvel interlocuteur s’articulera avec le Leem et avec les pouvoirs publics — sur les dossiers d’accès, de prix, de fiscalité et de localisation industrielle — conditionnera, dans les prochaines semaines, l’ampleur réelle de la rupture.

Références

[1] Communiqué de presse (Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa), « Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Servier et Théa annoncent la création prochaine d’un nouveau syndicat professionnel… », 8 janvier 2026 : https://www.groupe-lfb.com/wp-content/uploads/2026/01/cp-creationsyndicat-janvier2026-final-1.pdf

[2] Leem, « Le Leem réaffirme sa mobilisation au service des patients et de l’attractivité de la France pour le secteur », 8 janvier 2026 : https://www.leem.org/presse/le-leem-reaffirme-sa-mobilisation-au-service-des-patients-et-de-l-attractivite-de-la-france

[3] Le Monde, « Vent de sécession au sein du syndicat professionnel des laboratoires pharmaceutiques », 9 janvier 2026 : https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/09/vent-de-secession-au-sein-du-syndicat-professionnel-des-laboratoires-pharmaceutiques_6661116_3234.html

[4] Le Quotidien du Médecin, « Médicament : plusieurs laboratoires claquent la porte du Leem pour créer un nouveau syndicat », 9 janvier 2026 : http://www.lequotidiendumedecin.fr/actu-medicale/medicament/medicament-plusieurs-laboratoires-claquent-la-porte-du-leem-pour-creer-un-nouveau-syndicat

[5] L’Usine Nouvelle, « Divorce dans l’industrie pharma : les plus grands laboratoires français comme Sanofi, Ipsen et Pierre Fabre quittent le Leem… », 9 janvier 2026 : https://www.usinenouvelle.com/sante-pharma/divorce-dans-lindustrie-pharma-les-plus-grands-laboratoires-francais-comme-sanofi-ipsen-et-pierre-fabre-quittent-le-leem-et-vont-creer-leur-propre-syndicat-patronal.GC6J677HGBCGFBKQLUN74RQRDE.html

[6] Achat-logistique.info (Resah), « Médicaments : naissance annoncée d’un nouveau syndicat de laboratoires », 12 janvier 2026 : https://achat-logistique.info/sourcing/medicaments-naissance-annoncee-dun-nouveau-syndicat-de-laboratoires/

[7] Caducee.net, « L’ANSM inflige 8 millions d’euros d’amendes à des laboratoires pharmaceutiques pour non-respect des stocks de sécurité », 27 septembre 2024 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16431/l-ansm-inflige-8-millions-d-euros-d-amendes-a-des-laboratoires-pharmaceutiques-pour-non-respect-des-stocks-de-securite.html

[8] Caducee.net, « PLFSS 2026 : le Gouvernement renonce au doublement des franchises médicales », 7 décembre 2025 : https://www.caducee.net/actualite-medicale/16714/plfss-2026-le-gouvernement-renonce-au-doublement-des-franchises-medicales.html

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