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Prescription des kinésithérapeutes : antalgiques et myorelaxants autorisés, remboursement en attente

Prescription des kinésithérapeutes : antalgiques et myorelaxants autorisés, remboursement en attente Depuis le 17 septembre 2026, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire des antalgiques de palier 1 et des myorelaxants, hors formes injectables. L’arrêté du 14 septembre ouvre aussi la prescription à d’autres médicaments et élargit nettement la liste des dispositifs et produits de santé accessibles à la profession. Mais le droit de prescrire a avancé plus vite que le remboursement : pour ces nouveaux médicaments, le Code de la sécurité sociale ne reconnaît pas encore la prescription du kinésithérapeute comme ouvrant droit à une prise en charge par l’Assurance Maladie.[1][2]

À retenir (lecture rapide)

  • Depuis le 17 septembre, les kinés peuvent prescrire antalgiques de palier 1 et myorelaxants non injectables.
  • La nouvelle liste compte 58 lignes, contre 16 dans l’arrêté de 2006.
  • Les dispositifs relevant de la LPPR peuvent être remboursés ; les nouveaux médicaments suivent une autre règle.
  • Les substituts nicotiniques restent un cas distinct : prescriptibles depuis 2016, ils sont remboursables sous conditions.

Un droit prévu depuis 2021, enfin opérationnel

L’élargissement du droit de prescription ne date pas de septembre 2026. L’article 12 de la loi du 26 avril 2021 visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification, dite loi Rist, avait déjà modifié l’article L. 4321-1 du Code de la santé publique. Les masseurs-kinésithérapeutes n’étaient plus seulement autorisés à prescrire certains « dispositifs médicaux », mais des « produits de santé, dont les substituts nicotiniques » nécessaires à l’exercice de leur profession.[3]

Il manquait la liste réglementaire donnant une portée concrète à cette évolution. L’arrêté du 14 septembre 2026, publié au Journal officiel le 16 septembre et en vigueur depuis le 17 septembre, remplace enfin celui de 2006.[1]

La liste passe de 16 à 58 lignes. Les 47 premières couvrent notamment des aides à la déambulation et au transfert, des orthèses, certains fauteuils roulants, des matériels de rééducation respiratoire, des appareils de neurostimulation électrique transcutanée, des tensiomètres et des saturomètres. À partir de la ligne 48 apparaissent différents produits de soin et médicaments : crèmes et pansements cicatrisants, sérums, crème anesthésiante, substituts nicotiniques, mucolytiques, antiseptiques locaux, myorelaxants et antalgiques de palier 1.[1]

Les onze dernières lignes ne correspondent pas pour autant à onze médicaments : elles mêlent plusieurs catégories de produits de santé. L’arrêté fixe avant tout une liste limitative de ce que le kinésithérapeute peut prescrire dans son champ de compétence.

Antalgiques, myorelaxants, mucolytiques : ce que l’arrêté autorise

Pour les médicaments, l’ouverture porte notamment sur les mucolytiques, les antiseptiques locaux hors produits à composés iodés, les myorelaxants et les antalgiques de palier 1 selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les formes injectables sont exclues pour les deux dernières catégories.[1]

Le texte prévoit aussi des restrictions propres à certains produits. Le sérum salé hypertonique pour nébulisation n’est autorisé que « dans le cadre d’un renouvellement de prescription ». Quant aux substituts nicotiniques, ils ne constituent pas une nouvelle compétence : la loi du 26 janvier 2016 permet déjà aux masseurs-kinésithérapeutes de les prescrire.[1][4]

L’Assurance Maladie confirme que ces substituts peuvent être remboursés lorsqu’ils sont prescrits par un masseur-kinésithérapeute et figurent parmi les spécialités prises en charge. Depuis 2019, la grande majorité est remboursée à 65 %.[5]

Pour les nouvelles catégories, l’arrêté ne dresse aucune liste de molécules ou de spécialités commerciales. Il revient donc au prescripteur de vérifier que le produit choisi entre dans le périmètre autorisé et d’en respecter les règles d’utilisation : indication, contre-indications, interactions, posologie, durée de traitement et éventuelles conditions particulières de prescription ou de délivrance.

Deux garde-fous valent pour l’ensemble de la liste. La prescription doit rester « dans le cadre de l’exercice de [la] compétence » du kinésithérapeute et elle s’exerce « sauf indication contraire du médecin ». Les produits et matériels utilisés pendant la séance sont par ailleurs exclus de la prescription au patient.[1]

L’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes rappelle d’ailleurs que cette extension « ne crée pas un nouveau champ d’exercice ». Les produits prescrits doivent rester liés aux compétences du professionnel et à la prise en charge du patient.[6]

Remboursement : dispositifs et médicaments ne suivent pas les mêmes règles

C’est le point le plus concret pour les cabinets et leurs patients. Une même ordonnance de kinésithérapeute peut désormais comporter des produits dont les règles de prise en charge ne reposent pas sur le même texte.

Pour les dispositifs médicaux et autres produits relevant de la liste des produits et prestations remboursables (LPPR), le mécanisme existe déjà. L’article L. 165-1 du Code de la sécurité sociale conditionne notamment leur remboursement à leur inscription sur cette liste et au respect des conditions de prise en charge qui y sont attachées.[7] L’autorisation de prescription ne signifie donc pas que chacun des 58 produits est automatiquement remboursable, mais un dispositif inscrit à la LPPR peut être pris en charge dans ce cadre.

Pour les médicaments nouvellement autorisés, le verrou est différent. Dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2026, toujours applicable au 22 septembre, l’article R. 163-2 énumère les situations dans lesquelles un médicament remboursable peut être pris en charge. Il mentionne notamment la prescription médicale, celle d’un infirmier en pratique avancée, certains renouvellements par le pharmacien, les vaccins prescrits par les professionnels habilités et certains topiques prescrits par les pédicures-podologues. Les masseurs-kinésithérapeutes n’y figurent pas.[2]

Interrogée par VIDAL, la Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR) indique qu’une modification de l’article R. 163-2 est nécessaire pour ajouter la profession aux prescripteurs ouvrant droit au remboursement.[8]

La conséquence est inhabituelle mais claire : le kinésithérapeute peut établir une prescription juridiquement autorisée pour un antalgique de palier 1 ou un myorelaxant entrant dans le champ de l’arrêté, sans que cette prescription permette, à ce stade, le remboursement du médicament par l’Assurance Maladie. À l’inverse, un dispositif inscrit à la LPPR peut être pris en charge s’il satisfait aux conditions prévues pour ce produit.

Les substituts nicotiniques restent à part. Leur droit de prescription remonte à 2016 et l’Assurance Maladie reconnaît explicitement leur remboursement sur ordonnance d’un masseur-kinésithérapeute, sous réserve des spécialités effectivement prises en charge.[4][5]

Au cabinet, une autonomie accrue et une responsabilité directe

Le droit de prescription n’est pas la seule évolution récente du métier. L’accès direct à la kinésithérapie est déjà expérimenté et alimente le débat sur une prise en charge plus précoce. Prescrire un médicament ajoute toutefois une décision thérapeutique qui ne se résume pas à remplir une ordonnance.

Le code de déontologie des kinésithérapeutes pose une règle nette : « chaque masseur-kinésithérapeute est responsable de ses décisions, de ses actes et de ses prescriptions ». Il lui interdit également de prescrire au-delà de ses compétences, de ses connaissances, de son expérience ou des moyens dont il dispose.[9]

L’arrêté du 14 septembre donne donc enfin corps à une évolution législative votée cinq ans plus tôt. Pour les kinésithérapeutes, l’autonomie de prescription progresse réellement. Pour les patients, la réforme reste toutefois inachevée : le droit d’obtenir ces nouveaux médicaments sur ordonnance d’un kiné existe déjà, mais leur remboursement attend encore une mise en cohérence du Code de la sécurité sociale.

Références

  1. Légifrance, Arrêté du 14 septembre 2026 fixant la liste des produits de santé que les masseurs-kinésithérapeutes sont autorisés à prescrire, 14 septembre 2026, publié au JO le 16 septembre 2026.
  2. Légifrance, Article R. 163-2 du Code de la sécurité sociale, version en vigueur depuis le 1er janvier 2026.
  3. Légifrance, Loi n° 2021-502 du 26 avril 2021 visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification, article 12, 26 avril 2021.
  4. Légifrance, Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, article 134, 26 janvier 2016.
  5. Assurance Maladie, Arrêt du tabac : quelle prise en charge pour les substituts nicotiniques ?, consulté en septembre 2026.
  6. Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, Prescription de produits de santé par les kinésithérapeutes : une évolution historique entre en vigueur, 16 septembre 2026.
  7. Légifrance, Article L. 165-1 du Code de la sécurité sociale, version en vigueur en septembre 2026.
  8. VIDAL, Kinésithérapeutes : la liste des prescriptions s’agrandit, 17 septembre 2026.
  9. Légifrance, Code de la santé publique, articles R. 4321-112 et R. 4321-113, version en vigueur en septembre 2026.

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