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Prise de tension à 15 € en pharmacie : l’UFML relance la bataille de la valeur des actes

Prise de tension à 15 € en pharmacie : l’UFML relance la bataille de la valeur des actes La perspective d’une rémunération de 15 euros pour le dépistage tensionnel en pharmacie a déclenché une vive réaction des médecins de l’UFML-S et des infirmiers libéraux. Mais le chiffre, avancé par la FSPF, n’est à ce jour ni négocié ni arrêté. Quant à la consultation médicale à 45 euros évoquée par Jérôme Marty, elle relève d’une démonstration ironique. Derrière cette passe d’armes se pose néanmoins une question beaucoup plus sérieuse : comment comparer la valeur de missions de prévention exercées par plusieurs professions lorsque leur contenu, leur durée et leur mode de tarification diffèrent ?

À retenir (lecture rapide)

• La FSPF évoque 15 euros pour le dépistage tensionnel, mais aucun tarif n’est aujourd’hui négocié ni arrêté.

• L’UFML-S transforme cette hypothèse en consultation médicale à 45 euros, dans une riposte explicitement ironique.

• Le dépistage tensionnel structuré ne se confond pas avec une simple mesure ponctuelle effectuée au comptoir.

• Vaccination, OSyS et bilan prévention montrent que comparer les tarifs suppose d’abord de comparer précisément les missions.

Une nouvelle mission légale, mais toujours sans tarif

Depuis le 27 juillet 2026, le cadre juridique ne prête plus à discussion. La loi n° 2026-668 visant à doter la France d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires autorise explicitement les pharmaciens d’officine à « mesurer la pression artérielle de patients dans une démarche de prévention des risques cardio-neuro-vasculaires ».[1] La même possibilité est ouverte aux masseurs-kinésithérapeutes.

La rémunération de cette mission reste, en revanche, à construire. L’avenant n° 2 à la convention nationale des pharmaciens, signé le 7 avril 2026, avait déjà prévu l’ouverture de travaux conventionnels sur la mesure de la pression artérielle, sous réserve de l’évolution du cadre légal. Cette condition est désormais remplie, mais le montant de la future rémunération ne figure ni dans la loi du 27 juillet ni dans l’avenant n° 2.[2]

C’est dans cette zone encore ouverte que s’est glissé le chiffre de 15 euros.

Les 15 euros de la FSPF ne rémunéreraient pas un simple coup de brassard

Le 5 septembre 2026, Le Moniteur des pharmacies rapporte que la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) juge cohérente une rémunération de 15 euros pour la future mission.[3]

Le propos est alors attribué à Fabrice Camaioni. Une précision institutionnelle s’impose : celui-ci n’est plus vice-président de la fédération à cette date. Depuis le 1er septembre 2026, il exerce la présidence par intérim de la FSPF, après le départ de Philippe Besset.[4]

Surtout, les 15 euros n’ont pas la portée que leur ont parfois donnée les réactions professionnelles. Il ne s’agit pas d’un tarif proposé par la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM), encore moins d’un montant validé. Des précisions publiées après le déclenchement de la polémique indiquent que Fabrice Camaioni distingue le contrôle ponctuel de la pression artérielle d’une véritable démarche de dépistage, susceptible de comprendre plusieurs mesures et un suivi organisé. Il est également rapporté qu’aucune négociation tarifaire sur ces 15 euros n’a encore abouti.[5]

Cette distinction n’a rien d’accessoire. Les protocoles utilisés pour dépister une hypertension artérielle (HTA) montrent eux-mêmes qu’une valeur isolée ne résume pas la démarche. La Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle propose par exemple trois mesures successives lors du dépistage et, lorsque les chiffres restent supérieurs à 140/90 mmHg, une automesure à domicile pendant trois jours avant l’orientation médicale.[6]

La formule « 15 euros pour prendre une tension » est donc efficace sur les réseaux sociaux, mais elle simplifie à l’excès un dispositif dont le cahier des charges conventionnel reste précisément à définir.

Vaccination à 15 euros : janvier 2027 n’est pas la bonne date

Pour défendre son estimation, Fabrice Camaioni s’appuie notamment sur deux précédents tarifaires : la vaccination et l’expérimentation OSyS.

Dans Le Moniteur des pharmacies, il déclare à propos de la vaccination : « Ce même tarif sera pratiqué pour la prescription et la vaccination en officine à partir de janvier 2027. »[3]

Le montant est cohérent avec le mécanisme conventionnel prévu, mais la date ne l’est pas.

L’avenant n° 1 à la convention pharmaceutique fixe la bascule au 1er avril 2027. Jusqu’à cette échéance, l’honoraire de vaccination est notamment fixé à 7,50 euros lorsqu’une prescription préalable existe et à 9,60 euros dans les conditions prévues lorsque le pharmacien prescrit lui-même. À compter du 1er avril 2027, le texte prévoit un honoraire de prescription de 7,50 euros, cumulable, dans les situations concernées, avec l’honoraire de vaccination de 7,50 euros. Le total peut donc bien atteindre 15 euros, mais à partir d’avril et non de janvier.[7]

La nuance est d’autant plus nécessaire que ces 15 euros rémunèrent alors deux composantes — prescription et administration — et non le seul geste d’injection. L’analogie avec la mesure tensionnelle ne devient pertinente qu’à condition de connaître le contenu exact de la future prestation.

OSyS fournit un précédent plus proche, sans être parfaitement comparable

La FSPF invoque également l’expérimentation OSyS. Selon Fabrice Camaioni, 15 euros correspondaient au tarif de la première phase du dispositif, ensuite ramené à 12,50 euros.[3] Egora rapporte le même argument.[8]

La comparaison est plus instructive que celle de l’injection vaccinale, car OSyS rémunère une démarche protocolisée de premier recours et non un geste isolé. Le pharmacien évalue une situation clinique définie, applique un arbre décisionnel et peut orienter le patient vers l’autosoin, un infirmier, un médecin ou les urgences selon les résultats.

Cette extension du champ officinal avait déjà provoqué de fortes tensions avec les autres professions. En septembre 2025, Jérôme Marty contestait ainsi l’élargissement des missions confiées aux pharmaciens dans le cadre d’OSyS, tandis que des infirmiers dénonçaient eux aussi des chevauchements de compétences. Le débat actuel sur la pression artérielle s’inscrit donc dans une ligne de fracture déjà ancienne.

OSyS ne fournit toutefois pas un étalon automatique. Évaluer une plainte clinique selon un protocole, réaliser un dépistage tensionnel et administrer un vaccin sont trois activités différentes. Utiliser leurs tarifs comme points de comparaison peut éclairer une négociation ; les additionner comme s’ils rémunéraient une quantité identique de travail clinique serait beaucoup plus fragile.

L’UFML-S répond par une consultation médicale à 45 euros

C’est pourtant cette logique comparative que l’Union française pour une médecine libre - Syndicat (UFML-S) a volontairement poussée jusqu’à l’absurde.

Dans la publication relayée par son président, le Dr Jérôme Marty, le syndicat feint de découvrir une revalorisation prochaine de la consultation médicale : « Cette augmentation historique de 50 % devrait faire suite à la définition de la valeur du geste de prise tensionnelle qui serait portée à 15 € lorsqu’elle est effectuée par les pharmaciens. »[9]

La démonstration est simple. La consultation de référence d’un médecin généraliste, cotée G, est actuellement fixée à 30 euros en métropole.[10] La mesure de la pression artérielle étant couramment intégrée à l’examen médical, l’UFML-S ajoute symboliquement les 15 euros revendiqués par la FSPF aux 30 euros de la consultation : le résultat donne 45 euros.

Cette provocation trouve aussi un écho dans la recomposition récente des rémunérations prévue par la convention médicale 2024-2029. Mais elle ne correspond à aucune revalorisation annoncée de la consultation de médecine générale.

Egora décrit explicitement le communiqué de l’UFML-S comme sarcastique.[8] Le Quotidien du Médecin rapporte de son côté que Jérôme Marty conteste surtout la méthode de construction du montant : « Ça sort d’où ? Comment est-ce que c’est calculé ? »[11]

Présenter la consultation à 45 euros comme une perspective tarifaire réelle serait donc trompeur. Elle constitue ici un outil rhétorique destiné à contester la hiérarchie implicite des rémunérations.

Le bilan prévention à 30 euros complique la comparaison

La polémique devient plus intéressante encore lorsqu’on élargit le regard aux autres prestations déjà accessibles en officine.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser une opposition trop schématique entre une consultation médicale à 30 euros et une future mesure tensionnelle à 15 euros, les pharmaciens disposent déjà d’une prestation structurée de prévention rémunérée 30 euros en métropole : « Mon bilan prévention », facturé sous le code RDP.[12]

Le dispositif n’apparaît pas à l’automne 2026. Les pharmaciens, comme les médecins, infirmiers et sages-femmes, peuvent réaliser ces entretiens depuis 2024. D’une durée prévue de 30 à 45 minutes, ils sont destinés à plusieurs tranches d’âge et comprennent notamment le repérage des facteurs de risque, la priorisation d’objectifs de prévention et l’élaboration d’un plan personnalisé.[12]

L’arrêté du 28 juillet 2026, qui entrera en vigueur le 1er octobre 2026, ne crée donc pas ce tarif. Il maintient la rémunération à 30 euros en métropole et 31,50 euros dans les départements et régions d’outre-mer, tout en intégrant notamment les masseurs-kinésithérapeutes parmi les professionnels pouvant réaliser ces rendez-vous.[13]

Ce précédent apporte une clé de lecture utile : lorsque plusieurs professions réalisent la même mission conventionnelle, le tarif peut être identique. Le problème n’est donc pas simplement celui d’une profession qui serait rémunérée pour la prévention tandis qu’une autre ne le serait jamais. Il tient davantage à la manière dont le système découpe certaines activités en prestations autonomes, alors que d’autres restent incorporées dans une consultation ou un soin global.

La réaction infirmière remet l’équité tarifaire au centre

Les infirmiers libéraux ont eux aussi vivement réagi aux 15 euros évoqués.

Ghislaine Sicre, présidente de Convergence Infirmière, souligne que ses confrères mesurent quotidiennement la pression artérielle dans le cadre de leurs prises en charge sans disposer d’une cotation autonome de 15 euros pour ce geste. Egora rapporte son incompréhension face à des écarts de plusieurs euros ou dizaines d’euros alors que les dernières discussions infirmières ont porté, entre autres, sur des revalorisations de quelques dizaines de centimes des lettres-clés.[8]

Le contexte conventionnel mérite là encore d’être précisé. L’avenant n° 11 à la convention des infirmiers libéraux prévoit une progression de la valeur des lettres-clés AMI et AMX à 3,35 euros, puis 3,45 euros à compter du 1er novembre 2027.[14] Ces montants sont des valeurs de base multipliées par des coefficients selon les actes ; ils ne correspondent donc pas à la rémunération totale d’un soin.

Les revalorisations et nouvelles cotations introduites par l’avenant 11 montrent néanmoins pourquoi l’irruption d’un chiffre de 15 euros pour une nouvelle mission officinale a pu cristalliser le mécontentement.

La réponse pharmaceutique apporte en retour une nuance essentielle : l’équité tarifaire ne peut être évaluée qu’entre prestations réellement équivalentes. Mesurer une tension au cours d’un soin infirmier, effectuer un contrôle ponctuel au comptoir et conduire un parcours protocolisé de dépistage ne constituent pas nécessairement trois actes superposables.

La vraie question porte sur la valeur du parcours, pas seulement du geste

La polémique des 15 euros met ainsi en lumière les limites des comparaisons tarifaires instantanées.

Une consultation médicale à 30 euros rémunère un ensemble : interrogatoire, examen clinique, raisonnement diagnostique, prescriptions éventuelles, prévention, décisions thérapeutiques et coordination. Une prise en charge infirmière agrège elle aussi plusieurs dimensions cliniques. Quant à la future mission du pharmacien, son prix ne pourra être réellement apprécié qu’une fois connus son protocole, sa durée, ses obligations de traçabilité, les critères d’orientation et le nombre de mesures demandées.

Un simple relevé tensionnel n’a pas la même portée qu’un dépistage organisé. Inversement, baptiser « dépistage » une prestation ne suffira pas à justifier n’importe quel tarif : le contenu réel devra permettre d’en apprécier la valeur.

C’est précisément là que la provocation de l’UFML-S atteint sa cible. Elle ne démontre pas qu’une consultation devrait mathématiquement passer de 30 à 45 euros. Elle souligne en revanche une difficulté bien réelle du système conventionnel français : la valeur financière d’une activité dépend autant de la manière dont elle est découpée et contractualisée que du geste clinique lui-même.

Au 10 septembre 2026, le dossier reste donc ouvert. Les pharmaciens disposent désormais de la compétence légale. La FSPF a placé le chiffre de 15 euros dans le débat. Les médecins et les infirmiers en contestent la cohérence comparative. Mais la CNAM et les syndicats doivent encore déterminer ce qui sera réellement demandé au pharmacien — et, seulement ensuite, combien cette mission vaudra.

Références

[1] LégifranceLoi n° 2026-668 du 27 juillet 2026 visant à doter la France d’une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires, 27 juillet 2026.

[2] Conseil national de l’Ordre des pharmaciensAvenant à la convention nationale organisant les rapports entre les pharmaciens titulaires d’officine et l’Assurance Maladie, 28 mai 2026.

[3] Le Moniteur des pharmaciesPrise de tension en pharmacie : vers une rémunération à 15 euros ?, Sana Guessous, 5 septembre 2026.

[4] Le Pharmacien de FranceTiers payant contre biosimilaire et hybride : c’est parti !, Mélanie Mazière, 4 septembre 2026.

[5] Le Moniteur des pharmaciesDépistage de l’HTA en officine : 15 euros qui font monter la tension avec les infirmières, septembre 2026.

[6] Fondation de recherche sur l’hypertension artérielleDépistage de l’HTA en pharmacie, données consultées le 10 septembre 2026.

[7] LégifranceArrêté du 5 juillet 2024 portant approbation de l’avenant n° 1 à la convention nationale des pharmaciens, 5 juillet 2024.

[8] Egora15 euros pour prendre la tension des patients ? La revendication des pharmaciens fait bondir les médecins de l’UFML, Aveline Marques, 7 septembre 2026.

[9] UFML Communauté / Jérôme MartyVers une augmentation de la consultation chez le médecin à 45 € ?, publication Facebook, septembre 2026.

[10] Assurance maladieTarifs conventionnels des médecins généralistes et spécialistes, 17 mars 2026.

[11] Le Quotidien du MédecinPrise de tension à l’officine à 15 euros : le tarif qui crispe médecins et infirmiers, Loan Tranthimy, 8 septembre 2026.

[12] Assurance maladieMon bilan prévention par les pharmaciens, un temps d’échange dédié à la prévention, 12 février 2026.

[13] LégifranceArrêté du 28 juillet 2026 relatif aux effecteurs, au contenu et aux modalités de tarification des rendez-vous de prévention, 28 juillet 2026.

[14] Assurance maladieLes avenants à la convention nationale des infirmières et infirmiers libéraux — avenant 11, 2026.

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