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Revenus des médecins libéraux : 0,6 % par an entre 2017 et 2021, après 1,9 % entre 2014 et 2017

Revenus des médecins libéraux :  0,6 % par an entre 2017 et 2021, après  1,9 % entre 2014 et 2017 Le revenu d’activité moyen des médecins ayant une activité libérale a progressé de 0,6 % par an en euros constants entre 2017 et 2021, selon une étude de la DREES publiée le 15 septembre 2026. À structure identique par sexe, âge et secteur de conventionnement, la hausse aurait atteint 1,2 % par an. La période précédente, 2014-2017, affichait encore 1,9 % par an : l’effet de structure explique une partie du ralentissement, mais pas à lui seul.[1][2][3]

À retenir (lecture rapide)

  • Entre 2017 et 2021, le revenu moyen progresse de 0,6 % par an, contre 1,2 % à structure inchangée.[1]
  • Entre 2014 et 2017, la hausse observée atteignait 1,9 % par an en euros constants.[2][3]
  • Les 124 000 euros de 2021 correspondent à un revenu d’activité moyen, pas à des honoraires ni au chiffre d’affaires.[2]
  • L’« activité » mesurée par la DREES repose sur les honoraires conventionnels hors dépassements et forfaits, pas sur les heures travaillées.[1]

124 000 euros de revenu moyen ne sont pas 124 000 euros d’honoraires

En 2021, le revenu d’activité annuel moyen atteint 124 000 euros dans l’étude publiée par la DREES en 2024. Il additionne le revenu libéral et, lorsqu’il existe, un revenu salarié. En moyenne, 92 % proviennent de l’activité libérale.[2]

Ce revenu libéral n’est pas le chiffre d’affaires du cabinet. La DREES le reconstitue à partir du revenu tiré des honoraires après déduction des charges, malgré des cadres juridiques d’exercice différents. Une hausse des honoraires ne se retrouve donc pas mécaniquement, euro pour euro, dans le revenu net. Entre les deux interviennent notamment les cotisations, le personnel, les locaux, le matériel et les autres dépenses professionnelles. C’est pourquoi l’évolution des charges professionnelles doit être distinguée de celle des recettes.[2]

Les deux publications DREES utilisées ici n’ont par ailleurs pas exactement le même périmètre. L’ER n° 1322, dont provient la moyenne de 124 000 euros, couvre pour 2021 la France métropolitaine et les DROM. L’ER n° 1383, consacré aux effets de structure, porte sur la France métropolitaine.[1][2]

Surtout, la moyenne masque des écarts considérables. En 2021, le revenu d’activité moyen va de 88 400 euros chez les pédiatres à 417 500 euros chez les radiothérapeutes. Il atteint 98 300 euros chez les omnipraticiens et 153 300 euros pour l’ensemble des autres spécialistes.[1][2]

La DREES ne publie pas de médiane d’ensemble dans l’ER n° 1322. Elle documente en revanche la dispersion : chez les omnipraticiens, le seuil d’entrée dans les 10 % de revenus les plus élevés est au moins 4,3 fois supérieur au seuil des 10 % les moins rémunérés ; ce rapport atteint 5,7 chez les autres spécialistes.[2] Les 124 000 euros décrivent donc une moyenne professionnelle, pas le revenu d’un médecin « type ».

De 1,9 % à 0,6 % par an : un ralentissement qui dépasse le seul effet de structure

Entre 2017 et 2021, le revenu d’activité moyen augmente de 0,6 % par an en euros constants. Les omnipraticiens enregistrent une hausse de 0,7 % par an, tandis que l’ensemble des autres spécialistes recule légèrement, de 0,1 % par an.[1]

La DREES calcule ensuite un scénario contrefactuel : quelle aurait été cette évolution si la répartition des médecins par sexe, classe d’âge et secteur de conventionnement était restée celle de 2017 ? La progression aurait alors atteint 1,2 % par an. L’écart de 0,6 point mesure un effet de composition de la population médicale ; il ne correspond pas à une perte individuelle de 0,6 point pour chaque médecin.[1]

La comparaison avec la période antérieure apporte toutefois une information supplémentaire. Entre 2014 et 2017, le revenu moyen avait progressé de 1,9 % par an en euros constants.[2][3] La hausse observée a donc nettement ralenti entre les deux périodes.

Il serait néanmoins abusif d’attribuer tout l’écart aux changements démographiques. Les 1,9 % de 2014-2017 sont une évolution observée ; les 1,2 % de 2017-2021 correspondent à un scénario à structure constante. Les contextes diffèrent aussi, notamment avec la crise sanitaire en fin de période. La conclusion la plus solide est donc plus limitée : les changements de structure ont freiné la hausse entre 2017 et 2021, sans expliquer à eux seuls le ralentissement par rapport à 2014-2017.[1][2][3]

Féminisation et rajeunissement : la DREES mesure des effets de composition, pas des heures travaillées

Entre 2017 et 2021, la part des femmes parmi les médecins étudiés dans l’ER n° 1383 passe de 37 % à 41 %. En 2021, leur revenu d’activité moyen s’établit à 89 500 euros, contre 148 800 euros pour les hommes. La DREES relie la majeure partie de cet écart à un niveau d’activité moyen différent.[1]

Mais cette « activité » n’est pas une durée de travail. Faute de données administratives sur les heures effectuées, la DREES l’approche par les honoraires sans dépassement ni forfait : le nombre d’actes est multiplié par leur tarif conventionnel. À âge donné, cet indicateur est inférieur de 26 % chez les femmes omnipraticiennes par rapport aux hommes et de 36 % chez les femmes des autres spécialités.[1]

Ces chiffres ne permettent donc ni de calculer un revenu horaire, ni d’expliquer à eux seuls pourquoi les volumes d’activité diffèrent. L’indicateur ne mesure pas le travail non facturé, ne renseigne pas sur le temps consacré à une activité salariée éventuelle et dépend également de la combinaison d’actes réalisés.[1]

Pourquoi les effets sexe, âge et secteur ne s’additionnent pas

Pris séparément, le changement de répartition par sexe réduit de 0,5 point par an la croissance du revenu moyen estimée par la DREES. L’évolution de la structure par âge la réduit de 0,6 point. À l’inverse, la progression du secteur 2 apporte 0,2 point.[1]

Une addition mécanique donnerait donc -0,9 point. Or l’effet conjoint, calculé en repondérant simultanément sexe, âge et secteur, est de -0,6 point. L’écart de 0,3 point illustre le chevauchement entre ces caractéristiques : les jeunes médecins sont plus souvent des femmes, et le secteur de conventionnement varie lui aussi selon l’âge et le sexe.[1]

Les trois valeurs isolées correspondent ainsi à trois contrefactuels différents. Elles ne constituent pas trois pertes indépendantes que l’on pourrait additionner.

Le même mécanisme explique le rôle de l’âge. Entre 2017 et 2021, l’âge moyen passe de 54 à 52 ans et la part des 55 ans ou plus de 56 % à 49 %. Ce rajeunissement modère pourtant la hausse du revenu moyen, car l’activité est généralement plus faible au début de la carrière avant d’augmenter aux âges intermédiaires.[1]

Le secteur 2 progresse, mais pas le revenu de tous les médecins qui y exercent

La part des médecins exerçant en secteur 2 passe de 23 % en 2017 à 26 % en 2021. Chez les spécialistes hors omnipraticiens, elle augmente de 44 % à 51 %. Comme leur revenu moyen est supérieur, cette évolution de la composition soutient mécaniquement la moyenne globale, à hauteur de 0,2 point de croissance annuelle selon la DREES.[1]

Cela ne signifie pas que le revenu des médecins déjà installés en secteur 2 augmente. Entre 2017 et 2021, le revenu moyen des spécialistes hors omnipraticiens de secteur 2 diminue de 1,4 % par an en euros constants, alors que celui du secteur 1 progresse de 0,9 % par an.[2]

Une proportion croissante de médecins en secteur 2 peut donc relever la moyenne d’ensemble tandis que le revenu moyen de ceux qui y exercent baisse. Structure des effectifs, volume d’activité, tarifs, dépassements, charges et revenu net ne se déplacent pas nécessairement dans le même sens.

Temps de travail, activité et revenu : les données ne permettent pas encore de tout relier

Le rapprochement avec les données sur le temps de travail des médecins est tentant. Les indicateurs disponibles depuis 2021 montrent, pour plusieurs catégories de médecins libéraux, moins de jours d’exercice facturé mais parfois davantage d’activité par journée ; une enquête DREES mesure par ailleurs 46,2 heures lors d’une semaine ordinaire chez un champ précis de généralistes en 2025.[4]

On ne peut pourtant pas en déduire une évolution du revenu horaire. L’étude sur les revenus porte sur 2017-2021 et utilise les honoraires hors dépassements et forfaits comme approximation de l’activité. Les travaux sur le temps de travail couvrent d’autres périodes, d’autres populations et d’autres indicateurs.[1][4]

Les sources permettent donc de suivre séparément revenu, activité et temps, mais pas encore ces trois dimensions de façon consolidée pour un même médecin. Une baisse du nombre de jours facturés ne peut pas être convertie en baisse d’heures ; une hausse du revenu moyen ne peut pas davantage être transformée en hausse du revenu horaire.

2021 reste un millésime atypique

La DREES qualifie 2021 de millésime relativement atypique. L’année reste marquée par les indemnités exceptionnelles liées aux pertes d’activité pendant la crise sanitaire et par des possibilités de report de charges utilisées de façon hétérogène.[1][2]

Cette réserve compte puisque 2021 sert de point d’arrivée. Le 0,6 % par an décrit correctement l’évolution moyenne en euros constants sur 2017-2021, mais le dernier millésime n’est pas une année parfaitement ordinaire à partir de laquelle extrapoler la suite.

La convention médicale de 2024 est hors champ de ces données

La publication de septembre 2026 affine donc l’analyse d’une période déjà ancienne ; elle ne décrit pas les revenus actuels des cabinets. La convention médicale 2024-2029 a été conclue le 4 juin 2024 et approuvée par arrêté le 20 juin 2024.[5]

Ses premières revalorisations sont intervenues bien après 2021. La consultation de référence du médecin généraliste est passée de 26,50 à 30 euros le 22 décembre 2024 ; certaines spécialités ont bénéficié de hausses en deux temps, au 22 décembre 2024 puis au 1er juillet 2025.[6]

Les chiffres publiés en 2026 ne permettent donc pas de mesurer l’effet de ces revalorisations sur le revenu réel des cabinets, ni de savoir si elles ont compensé l’évolution des charges, du volume d’activité ou du temps de travail.

Les données 2021-2024 attendues en 2027 ne régleront pas encore toute la question

La DREES annonce pour 2027 l’analyse des revenus sur la période 2021-2024.[1] Ce nouveau millésime réduira le retard statistique, mais il ne donnera pas une année pleine d’observation de la consultation à 30 euros, entrée en vigueur le 22 décembre 2024.[6]

Pour apprécier l’économie réelle d’un cabinet, il faudra continuer à séparer plusieurs étages : activité conventionnelle, dépassements et forfaits, charges professionnelles, revenu libéral net, éventuel revenu salarié et temps travaillé. Une hausse tarifaire peut améliorer les recettes sans se retrouver intégralement dans le revenu net ; une baisse des jours facturés peut coexister avec une activité plus dense ; une hausse de la moyenne peut enfin provenir en partie d’un changement de composition de la profession.

Les données annoncées pour 2027 permettront de rapprocher activité et revenu jusqu’en 2024. Pour mesurer pleinement l’effet des revalorisations appliquées fin 2024, en 2025 puis des nouvelles composantes de rémunération déployées en 2026, des millésimes postérieurs resteront nécessaires.

Références

  1. DREES, Études et Résultats n° 1383 — Les changements de profil des médecins libéraux ont modéré la hausse de leur revenu moyen entre 2017 et 2021, 15 septembre 2026.
  2. DREES, Études et Résultats n° 1322 — Revenu des médecins libéraux : une légère hausse entre 2017 et 2021, avec de fortes disparités selon la spécialité et l’ancienneté dans l’installation, 20 décembre 2024, mise à jour le 23 juillet 2025.
  3. DREES, Études et Résultats n° 1223 — Revenu des médecins libéraux : une hausse de 1,9 % par an en euros constants entre 2014 et 2017, 3 mars 2022.
  4. Caducee.net, Temps de travail des médecins : travaillent-ils vraiment moins ?, 9 septembre 2026.
  5. Légifrance, Arrêté du 20 juin 2024 portant approbation de la convention nationale organisant les rapports entre les médecins libéraux et l’assurance maladie, 20 juin 2024.
  6. Assurance Maladie, Médecins généralistes et spécialistes : ce qui change pour les assurés en 2025, 17 décembre 2024.

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