Simplebo 2026

Prix des carburants : les infirmiers libéraux multiplient les demandes avant les annonces de Bercy

Prix des carburants : les infirmiers libéraux multiplient les demandes avant les annonces de Bercy Le gazole a atteint près de 2,41 euros le litre en moyenne le 20 septembre, un nouveau record selon une analyse de l'AFP fondée sur les données publiques des stations-service.[1] À quelques heures des annonces de Bercy, les infirmiers diplômés d'État libéraux (IDEL) remettent leurs frais de déplacement au premier plan. SNIIL, FNI et Convergence Infirmière partagent le diagnostic mais pas la solution : crédit d'impôt, mécanisme conventionnel automatique ou indemnité portée à 4 euros. Un collectif réclame de son côté 3,50 euros. Le Gouvernement doit présenter de nouvelles mesures ce mardi 22 septembre à 17 heures, en présence de la ministre de la Santé Stéphanie Rist.[2]

À retenir (lecture rapide)

  • L'indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) reste à 2,75 €, l'indemnité kilométrique de plaine à 0,35 €/km.[3]
  • SNIIL, FNI et Convergence proposent des mécanismes différents pour protéger les tournées contre les flambées de carburant.
  • Un collectif d'infirmiers libéraux réclame 3,50 € par déplacement et une indexation automatique sur le carburant.
  • Bercy doit présenter de nouvelles mesures à 17 heures, sans dispositif spécifique aux IDEL détaillé à ce stade.[2]

Carburants et tournées infirmières : l'IFD reste à 2,75 euros

La hausse des prix remet en lumière une tension ancienne sur l'économie des tournées à domicile : une part importante de l'activité infirmière libérale suppose de prendre la route, alors que le professionnel ne fixe ni le tarif de ses actes ni celui de ses indemnités conventionnelles.

En métropole, l'indemnité forfaitaire de déplacement (IFD) et l'indemnité forfaitaire applicable dans le cadre d'un forfait dépendance ou d'une prise en charge infirmière en pratique avancée (IFI) sont toutes deux fixées à 2,75 euros. L'indemnité kilométrique (IK) vaut 0,35 euro par kilomètre en plaine et 0,50 euro en montagne.[3]

Les IK ne suivent pourtant pas tous les kilomètres parcourus. Elles ne sont facturables que si la résidence du patient et le lieu d'exercice sont situés dans des agglomérations différentes et si la distance dépasse 2 km en plaine ou 1 km en montagne. Lorsqu'elles s'appliquent, 2 km sont retranchés à l'aller et 2 km au retour en plaine, contre 1 km dans chaque sens en montagne.[4]

Une autre règle réduit l'écart entre kilomètres roulés et kilomètres indemnisables : le remboursement ne peut dépasser l'indemnité calculée par rapport à l'infirmier conventionné dont le domicile professionnel est le plus proche de la résidence du patient.[4]

Le SNIIL maintient le crédit d'impôt et mise aussi sur l'électrique

Le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL) a relancé le dossier le 21 septembre. En mai, les trois syndicats représentatifs — SNIIL, FNI et Convergence Infirmière — avaient déjà proposé au Gouvernement un crédit d'impôt carburant.[5]

Le SNIIL maintient cette demande et veut l'inscrire dans le projet de loi de finances. Il réclame aussi, à plus long terme, des aides à l'acquisition ou à la location de véhicules électriques et au déploiement de solutions de recharge au cabinet comme au domicile.[5]

Le syndicat demande au Gouvernement de « ne plus différer » et réclame « un soutien immédiat et un plan d'accompagnement financé ».[5] Il prend toutefois soin de distinguer l'urgence actuelle de la transition automobile : le passage à l'électrique ne peut, selon lui, ni être imposé ni régler à lui seul la flambée du carburant.

La FNI veut un stabilisateur automatique pour les déplacements

La Fédération nationale des infirmiers (FNI) privilégie une réponse conventionnelle. Le 17 septembre, elle a proposé d'inscrire dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 un « stabilisateur économique » qui ajusterait la prise en charge des déplacements lorsque le prix des carburants s'envole.[6]

L'objectif est de ne plus attendre une nouvelle négociation tarifaire à chaque crise. La FNI résume sa position ainsi : « le carburant peut s'envoler, la rémunération des soins à domicile ne doit pas s'effondrer avec lui ».[6]

Cette revendication intervient alors que l'avenant 11 revalorise les actes et modifie plusieurs cotations infirmières, mais pas les frais de déplacement. Les lettres-clés AMI et AMX doivent passer de 3,15 à 3,35 euros après le délai légal applicable, puis à 3,45 euros au 1er novembre 2027.[7] Les tarifs actuels de l'IFD, de l'IFI et des IK n'ont pas été relevés par l'avenant.[3][7]

Convergence Infirmière réclame une indemnité à 4 euros

Convergence Infirmière choisit une autre voie : relever directement l'indemnité forfaitaire. Dans son argumentaire de septembre, le syndicat demande 4 euros et propose de commencer par l'IFI, qui concerne notamment les déplacements liés aux forfaits dépendance ou aux prises en charge en pratique avancée, avant d'étendre cette logique à d'autres situations.[8]

Il réclame parallèlement un mécanisme d'indexation et résume le décalage entre calendrier conventionnel et dépenses quotidiennes par une formule : « Une enveloppe pluriannuelle ne paie pas la tournée de ce matin. »[8]

Convergence invoque également le précédent des masseurs-kinésithérapeutes. Les tarifs de l'Assurance Maladie prévoient bien une indemnité forfaitaire de déplacement spécifique (IFS) de 4 euros pour certains actes de kinésithérapie réalisés à domicile. Elle ne concerne pas tous les déplacements et ne se cumule pas avec l'IFD ordinaire du kinésithérapeute, fixée à 2,50 euros.[9]

Le syndicat présente aussi des simulations de soins effectués « à perte ». Elles dépendent de la distance, du véhicule, de sa consommation et du temps retenu pour l'intervention.[8] Elles illustrent une situation économique possible ; elles ne démontrent pas que toutes les visites à domicile sont déficitaires.

Un collectif réclame 3,50 euros et une indexation

À côté des organisations représentatives, le collectif Infirmiers libéraux en colère a diffusé le 19 septembre un communiqué au ton plus frontal.

Il demande de porter l'indemnité de déplacement à 3,50 euros, de l'indexer automatiquement sur le prix du carburant et de réserver un accès prioritaire aux stations-service aux professionnels du domicile lors des tensions d'approvisionnement.[10]

Sa formule est sans détour : « Nous ne demandons pas une aide. Nous demandons qu'on nous rembourse ce que nous avançons pour aller soigner. »[10]

Le collectif réclame aussi l'application immédiate des revalorisations tarifaires prévues par l'avenant 11. Cette demande se heurte toutefois au cadre légal : une mesure conventionnelle revalorisant les tarifs entre en vigueur au plus tôt six mois après l'approbation de l'avenant.[11]

Le mouvement élargit enfin son appel aux aides à domicile, auxiliaires de vie et étudiants infirmiers. Il affirme que certaines tournées pourraient ne plus être assurées si les coûts continuent de progresser. À ce stade, il s'agit d'une alerte : aucune donnée nationale ne permet de mesurer le nombre de soins effectivement refusés pour ce seul motif.

Aide carburant de 100 euros : un soutien ponctuel, sous conditions

Le Gouvernement a déjà mis en place une aide forfaitaire de 100 euros pour les travailleurs dits « grands rouleurs ». Elle peut bénéficier aux salariés comme aux indépendants, notamment lorsque leurs revenus professionnels relèvent des bénéfices non commerciaux.[12]

Les conditions sont cumulatives. Le revenu fiscal de référence 2024 doit notamment être inférieur ou égal à 16 880 euros par part. Le demandeur doit utiliser un véhicule personnel à des fins professionnelles et parcourir plus de 8 000 kilomètres professionnels par an, ou remplir le critère de distance domicile-travail prévu par le dispositif.[12]

Surtout, le versement est ponctuel : l'aide ne peut être accordée qu'une fois pour un même véhicule.[12] Le SNIIL estime que ces critères la rendent « largement inaccessible » aux infirmiers libéraux.[5] Son communiqué ne fournit cependant pas de données permettant d'estimer la proportion d'IDEL effectivement éligibles.

Une aide ponctuelle sous conditions de ressources et une revalorisation conventionnelle ne répondent donc pas au même besoin. La première amortit une partie du choc pour certains professionnels ; la seconde modifierait durablement le financement des déplacements liés aux soins.

À 17 heures, Bercy attendu sur les professionnels du domicile

Le Gouvernement doit présenter ce mardi 22 septembre à 17 heures ses nouveaux « dispositifs d'aide et de soutien face à la hausse des prix des carburants ». La conférence réunira notamment les ministres chargés de l'Économie, de la Santé, des Comptes publics et de l'Énergie.[2]

La note publiée avant la conférence annonce des mesures pour les ménages, les entreprises et les secteurs les plus exposés, sans détailler de dispositif propre aux infirmiers libéraux.[2]

Depuis juin, le Gouvernement décrit sa réponse à la crise des carburants comme un plan « ciblé et évolutif », avec des mesures différenciées selon les publics et les secteurs.[13] En juillet, Bercy évaluait à 1,4 milliard d'euros le coût total des mesures de soutien alors engagées et indiquait que les dépenses supplémentaires devaient être compensées par des économies afin de contenir le déficit.[14] Ce cadre budgétaire ne préjuge pas des arbitrages annoncés à 17 heures.

Pour les infirmiers libéraux, la question est désormais précise : les nouvelles aides répondront-elles au coût professionnel des tournées, ou ce dossier restera-t-il renvoyé aux prochains textes budgétaires et aux discussions conventionnelles ?

La mobilisation, elle, est établie. SNIIL, FNI et Convergence partagent le constat d'une exposition croissante au coût des déplacements, mais défendent des réponses différentes. Les annonces de Bercy permettront de mesurer lesquelles trouvent, ou non, un début de traduction.

Références

  1. RTL avec AFP, « Carburants : le prix du gazole bat un nouveau record à près de 2,41 euros le litre », 20 septembre 2026.
  2. Ministère de l'Économie et des Finances, « Conférence de presse du Gouvernement sur les dispositifs d'aide et de soutien face à la hausse des prix des carburants », 21 septembre 2026.
  3. Assurance Maladie, « Les tarifs applicables en métropole, dans les départements d'outre-mer et à Mayotte », tarifs conventionnels des infirmiers.
  4. Assurance Maladie, « Actes à domicile : vos indemnités spécifiques », 13 décembre 2024.
  5. SNIIL, « Carburants : les infirmières et infirmiers libéraux ne peuvent plus attendre », 21 septembre 2026.
  6. FNI, « Flambées des carburants : comment tenir la route ? », 17 septembre 2026.
  7. Légifrance, « Arrêté du 5 mai 2026 portant approbation de l'avenant n° 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux », Journal officiel du 6 mai 2026.
  8. Convergence Infirmière, « Carburant à 2,39 € : les infirmières et infirmiers libéraux se déplacent désormais à perte », argumentaire « Se déplacer à perte », septembre 2026.
  9. Assurance Maladie, « Prise en charge à domicile : indemnités et forfaits », 13 mai 2026.
  10. Dijon Actualités, « Hausse des carburants : les infirmiers libéraux alertent sur le coût croissant des soins à domicile », 21 septembre 2026, reproduisant le communiqué du collectif Infirmiers libéraux en colère du 19 septembre.
  11. Légifrance, Code de la sécurité sociale, article L. 162-14-1-1, version en vigueur.
  12. Ministère de l'Économie et des Finances, « Carburant : l'aide pour les travailleurs “grands rouleurs” », 3 septembre 2026.
  13. Ministère de l'Économie et des Finances, « Hausse des prix des carburants : le point complet sur les dispositifs de soutien aux professionnels et aux ménages », 3 juin 2026.
  14. Ministère de l'Économie et des Finances, « Maîtrise des finances publiques : 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires », 8 juillet 2026.

Descripteur MESH : Infirmiers , Déplacement , Gouvernement , Santé , Diagnostic , Économie , Soins , Maladie , Infirmières et infirmiers , Face , Sécurité sociale , Colère , Économies , Sécurité , Assurance , Assurance maladie , Syndicats , Rémunération , Revenu , Kinésithérapeutes , Actualités , Auxiliaires de vie , Traduction , Lecture , Logique , Vie , Travail , Étudiants , Mouvement , Temps , Lumière , Négociation , Solutions , Choc

Actualités professionnelles: Les +