Simplebo 2026

Installations de généralistes : un rebond à confirmer, une file active en recul

Installations de généralistes : un rebond à confirmer, une file active en recul Les médecins généralistes libéraux s’installent davantage qu’un an plus tôt, mais l’accès aux soins ne progresse pas au même rythme. Selon l’Observatoire de l’accès aux soins, actualisé par l’Assurance Maladie le 22 octobre 2026 avec des données arrêtées au 30 juin, les primo-installations augmentent de 22,8 % sur douze mois et les installations en zones d’intervention prioritaire (ZIP) de 28,5 %. La part des patients en affection de longue durée (ALD) sans médecin traitant descend à 4,1 %, tandis que la file active moyenne des généralistes recule de 2,5 %. Les comparaisons avec 2025 invitent aussi à s’interroger sur la poursuite du rebond au premier semestre 2026.[1]

À retenir (lecture rapide)

  • Les primo-installations progressent de 22,8 % sur douze mois, mais leur volume paraît proche de celui de l’année 2025.
  • Les installations en ZIP gagnent 28,5 % sur douze mois ; leur évolution au premier semestre 2026 reste incertaine.
  • La part des patients en ALD sans médecin traitant atteint 4,1 %, contre 4,3 % fin 2025.
  • La file active moyenne des généralistes baisse de 2,5 %, un recul potentiellement lié aussi à l’arrivée de nouveaux praticiens.

Primo-installations : la forte reprise de 2025 semble se stabiliser

Sur les douze mois allant de juillet 2025 à juin 2026, la Caisse nationale de l’Assurance Maladie (CNAM) compte 523 primo-installations de médecins généralistes conventionnés de plus que sur les douze mois précédents, soit une hausse de 22,8 %. Le champ exclut les médecins à expertise particulière (MEP). Le pourcentage mesure donc une évolution annuelle glissante, et non une progression de 22,8 % pendant le seul premier semestre 2026.[1]

L’année civile 2025 avait déjà marqué une rupture, avec 2 810 primo-installations contre 2 130 en 2024, soit près de 32 % de hausse. À partir des 523 installations supplémentaires et du taux arrondi de 22,8 %, on peut estimer à environ 2 817 le nombre de primo-installations sur les douze mois clos en juin 2026. Ce total indicatif est presque identique à celui de 2025.[1][2]

Les deux périodes partagent le second semestre 2025. À définitions et données comparables, l’écart entre leurs totaux correspond donc à celui des premiers semestres 2026 et 2025 : il serait de quelques installations seulement. Les arrondis et les révisions éventuelles empêchent d’établir un décompte exact, mais le résultat oriente vers un palier après le rattrapage de 2025, plutôt que vers une nouvelle accélération.

Il reste également à distinguer les primo-installations du solde des médecins en exercice. Les départs à la retraite, cessations d’activité et changements de mode d’exercice déterminent, avec les arrivées, l’évolution réelle de l’offre libérale.

Zones prioritaires : les 891 installations de 2025 nuancent les 28,5 %

Dans les ZIP, la CNAM annonce 182 installations supplémentaires sur douze mois à fin juin 2026, soit 28,5 %. Cet indicateur territorial comprend aussi des déménagements et des reprises d’activité : il n’a pas exactement le même périmètre que les primo-installations nationales.[1][3]

Le rapprochement avec l’année 2025 soulève une question. La CNAM avait compté 891 installations en ZIP entre janvier et décembre 2025. Or une hausse de 182 correspondant à 28,5 % conduit, par calcul, à environ 639 installations entre juillet 2024 et juin 2025 et 821 entre juillet 2025 et juin 2026. Si ces données sont homogènes, le total sur douze mois à fin juin 2026 serait inférieur d’environ 70 installations à celui de l’année civile 2025. Cela signifierait que le premier semestre 2026 a enregistré moins d’installations en ZIP que le premier semestre 2025.[1][2]

Cette lecture contraste avec la formule de la CNAM selon laquelle la hausse « prolonge celle observée en 2025 ».[1] Elle doit toutefois rester une hypothèse de calcul. Le premier bilan de l’Observatoire à mi-2025 s’appuyait sur un total de 579 installations en ZIP sur douze mois, contre environ 639 dans la base implicite des nouveaux chiffres. La méthodologie de Data ameli prévoit une application rétrospective du dernier zonage aux séries historiques. Ce changement de périmètre possible n’a pas pu être isolé ni chiffré dans les résultats consultés.[3][4][5]

La progression de 28,5 % est donc documentée pour la série d’octobre 2026. En revanche, conclure à un recul des installations au premier semestre exigerait les effectifs de 2025 et de 2026 recalculés avec un zonage constant. C’est un point décisif pour apprécier la dynamique des territoires prioritaires, au-delà du taux mis en avant par le communiqué.

Patients en ALD : l’accès au médecin traitant s’améliore lentement

La part des patients en ALD sans médecin traitant déclaré passe de 5,6 % fin 2022 à 4,3 % fin 2025, puis à 4,1 % au 30 juin 2026. Elle recule ainsi de 0,2 point de pourcentage en six mois, alors que le nombre de patients en ALD avait augmenté de 2,6 % en 2025 par rapport à 2024.[1][2]

Ce progrès reste partiel. Le taux dépasse encore de 2,1 points l’objectif conventionnel de 2 %. L’indicateur concerne les personnes d’au moins 17 ans en ALD exonérante ayant consommé au moins un soin de ville. Il ne mesure donc pas l’ensemble des difficultés rencontrées pour trouver un médecin traitant.[3]

L’Assurance Maladie rattache notamment cette amélioration à son plan d’action engagé en 2023 avec les médecins et les autres acteurs concernés. Le résultat ne permet pas d’isoler la contribution des nouvelles installations. La patientèle moyenne « médecin traitant » des généralistes diminue d’ailleurs légèrement, de 0,4 % sur douze mois, pour atteindre 1 048 patients par praticien. Cette moyenne porte sur les déclarations de médecin traitant, et non sur les seules personnes reçues en consultation.[1]

Pourquoi davantage d’installations peuvent coexister avec une file active en baisse

La file active moyenne des généralistes recule de 2,5 % sur douze mois à fin juin 2026, contre 0,3 % chez les spécialistes. Elle avait déjà diminué de 2 % chez les généralistes en 2025. Ces deux périodes se recoupent : elles signalent une baisse persistante, sans permettre d’additionner les pourcentages.[1][2]

La file active correspond au nombre de patients distincts ayant donné lieu à au moins un acte remboursé auprès d’un médecin dans l’année. Les patients vus par un remplaçant sont attribués au praticien remplacé. La moyenne résulte du rapport entre les patients suivis et les médecins comptabilisés ; elle ne représente ni le nombre de consultations ni le temps médical effectivement disponible.[3]

Le rebond des installations peut lui-même contribuer à cette évolution. Lorsqu’un médecin ouvre son cabinet, sa patientèle se constitue progressivement. Si ces nouveaux praticiens entrent dans le calcul avec une file active encore réduite, ils peuvent faire baisser la moyenne, même lorsque davantage de patients sont pris en charge au total. Il s’agit d’un effet de composition possible, pas d’une explication démontrée de la baisse de 2,5 %.

Pour le mesurer, il faudrait connaître la file active totale, celle des nouveaux installés, les effectifs de praticiens retenus et leur temps d’exercice. Le nombre de nouveaux patients acceptés et les délais de rendez-vous permettraient de rapprocher ces données du vécu de l’accès aux soins. La baisse de la moyenne constitue un signal à examiner, plutôt qu’une preuve directe de recul du volume total des prises en charge.

Optam : l’accès financier reste un autre indicateur à surveiller

Au 30 juin 2026, le taux d’adhésion des médecins de secteur 2 à l’option pratique tarifaire maîtrisée (Optam) et à sa déclinaison anesthésie-chirurgie-obstétrique (Optam-ACO) atteint 45,4 %. Il était de 44,5 % fin 2025, contre 52,7 % fin 2024. Le nombre d’adhérents s’élevait à 15 461 fin 2025, soit 1 832 de moins qu’un an auparavant.[1][2]

Les praticiens adhérents s’engagent à maîtriser leurs dépassements et à maintenir une part d’activité à tarif opposable, en contrepartie d’avantages conventionnels. La baisse enregistrée en 2025 intervient toutefois dans le contexte du renouvellement des contrats : des médecins ne remplissant plus les critères d’éligibilité n’ont pas été reconduits. Les effectifs d’adhérents ne suffisent donc pas à quantifier l’évolution du reste à charge supporté par les patients.[1][6]

Régulation des installations : le nombre de médecins ne suffit pas à mesurer l’offre de soins

Le rebond des installations analysé en juin 2026 fragilisait l’idée d’une médecine libérale incapable de se renouveler sans contrainte administrative. La publication d’octobre confirme la reprise sur douze mois, mais invite à en tester la durée et les effets. Elle ne départage pas, à elle seule, les politiques incitatives et les propositions de régulation.[1][7]

Au 27 octobre 2026, la proposition de loi Garot demeure en cours d’examen au Sénat. La discussion commencée le 11 juin a été suspendue avant l’achèvement de la première lecture. En commission, les sénateurs avaient substitué au mécanisme initial d’autorisation une condition d’exercice à temps partiel en zone sous-dotée pour les généralistes souhaitant s’installer en zone surdotée. Cette disposition n’est pas entrée en vigueur.[8]

La CNAM relève également 9 987 contrats d’aide à l’emploi d’assistants médicaux signés à fin juin 2026, contre 9 304 fin 2025, toutes spécialités confondues. La couverture du service d’accès aux soins (SAS) reste stable à 98,5 % de la population. Ces indicateurs renseignent sur le déploiement des dispositifs, tandis que leur contribution aux rendez-vous effectivement disponibles nécessite d’autres mesures.[1]

L’Observatoire fait apparaître une reprise des installations, un meilleur accès au médecin traitant pour les patients en ALD et une file active moyenne en retrait. Pour déterminer si la capacité de soins augmente réellement, ces séries doivent être rapprochées des cessations d’activité, du temps médical disponible et du nombre de patients accueillis, territoire par territoire. Le suivi des installations gagne ainsi à devenir celui de l’offre effective, sans confondre un flux de médecins avec l’accès obtenu par les patients.

Références

  1. Assurance Maladie, « Mise à jour des résultats de l’Observatoire de l’accès aux soins : des évolutions favorables et des actions à poursuivre », 22 octobre 2026 (données arrêtées au 30 juin 2026).
  2. Assurance Maladie, « Observatoire de l’accès aux soins : les résultats 2025 témoignent d’une dynamique positive sur l’ensemble du territoire », 11 juin 2026 (données au 31 décembre 2025).
  3. Assurance Maladie, Data ameli, « Méthode — Observatoire conventionnel de l’accès aux soins », page méthodologique, date de publication non indiquée.
  4. Assurance Maladie, « Déploiement de la convention médicale – Lancement de l’Observatoire de l’accès aux soins en open data », 25 septembre 2025.
  5. Caducee.net, « Installations de généralistes : un bilan contrasté et des outils pour relancer la dynamique », 4 novembre 2025.
  6. Assurance Maladie, « La maîtrise des dépassements d’honoraires : l’Optam et l’Optam-ACO », 17 mars 2026.
  7. Caducee.net, « Installations de médecins généralistes : le rebond qui tombe au pire moment pour les partisans de la régulation », 13 juin 2026.
  8. Sénat, « Proposition de loi visant à lutter contre les déserts médicaux », dossier législatif en cours, consulté le 27 octobre 2026.

Descripteur MESH : Médecins , Médecins généralistes , Soins , Patients , Maladie , Assurance maladie , Assurance , Démographie , Temps , Lecture , Contrats , Personnes , Retraite , Expertise , Obstétrique , Médecine , Accélération , Mars , Population , Anesthésie , Rupture

Actualités professionnelles: Les +