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Les défenses naturelles contre le VIH peuvent être augmentées chez les patients infectés

Chez les individus infectés par le VIH, les réponses immunes dirigées contre le virus peuvent être augmentées en exposant les patients à leur propre virus, en l’occurrence en interrompant leur traitement antirétroviral pendant quelques semaines, révèle une étude présentée au 12e Colloque des ‘Cent Gardes’.

Ces résultats ont fait l’objet d’une communication par le Dr Bruce Walker, directeur du AIDS Research Center au Massachusetts General Hospital (Boston). Ils ont été obtenus après analyse de la réponse en lymphocytes T cytotoxiques (CTL) chez des patients VIH+ au stade d’infection aiguë.

Ils confortent l’idée selon laquelle un bénéfice clinique supplémentaire pourrait être obtenu chez les patients infectés par le VIH en associant à la thérapeutique antirétrovirale puissante et efficace une immunothérapie pour amplifier l’amplitude de la réponse immune cellulaire.

Les lymphocytes T cytotoxiques (CTL) sont des cellules tueuses CD8+ qui ont pour cible les cellules infectées par le VIH exprimant les antigènes du virus. Elles peuvent notamment exercer leur action avant même que ces dernières ne commencent à produire des virions. Outre leur fonction cytotoxique, les CTL inhibent la réplication du VIH via la sécrétion de facteurs solubles non encore identifiés.

Le Dr Walker et ses collaborateurs ont étudié chez des patients au stade d’infection primaire aiguë les réponses CTL au cours du traitement antirétroviral, puis lors de son interruption après un an dans le cadre d’un protocole expérimental.

Les antirétroviraux ont été réintroduits selon les cas après un délai de 2 semaines à plus d’un mois, dès lors que la charge virale dépassait 50.000 copies à un moment donné ou qu’elle se maintenait à plus 5.000 copies pendant trois semaines. Au total, la thérapeutique antirétrovirale a été arrêée à deux reprises chez 2 patients, à trois reprises chez un autre.

Les investigateurs ont étudié des individus VIH+ n’ayant pas encore développé d’anticorps (ELISA négatif, présence d’ARN viral). Ces patients symptomatiques avaient une charge virale très élevée, en moyenne supérieure à 14 millions de copies de VIH-1, et pouvant atteindre 55 millions de copies.

Le Dr Walker a indiqué que l’infection primaire aiguëe est caractérisée par un déficit très marqué en effecteurs cytotoxiques (CTL) spécifiques du VIH. De plus, en dépit d’une virémie initiale extrêmement élevée, le traitement de l’infection aiguëà VIH est associée à une réponse CTL très faible et d’amplitude limitée. Par ailleurs, l’infection aiguë symptomatique à VIH est également associée à de faibles réponses en cellules T helper.

Une réexposition au virus stimule les effecteurs cytotoxiques

Les données virologiques et immunologiques de plusieurs patients ayant arrêé puis repris un traitement antirétroviral ont été présentées.

Pour chacun d’entre eux, il apparaît qu’après un rebond de la charge virale faisant suite à l’interruption des antirétroviraux, ces patients ont développé, pour la première fois, une réponse CTL “assez robuste, dirigée contre plusieurs épitopes, et qui a persisté au cours des quatre mois du suivi, et ce malgré le fait que la virémie ait été de nouveau contrôée par la réintroduction du traitement antirétroviral initial”.

Les données concernant le patient qui a interrompu trois fois son traitement antirétroviral montrent que les réponses CTL ont augmenté après le premier arrêt de traitement et le pic de rebond de la charge virale. Surtout, les réponses CTL ont gagné en intensité et en amplitude après le second arrêt de la thérapeutique, là encore suivi d’une réapparition du virus. La virémie a de nouveau chuté après la reprise des antiviraux, restant cette fois-ci détectable mais sans jamais dépasser les 6.000 copies.

Voir et revoir le virus

Ainsi, une réexposition au virus chez des patients traités pour une infection aiguë entraîne une augmentation des réponses cellulaires T helper et des réponses CTL. “Du fait de ces multiples interruptions de traitement antirétroviral, nous n’avons pas seulement augmenté la réponse CTL, mais nous avons également stimulé la réponse en cellules T helper tout en contrôlant la virémie de nouveau après avoir remis ces patients sous traitement antirétroviral”, déclare le Dr Walker.

Le traitement de l’infection aiguëà VIH entraîne donc une production graduelle des réponses cellulaires T helper, mais qui nécessitent cependant de hautes concentrations d’antigène pour être mises en évidence in vitro.

Tout se passe donc comme si le système immunitaire ne pouvait produire des effecteurs cytotoxiques que lorsqu’il revoit le virus, alors qu’il en était pratiquement incapable la première fois.

“Selon nous, indique le Dr Walker, le problème avec les associations hautement efficaces d’antirétroviraux tient au fait que les CTL ne jouent plus leur rôle car la quantité d’antigène viral n’est plus assez importante pour continuer de les stimuler. Nous pensons également qu’il existe un seuil antigénique minimum pour maintenir ces réponses CTL”.

Au total, ces résultats préliminaires apportent, semble-t-il, des preuves directes de l’importance de la charge antigénique sur la production de lymphocytes T cytotoxiques (CTL) in vivo, en même temps qu’ils suggèrent qu’il serait possible de remettre le système immunitaire sur de bons rails, mais les moyens optimaux pour y parvenir sont à définir.

Il reste cependant à transposer ces résultats, obtenus chez des patients au stade de l’infection primaire, à la prise en charge thérapeutique des patients infectés de façon chronique. “Des essais vont prochainement débuter sous l’égide du AIDS Clinical Trials Group sur plusieurs douzaines de patients VIH+ au stade d’infection chronique pour évaluer l’impact immunologique de multiples interruptions des multithérapies”, confie à caducee.net le Dr Bruce Walker.

Enfin, ce chercheur clinicien met en garde contre une interprétation rapide et abusive qui pourrait être faite des données présentées. “Il n’est évidemment absolument pas question de demander aux personnes traitées d’interrompre leur traitement antiviral. Notre approche expérimentale s’inscrit dans un protocole de recherche rigoureux et ne concerne qu’une population particulière de patients, à savoir des personnes à un stade très précoce de l’infection VIH”.

Source : 12e Colloque des ‘Cent Gardes’ : rétrovirus du sida et maladies animales apparentées. Marnes-la-Coquette. 25-27 octobre 1999, organisé par la Fondation Mérieux et Pasteur Mérieux Connaught, en collaboration avec l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida (ANRS).

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