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Face au malaise de l’hôpital, le Premier Ministre se moque des soignants en souffrance

illustrationLa journée d’action 14 novembre 2019 à l’appel unitaire des syndicats et des collectifs, a été un grand succès. Elle a montré qu’Agnès Buzyn n’est pas à la hauteur des attentes, et que le Premier Ministre est désormais l’interlocuteur direct des hospitaliers.

« Tout le monde est mobilisé, du médecin au cadre de santé en passant par les soignants, parce que cela fait dix ans que l’on retire du budget à l’hôpital. Plutôt que de recevoir une délégation pour entamer des négociations, le Gouvernement a préféré travailler dans son coin, pour proposer une semaine après des mesures sans rapport avec nos revendications (rouvrir des lits, créer des emplois, revaloriser les salaires) ! », déclare Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC).

La dette des hôpitaux ne concerne pas les soignants

« Les soignants n’ont rien demandé concernant la dette des hôpitaux, cela représente des jeux d’écriture pour la technostructure, mais ne répond pas aux besoins des soignants dans la vraie vie. Notre quotidien, c’est le budget de fonctionnement. La dette, c’est du budget d’investissement pour les travaux et les restructurations ».

Pire, nous savons qu’en Allemagne, la dette des hôpitaux avait été apurée, pour les rendre plus attrayants lors de leur privatisation. Un hôpital public du Maine-et-Loire devait être privatisé, et c’est la mobilisation des hospitaliers qui a repoussé le projet ce mois-ci.

Cette hausse de l’ONDAM, c’est toujours des moyens en moins en 2020

Dans le projet de loi de financement de la Sécu, l’ONDAM initialement prévu à 2,1 %, alors que les besoins sont à 4,4 %, c’était retirer 800 millions aux hôpitaux.

Proposer aujourd’hui une hausse 0,3 %, soit 120 millions, pour passer à un ONDAM hôpital à

2,4 %, c’est nous retirer encore 800-120 = 680 millions en 2020 !

Pour comparaison :

– en 2018, l’ONDAM hôpital à 2,1 % s’est traduit par 960 millions d’euros d’économies pour les hôpitaux dans la circulaire tarifaire signée par Agnès Buzyn en mai 2018 (1)

(1) Bas de page 3 « Pour 2018, le niveau des économies sur le champ des établissements de santé s’élève à 1,6 md€ dont

960 m€ d’économies pesant directement sur le budget des établissements de santé (le différentiel portant sur les médicaments et dispositifs médicaux, via les mécanismes de remise conventionnelle et de baisse de prix). » https://solidarites-sante.gouv.fr/fichiers/bo/2018/18-05/ste_20180005_0000_0030.pdf

– en 2019, l’ONDAM hôpital à 2,3 % s’est traduit par 663 millions d’euros d’économies pour les hôpitaux dans la circulaire tarifaire signée par Agnès Buzyn en mai 2019 (2)

(2) Milieu page 2 {« L’évolution des ressources allouées aux établissements de santé en 2019 tient également compte, comme chaque année, d’un effort de maîtrise de la dépense hospitalière. Cet effort, qui est estimé dans le cadre de cette campagne à 663 M€ (contre 960 M€ en 2018), doit traduire l’amélioration de la performance interne des établissements, dont la rationalisation des achats hospitaliers »} http://circulaire.legifrance.gouv.fr/pdf/2019/06/cir_44729.pdf

En 20 ans, les gouvernements ont fermé 100 000 lits, 95 services d’urgences, et la moitié des maternités. L’hôpital est asphyxié financièrement, on lui a retiré 8,4 milliards depuis 10 ans, soit 10 % de son budget.

Une revalorisation du salaire infirmier de 300 €/mois, pas l’aumône

Selon l’OCDE, le salaire des infirmiers (bac 3) est inférieur de 5 % au salaire moyen !

https://fr.statista.com/infographie/19645/remuneration-infirmiers-hospitaliers-par-rapport-au-salaire-moyen-ocde/

Pour avoir une équivalence avec les autres pays européens, la reconnaissance de la profession infirmière doit passer par une revalorisation de 300 euros/mois (et non l’aumône de 9 euros/mois comme depuis 2017)

https://www.syndicat-infirmier.com/Grilles-salaires-infirmiers-a-l-hopital-en-2019.html

« Face à la dégradation des conditions de travail, à la perte de sens à l’hôpital, à la maltraitance institutionnelle en Ehpad induite par le sous-effectif, 30 % des jeunes diplômés abandonnent la profession infirmière dans les 5 ans qui suivent le diplôme » indique Thierry Amouroux, le porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI CFE-CGC, il est donc impératif de procéder à une revalorisation salariale, pour rendre attractif l’exercice hospitalier.

https://www.syndicat-infirmier.com/Infirmiers-30-des-nouveaux-diplomes-abandonnent-dans-les-5-ans.html

C’est un gâchis humain, mais aussi social de former en 3 ans des jeunes qui ne restent pas (22 000 diplômés/an). Du coup, faute de personnel infirmier (400 postes vacants) les hôpitaux de Paris ont dû fermer 900 lits.

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/crise-a-l-hopital-900-lits-fermes-a-paris-faute-de-personnels-soignants_2102656.html

L’argent existe, utilisons-le pour sauver l’hôpital

Sur le financement, l’article 3 du PLFSS 2020 autorise le Gouvernement à détourner l’argent de la Sécu pour financer ses mesures « gilets jaunes », contrairement à la loi Veil de 1994, qui oblige l’État à assumer ses choix budgétaires. « Il est scandaleux de ne pas compenser à la Sécurité sociale la perte de ressources de 3,3 milliards d’€ induite par l’exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires, l’introduction d’un taux intermédiaire de CSG sur les revenus de remplacement et les réductions de forfait social prévues dans la loi Pacte. Avec ces 3,3 milliards, on peut financer un vrai plan de sauvegarde de l’hôpital. »

Le syndicat des infirmiers lance un appel à la grève pour le 5 décembre. La réforme des retraites supprime les mesures de pénibilité, ce qui va frapper les aides — soignantes et les infirmières en catégorie B de l’hôpital. Mais au-delà des retraites, c’est une mobilisation pour sauver l’hôpital et les services publics.

 

Syndicat National des Professionnels Infirmiers

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