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Formes sévères de COVID-19 : des résultats préliminaires encourageants avec l’Anakinra

illustrationSelon les résultats préliminaires d’une étude de cohorte rétrospective publiée le 30 mai dans la revue The Lancet Rheumatology, un traitement immuno-modulateur à base d’Anakinra / Kineret proposé aux patients admis pour une forme sévère de COVID-19 a permis de réduire de façon significative le risque de décès et de passage en réanimation. Une diminution des besoins en oxygène a également été constatée au bout de 7 jours de traitement.

C’est une équipe médicale multidisciplinaire du Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph (GHPSJ), qui a administré le traitement aux patients admis pour une forme sévère de COVID-19. La fonction respiratoire des patients inclus se détériorait rapidement et ils risquaient à court terme un transfert en milieu de soins intensifs.

Le refus du patient de participer, les patients alités et en fin de vie, les patients souffrant d’insuffisance respiratoire expliqués par une étiologie alternative et les patients déjà admis en unité de soins intensifs sont autant de critères d’exclusion de l’étude.

Le groupe de comparaison historique a été identifié rétrospectivement à partir de la cohorte COVID du Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph, qui a débuté le 18 mars 2020 et comprenait tous les patients COVID-19. Tous les patients historiques devaient remplir les mêmes critères d’inclusion et d’exclusion que ceux du groupe Anakinra.

Le GHPSJ a accueilli plus de 1700 patients atteints par le COVID-19 au sein de son service d’accueil des urgences (SAU). Plus de 220 lits d’hospitalisation traditionnelle et 70 de réanimation ont été mobilisés au pic de la vague épidémique. Plus de 900 patients ont été hospitalisés sur les deux sites (Hôpital Saint-Joseph, Hôpital Marie Lannelongue), dont 120 en réanimation. La mortalité hospitalière pour ces patients a été de 10,2 % en secteur d’hospitalisation traditionnelle et de 22 % en réanimation.

Protocole de l’étude

Les patients du groupe Anakinra ont reçu une dose de 100 mg d’Anakinra deux fois par jour pendant 72 h, puis 100 mg par jour pendant 7 jours, en plus du traitement standard administré à l’époque et les soins de soutien.

Les patients du groupe historique ont reçu les traitements standard et les soins de soutien. Les traitements standard du Groupe Hospitalier Paris Saint-Joseph à l’époque incluaient de l’hydroxychloroquine orale 600 mg/jour pendant 10 jours, de l’azithromycine orale 250 mg/jour pendant 5 jours et des antibiotiques β-lactamines parentéraux (ceftriaxone intraveineux 1 g par jour ou amoxicilline intraveineuse 3 g par jour) pendant 7 jours, en l’absence de leurs contre-indications respectives.

Une réduction du risque de décès et de passage en réanimation et une diminution des besoins en oxygène

En comparaison avec un groupe contrôle historique de 44 patients pris en charge, l’administration pendant 10 jours d’une biothérapie ciblant l’interleukine 1, l’Anakinra (Kineretâ), à un groupe de 52 patients atteints d’une forme grave de COVID-19 a permis une réduction statistiquement significative du risque de décès et de passage en réanimation pour assistance respiratoire par ventilation mécanique. En effet, 25 % des patients traités avec l’Anakinra ont dû être transférés en réanimation ou sont décédés alors que, dans le groupe contrôle, ce pourcentage a atteint 72,7 %. Par ailleurs, de réels bénéfices médicaux sont apparus pour le groupe recevant de l’Anakinra, avec une diminution rapide des besoins en oxygène, observée au bout de 7 jours de traitement.

L’Anakinra est un médicament bien connu des rhumatologues, utilisé initialement dans le traitement d’une maladie rhumatismale inflammatoire, la polyarthrite rhumatoïde, avec un excellent profil de tolérance.

Le choix de l’Anakinra s’est imposé au terme de réunions multidisciplinaires impliquant rhumatologues, internistes, pneumologues, pharmaciens et urgentistes, en raison d’une part de son mécanisme d’action qui semblait répondre à la physiopathologie de l’orage cytokinique, et d’autre part en raison de sa cinétique d’action rapide, adaptée à ces formes cliniques d’évolution ultra-rapide.

Le Professeur Jean-Jacques Mourad, chef du service de Médecine Interne, rappelle le contexte : « En l’absence d’accès à des essais thérapeutiques incluant des médicaments immunomodulateurs pour nos patients, la décision que nous avons prise de proposer l’Anakinra, selon des critères de gravité décidés de manière consensuelle et a priori, a rapidement changé le visage de la maladie en salle. Le bénéfice était “palpable” au quotidien ».

Des résultats à confirmer

« Comme la série est trop petite pour les prendre en compte de façon pertinente, on ne peut finalement rien en dire. Une simple modification générale de la prise en charge et de la décision de passage en réanimation en cours de l’épidémie pourrait expliquer le résultat. » commente l’épidémiologiste Dominique Costagliola pour le Figaro.

En dépit de chiffres spectaculaires, ces résultats prometteurs devront être confirmés par d’autres études incluant un nombre de patients plus important afin de limiter les risques de biais multiples inhérents aux études dont les données sont quantitativement limitées. D’autant plus que l’administration d’hydroxychloroquine et d’azithromycine dans le groupe historique complexifie un peu plus l’interprétation qui pourrait être faite de ces résultats.

« Les résultats de notre étude suggèrent que l’Anakinra est un traitement efficace dans la phase hyper-inflammatoire du COVID —19, situation qui comporte un risque élevé de transfert en milieu de soins intensifs, contrairement à la forme bénigne, heureusement plus fréquente, de la maladie. Le profil de tolérance de l’anakinra a été satisfaisant : nous avons uniquement constaté une augmentation des transaminases hépatiques chez moins de 15 % des patients sous Anakinra, sans conséquence clinique apparente. S’agissant d’une maladie à caractère systémique, c’est-à-dire susceptible de toucher plusieurs secteurs distincts de l’organisme, toutes ses conséquences, notamment thromboemboliques, n’ont pu être évaluées aussi précisément que la fonction respiratoire ou la mortalité. A ce stade, nous sommes convaincus que ce traitement doit être testé sur un plus grand nombre de patients hospitalisés en phase sévère du COVID-19 » commente le Docteur Gilles Hayem, chef du service de rhumatologie.

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